‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 69 sur 144 · OUVERTURE DU LONG · texte numérisé non relu

OUVERTURE DU LONG

l'avait vue si nombreuse ; jamais les visages n'avaient paru si fiers en présence du souverain *.

Le Roi à peine sorti, ses sei-viteurs, rares dans la Chambre, reconnurent bientôt, au milieu des groupes et dans leurs entretiens, que le courroux public surpassait même leurs craintes. La dissolution du dernier Parlement avait aigri les hommes les plus modérés. Nul ne parlait plus de ccnciliation ni de prudence. Le jour était venu, disait-on, de déployer tout le pouvoir de la Chambre et de déraciner les abus, si bien qu'on n'en pût craindre aucun rejeton. Ainsi, avec des forces bien inégales, des pensées également hautaines se trouvaient en présence. Depuis onze ans, le Roi et l"Église avaient proclamé leur souveraineté absolue, indépendante, de droit divin ; ils avaient tout tenté pour la faire accepter ou subir à la nation. Hors d'état d'y réussir, et pourtant profes.^ant toujours les mêmes maximes, ils venaient, dans leur impuissance, demander secours à une assemblée qui, sans l'ériger en principe, sans l'étaler fastueusement, croyait aussi à sa souveraineté, et se sentait capable de l'exercer.

Elle commença par mettre au grand jour tous ses griefs. Chaque membre arrivait porteur d'une pétition de sa ville ou de son comté; il la lisait, et la prenant aussitôt pour texte de quelque discours, il proposait que la Chambre, en attendant des mesures plus eflicaces,

s Clarendon , Hiat. of Ihe rebell.^ t. II, ^. 1-4. — Paiiiam. llitt.j t. II. col. ijii.

PARLEMENT (3 novembre 1640). 255

volât du moins que les plaintes étaient légitimes*. Ainsi éclata en (juelques jours et de toutes parts l'opinion du pays. Ainsi furent soudainement passés en revue et condamnés tous les actes de la tyrannie, les monopoles, la taxe des vaisseaux, les arrestations arbitraires, les usurpations des évêques, les procédés des cours d'exception. Nid ne s'opposait à ces résolutions-; et telle était l'unanimité que plusieurs furent adoptées sur la motion d'hommes qui, peu après, devinrent les plus intimes confidents du Roi ^.

Comme si ce moyen n'eût pas suffi à tout dévoiler, plus de quarante comités furent institués dans la Chambre pour rechercher les abus et recevoir les plaintes des citoyens*. De jour en jour, des bourgeois, des fermiers venaient à cheval, et par bandes, apporter à Londres celles de leur ville ou de leur canton \ L'accusation fut partout provoquée; elle retentit du haut de la chaire, sur les places pubhques, avidement accueillie quel qu'en fùtrorgane ou la forme, etalmisc avec la môme confiance soit qu elle s'élevât, sans rien s[)écilier, contre le gouvernement tout entier, soit qu'elle nommât des individus pour réclamer, sans mission, leur châtiment. La

* Parliam. Hist., t. II, col. 640-666.— Clarendon, Uist. of th0 rebell., t. II, p. 21.— Rushwortb, part. II, t. I, p. 21.

« Parliam. Hist., t. II, col. 672.

' isir JûhnColepepper, lorJ Falkland, etc.

» Rushwortb, part. II, t. I, p. 28.— Neal.iiwi. of the £unt., t. II, p. 316.

» Whitelocke, Mcmoriah, etc., p. 36

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