DES ESPRITS (1630-1636). SOT
que se soulevait le courroux. La décadence de la haute aristocratie et du régime féodal avait fort atténué, entre les gentilshommes, la diversité des rangs; tousse regardaient comme les descendants des conquérants de la grande Charte, et s'indignaient de voir leurs droits, leurs personnes, leurs biens livrés au bon plaisir du Roi ou de ses conseillers, tandis que leurs ancêtres, disaient-ils, avaient jadis fait à leur souverain la guerre et la loi. Aucune théorie philosophique , aucune distinction savtnte entre la démocratie, l'aristocratie et la royauté, ne les préoccupait; mais la Ciiambre des Communes régnait seule dans leurs pensées; elle représentait, à leurs yeux, la noblesse comme le peuple , l'ancienne coalition des barons aussi bien que la nation tout entière : elle seule avait naguère défendu les libertés publiques; elle seule élaitcapable de les ressaisir; c'était à elle seule qu'on pensaitquand on nommaitle Parlement rlalégitimité comme la nécessité de sa toute-puissance, c'était là l'idée qui s'établissait peu à peu dans les esprits. Quanta l'Église, la plupart des gentilshommes n'avaient, sur la forme de son gouvernement, ni vues systématiques, ni desseins destructeurs; l'épiscopat ne leur répugnait point; mais les évoques leur étaient odieux, surtout comme fauteurs et appui de la tyrannie. La réforme avait proclamé l'affranchissement de la société civile et aboli les usurj)ations du pouvoir spirituel en matière temporelle; le clergé anglican voulait reprendre ce que Rome avait perdu : que cette auibilion fût réprimée, que le pape n'eût point d'héritiers, que les évéqucs, étrangers au