‹ Histoire de Charles IerChapitre 118 sur 151 · CROMWELL BAT LES ECOSSAIS · texte numérisé non relu

CROMWELL BAT LES ECOSSAIS

leur chef, de dédain pour leurs ennemis, avides de combattre et sûrs de la victoire : « Envoyez-moi des « souliers pour mes pauvres soldats fatigués, écrivit-il « au comité de Derby-House, ils ont une longue marche a à faire ^ » Il traversa d'abord de l'ouest à Test, puis du sud au nord % et avec une rapidité jusque-là inouïe, presque toute l'Angleterre, semant sur sa route les protestations, les élans pieux, uniquement appliqué à dissiper les soupçons, à gagner le cœur des plus aveugles fanatiques, à vivre en sympathie avec ses soldats '. Treize jours après son départ, sa cavalerie, envoyée en avant, s'était déjà réunie à celle de Lambert *, et il le rejoignit lui-même, le 7 août, à Knaresborough, dans le comté d'York, les deux corps formant ensemble neuf ou dix mille hommes. Cependant les Écossais s'étaient avancés par la route de l'ouest, à travers les comtés de Cumberland, Westmoreland et Lancaster, mais incertains, faisant de longues haltes, disséminés sur une ligne de sept ou huit lieues, travaillés de dissensions religieuses, politiques, militaires, dans une complète ignorance des desseins et des mouvements de l'ennemi. Tout à coup Langdale, qui marchait, avec les insurgés anglais, à la gauche et en avant de l'armée, fit dire à Hamilton que Cromwell approchait, qu'il en avait l'avis

* Rushworth, part. IV, t. II, p. 1206.

s II prit sa route du comté de Pembroke au comté d'York par Glocester, Warwick, Nottingham et Doncaster. 3 Mémoires de mistriss Hutchinson, t. II, p. 158-161. » Le 27 juillet.

A PRESTON (17 août 1648). 591

certain, que tout annonçait de sa part l'intention d'engager le combat : « Impossible, répondit le duc, ils n'ont « pas eu le temps d'arriver; si Cronnvell est si près, à « coup sûr c'est avec un petit corps, il se gardera bien « do nous attaquer; » et il porta à Preston son quartier général*. Bientôt lui vint un nouveau message: les cavaliers de Langdale étaient déjà aux prises avec ceux de Cromwell; Langdale promettait de tenir ferme, sa position était bonne, ses gens très-animés ; il lui fallait seulement quelques renforts, un millier d'hommes au moins, et il donnerait à l'armée entière le temps de se rallier pour écraser l'ennemi. Hamilton promit les renforts ; Langdale combattit quatre heures : de son propre aveu, Cromwell n'avait jamais rencontré une résistance si désespérée. Mais aucun secours n'arriva : il fallut céder. Laissant fuir librement les Anglais vaincus, Cromwell marcha droit aux Écossais, qui passaient en toute hâte la rivière de la Ribble pour mettre entre eux et lui cet obstacle ; déjà la plupart des régiments avaient atteint la rive gauche; deux brigades d'infanterie seulement et Hamilton lui-même, avec quehjues escadrons, restaient sur la rive droite pour couvrir la retraite. Cromwell les culbuta sur-le-champ, passa la rivière avec eux, et, donnant à peine à ses troupes quelcpies moments de repos, reprit le lendemain ', au point du jourj la poursuite de cette armée qui, toujours en mar-

< Le 17 août.

' Le 18 août.

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che Yers le sud, continuait en fuyant son mouvement d'invasion. Il l'atteignit le jour même à \Yigan, à cinq lieues de Prcston, et tailla en pièces larrière-garde. L'orgueil de deux victoires, l'espoir d'un triomphe décisif, l'impatience même de la fatigue redoublaient d'heure en heure l'ardeur de ses soldats ; la poursuite recommença le jour suivant', encore plus rapide et plus passionnée. Irrités à leur tour d'être ainsi pressés par mi ennemi inférieur, et rencontrant, près de \Yarrington, un défilé avantageux, les Écossais firent enfin volte-face, et là s'engagea une troisième bataille, plus longue et plus meurtrière que les deux précédentes, mais avec la même issue. Les Anglais emportèrent le défilé^ puis, à Warrington même, un pont sur la Mersey que les Écossais voulaient rompre pour se donner le temps de respirer. Un découragement tumultueux éclata dans l'armée écossaise : un conseil de guerre reconnut que l'infanterie, sans munitions, ne pouvait plus résister; elle se rendit tout entière. Hamilton, à la tête de la cavalerie, essaya de gagner le pays de Galles pour y ranimer l'insurrection royaliste; puis, changeant tout à coup de dessein, il se dirigea vers le nord-est, dans l'espoir de réussir à regagner l'Ecosse. Mais partout, sur son passage, les paysans se levaient en armes, les magistrats le sommaient de capituler; à Utoxeter, dans le comté de Stafford, sur le bruit qu'il méditait de s'évader avec quelques officiers, ses propres cavaliers se muli-

* Le 19 août.

A WIGAN (18 AOTJT 1648). 293

Bèrent. Déjà Lambert et lord Grey de Grooby, détachés à sa poiirsuilo, étaient près de l'atteindre : trop faible de cœur pour lutter contre un si mauvais sort, il laissa ses gens se rendre ou se débander à leur gré *, accepta luimême les conditions que voulut Lambert, fut envoyé prisonnier au château de Nottingham ; et après quinze jours de campagne, CroniMell, ne voyant sur le sol anglais aucune trace de l'armée écossaise, se mit en marche vers l'Ecosse pour l'envahir à son tour, et enlever ainsi aux presbytériens royalistes tout moyen d'action et de sahit^.

Mais, dans l'extrême péril, les partis, loin de s'abattre, s'exaltent et portent leurs plus rudes coups. Avant même que ces grandes nouvelles parvinssent à Westminster, dès qu'ils avaient vu Cromwell se mettre en mouvement contre les Écossais, les presbytériens avaient compris que son triomphe serait leur ruine, et que sa perte ou la paix promptement conclue pouvait seule les sauver. Ils dirigèrent aussitôt, vers l'un et l'autre but, leurs plus énergiques efforts. Ilollis, qui, malgré îe rappel des onze membres, avait jusque-là continué de vivre en France, sur la côte de Normandie, vint repren*

* Le 25 août.

> Rushwortb part. IV, t. II, p. 1237, 1239, 1241. — Clarendon, Hist. of thercbell. , t. IX, p. M3-147.— il/e'motres de mistriss Ilutchinson, t. II, p. 173; de Ludlow, t. I, p. 308. —Parliam. Hist., t. III, col. 997-1000. —Malcolm Laing, Hist. of Scotland, t. lîl, p. 400-403. — Godwin, Hist. of the commomcealth, t. II, p. 563- {)72. — Baker, A Chronicle of the kings of England, etc., p. G0(}, (Londres, 1665, in-fol.)

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