PERSÉCUTION ET RÉSISTANCE
l'air, le langage des saints, et obtenaient aussitôt d'une crédulité passionnée accueil et protection ^ En matière politique, l'elîerTescence , quoique moins générale ei moins désordonnée, ne laissait pas de se répandre. Au sein des classes inférieures, et par l'effet soit d'une aisance nouvelle , soit des croyances religieuses, commençaient à circuler des idées et des besoins d'égalité jusque-là inconnus. Dans une sphère plus élevée, quelques esprits rudes et fiers, détestant la cour, méprisant l'impuissance des anciennes lois, et se livrant avec passion à la liberté de leurs pensées, rêvaient, dans la solitude de leurs lectures ou le secret de leurs entretiens, des institutions plus simples et plus efficaces. D'autres, agités de prétentions moins pures, étrangers à toute foi, cyniques dans leurs mœurs, et jetés par leur humeur ou le hasard au nombre des mécontents, aspiraient à un bouleversement qui fît place à leur ambition, ou les affi-auchît du moins de tout frein. Le fanatisme et la licence, la sincérité et l'hypocrisie, le respectet le dédain des vieilles institutions, les besoins légaux et les désirs déréglés, tout concourait ainsi à fomenter la colère nationale; tout se ralliait contre un pouvoir dont la tyrannie échauffait d'une même haine les hommes les plus divers, tandis que son imprudence et sa faiblesse laissaient aux plus petites factions et aux rêves les plus audacieux l'activité et l'espérance.
1 Mémoires de mistriss Hutchinson, t. I, p. 164-166, p. 232, etc., dans ma Collection.
DES PURITAINS a630-1636). 3»
Quelque temps, ce progrès du courroux public fut ignoré du Roi et de son Conseil; étranger à la nation, et ne rencontrant nulle résistance eiïective, le gouvernement, malgré ses embarras, était confiant et superbe. Pour justifier sa conduite, il parlait souvent, et avec emphase, du mauvais esprit qui se propageait; mais sa peur momentanée n'éveillait point sa prudence, et en les craignant, il dédaignait ses ennemis. La nécessité même d'aggraver de jour en jour l'oppression ne l'éclairait point, et il s'applaudissait d'autant plus de sa force que le péril croissant l'obligeait à plus de rigueurs.
Cependant en 1636 , l'Angleterre fut inondée de pamphlets contre la faveur accordée aux papistes, les désordres des gens de cour, surtout contre la tyrannie de Laud et des évoques. Déjà plus d'une fois la Chambre étoilée avait sévèrement puni de telles publications, mais jamais elles n'avaient été si nombreuses, si violentes, ni répandues et accueillies avec tant d'ardeur. Celles-ci furent semées dans les rues des villes, au fond des campagnes; de hardis contrebandiers eu apportaient de Hollande, et avec grand profit, des milliers d'exemplaires; on les commentait dans les églises que Laud n'avait {)U réussir à purger complètement de pré^ dicateurspurilains. Indigné de l'inulihlé de ses rigueurs, le Conseil résolut de déployer des rigueui-s nouvelles. Un jurisconsulte, un théologien et un médecin, Prynne, Burlon et Baslwick, furent traduits en même temps devant la Chambre étoilée. On voulait d'abord les pour-