DES PURITAINS
venait lutter, dans leur cœur, avec le besoin de la liberté; alors ils se concertaient par messages avec les amis qu'ils avaient quittés, pour aller ensemble chercher une patrie nouvelle dans des régions presque inconnues, mais qui du moins appartinssent à l'Angleterre, et où des Anglais seuls fussent réunis. Les plus aisés vendaient leurs biens, achetaient un petit navire, quelques provisions, des instruments de labourage, et, conduits par un ministre de leur foi, allaient rejoindre en Hollande leurs compagnons pour passer avec eux dans l'Amérique septentrionale, où commençaient quelques essais de colonies. Il était rare que le vaisseau fût assez grand pour emmener tous les passagers. Tous se rendaient alors au bord de la mer, à l'endroit où il était ancré; et là, au pied des dunes, sur le sable, le ministre de la congrégation qui devait rester en arrière prêchait un sermon d'adieu ; celui de la congrégation qui sapprèlait à partir lui répondait par un autre sermon; ils priaient longtemps en commim, s'embrassaient tous une dernière fois avant l'emljarquement, et tandis que les uns faisaient voile, les autres retournaient tristement attendre encore, au milieu d'un peuple étranger, l'occasion et les moyens daller retrouver leurs frères'. Plusieurs expéditions de ce genre eurent lieu successivement et sans obstacle, à la faveur de l'obscurité des fugitifs. Mais tout à coup, en 1G37, le Roi s'aperçut qu'elles devenaient nombreuses et fréquentes, que des
* Ncal, Ilisl. of thePurit., t. II, p. 110-112.
21i PERSECUTION ET RESISTANCE
citoyens considérables s'y engay^aient^ qu'ils emportaient de grandes richesses : déjà, dit-on, une valeur de [iIlïb de douze millions était ainsi sortie du pays ^ Ce n'était plus sur quelques sectaires faibles et obscurs que pesait alors la tyrannie; leurs opinions s'étaient répandues, leurs sentiments régnaient dans les classes même qui ne partageaient pas leurs, opinions. A des titres divers, le gouvernement était si odieux, que des milliers d'hommes, divers aussi de rang, de fortune, de desseins, se détachaient de la patrie. Un ordre du Conseil interdit ces émigrations ^ A ce moment, huit navires prêts à partir étaient à l'ancre dans la Tamise : sur l'un étaient déjà montés Pym, Haslerig, Hampden et Crom^velI^
Ils avaient tort de fuir la tyrannie, car le peuple commençait à la braver. Au mécontentement avait succédé la fermentation. Ce n'était plus au rétablissement de l'ordre légal, ni même à l'abolition du régime épiscopal que se bornaient toutes les pensées. A l'ombre du grand parti qui méditait cette double réforme, naissaient une foule de sectes plus ardentes, d'opinions plus audacieuses. De tous côtés, de petites congrégations se détachaient de l'Éghse, prenant pour symbole tantôt telle ou telle interprétation de quelque dogme, tantôt le rejet de telle ou telle pratique, ailleurs la destruction de tout gouvernement ecclésiastique, l'absolue indépendance
» Neal, Eist., of thePurit., t. II, p. 18G. » Le 1" mai 1637. Rushworth, part. II, t. I, p. 409. ' Neal, Hist. of the Purit., t. II, p. 287.— Walpole, Catalogue of royal and noble autJwrs, t. I, p. 206, édit. in-12. Londres, 1733.