‹ Histoire de Charles IerChapitre 107 sur 151 · M MOUVEMENTS POPULAIRES · texte numérisé non relu

M MOUVEMENTS POPULAIRES

(lit-il, qu'ils cherchassent de concert quel gouverne^ ment convenait le mieux à l'Angleterre, puisque maintenant c'était à eux de le régler; mais au fond il voulait surtout savoir lesquels, parmi eux, seraient intraitables, et ce qu'il en devait attendre ou redouter. Ludlow, Vane, Ilutchinson, Sidney, Haslerig, se déclarèrent hautement, repoussant toute idée de monarchie comme condamnée par la Bible, la raison et l'expérience. Les généraux furent plus réservés : à leur avis, la répubUque était désirable, mais d'un succès douteux ; il valait mieux ne se point engager, consulter 1 "état des atTauTS, le besoin des temps, obéir chaque jour aux directions de la Providence. Les républicains insistèrent pour qu'on s'expliquât sans détour. La discussion s'échauffait. Ludlow, entre autres, pressait vivement Crom^vell de se prononcer, car ils voulaient, dit-il, connaître leurs amis. Cromwell éludait, ricanait; et poussé de plus en plus, .se tirant enfin d'embarras par une bouffonnerie, il gagna la porte de la chambre, et sortit brusquement en jetant à la tète de Ludlow un coussin que celui-ci lui renvoya sur-le-champ avec plus d'humeur ^

Cependant le péril avançait ; le nombre et la hardiesse des mécontents croissaient chaque jour : non-seulement dans l'ouest et le nord, mais autour de Londres, dans les comtés de Middlesex, Essex, Surrey, Kent, tantôt à la table de quelque riche gentilhomme, tantôt aux assises et dans les marchés, partout oii les Cavaliers pouvaient

• Mémoires de Ludlov, t. I, p. 270-275.

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Bo concerter ou se mêler au peuple, les pétitions, les complots, les insurrections royalistes se préparaient, s'annonçaient ouvertement. A Cantorbéry, le jour de Noël, comme le maire voulait faire observer l'ordonnance qui supprimait la fête, un violent tumulte s'éleva aux cris de « Dieu, le Roi Charles et le pays de Kent ! » L'arsenal de la ville fut enfoncé, plusieurs maisons de parlementaires attaquées, les magistrats municipaux rudement maltraités; et sans la prompte arrivée de quelques troupes, les paysans des environs se disposaient déjà à soutenir la sédition*. A Londres, un dimanche % à l'heure du sermon, quelques apprentis jouaient aux boules dans Moor-Fields; un poste de milice voulut les éloigner, ils résistèrent et dispersèrent les miliciens; dispersés à leur tour par un détachement de cavalerie, ils se répandirent dans la cité, appelant à leur aide leurs camarades et les mariniers de la Tamise ; de nombreuses bandes se formèrent dans tous les quartiers; elles se réunirent pendant la nuit, surprirent deux des portes de la ville, tendirent les chaînes dans les rues, et tambour battant, aux cris de a Dieu et le Roi Charles! » attaquèrent la maison du lord maire, s'emparèrent d'une pièce de canon, puis d'un magasin d'armes, et, à l'aube du jour, semblaient maîtresses de la cité. Un conseil de guerre avait siégé toute la nuit ; on hésitait à les atla-

1 Rushworth, part. IV, t. II, p. 918.— Wiulelockc,p. 28G.— . Clarendon, Hist. ofthe reheïï., t. IX, p. 77. « Le 9 avril 1648.

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qiier ; on se demandait si les deux régiments en garnison à Londres suffiraient, s'il ne fallait pas attendre des renforts. Fairfax et Cromwell opinèrent pour une prompte attaque : le succès n'en fut point incertain ; au bout de deux heures on n'entendait plus dans les rues que le pas régulier des troupes qui rentraient dans leurs quartiers ^ Mais, pour avoir fui, le peuple n'était point vaincu; cliaque jour quelque incident inattendu venait redoubler sa colère ou relever son courage : les membres presbytériens et les aldermen de la cité, traduits par les Communes devant la Chambre haute, refusèrent obstinément de reconnaître sa juridiction, de s'agenouiller à sa barre, doter mémo leur chapeau et d'écouter la lecture des charges ; et chaque fois qu'ils avaient comparu à \Yestminster, la foule, à leur sortie, les accueillait avec transport '^ On interdisait les rassemblements; on donnait aux comités administratifs de chaque comté le droit d'arrêter et d'emprisonner tout malveillant, tout homme simplement suspect ^; mais la fermentation croissait plus vite que la tyrannie : à Nor\vich, à Bury- Saint-Edraunds, à Thetford, à Stowmarkct, dans une multitude d'autres lieux, sur le moindre prétexte, le tambour battait, les habitants s'armaient, et les troupes n'en étaient pas toujours quittes pour une promenade

1 Rushworth, part. IV, t. II, p. 1051. — Whitelocke.p. 298.— Parham. Hist., t. III, col. 875.

2 Parliam. Hist., t. III, col. 844, 874, 877, 880, 881.

s Le 18 avril 1648. Rushworth, part. IV, t. II, p. 1062.— Whitelocke, p. 300

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menaçante'. Bientôt même on eut autre chose à craindre que des émeutes et des bourgeois. Au midi du pays de Galles, dans le comté de Pemhroke, les colonels Poyer et Powel, et le major général Langliorn, officiers distingués qui avaient fait leur fortune dans l'armée du Parlement, se détachèrent de lui -, arborèrent l'étendard royal , et, soutenus par l'insurrection des Cavaliers des environs, virent en peu de jours toute la contrée en leur pouvoir. Presque au même moment le Parlement d'Ecosse s'assemblait '; Hamilton et les royalistes, cachés sous l'alliance des presbytériens modérés, avaient prévalu dans les élections; en vain Argyle et la portion la plus ardente du clergé s'efforçaient d'entraver leurs démarches; en vain les commissaires venus de Londres répandaient dans Edimbourg l'argent et la menace; circonspect , humble même dans son langage avec les fanatiques, mais au fond décidé en faveur du Roi, le Parlement vola sur-le-champ ' la formation d'un comité de danger investi du pouvoir exécutif, et la levée d'une armée de quarante mille hommes chargés de défendre, contre les républicains et les sectaires, le covenant et la

t Rushworth, part. IV, t. II, p. 1071, 1119. — Whitelocke, p. 302, 305. — Journah of thc House of Lords, 19 mai; — of thi House of Commons , 12 juin.

2 Vers la fin de février 1618. Rushworth, part. IV, t. II, p. 1010, 1017, 1033, 1034, 1036. — Whitelocke, p. 291. — Clarendon, Hist. ofthe rebell., t. IX, p. U2.— Mémoires de Ludlow, t. I, p. 279, 291.

3 Le 2 mars 1648.

• Le 3 mai 1048.

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