LE ROI EST TRANSFERE
"VU depuis longtemps ses serviteurs : « Dans six mois, « disait-il, la paix sera rétablie en Angleterre; sinon, « je recevrai d'Irlande , de Danemark et d'autres « royaumes, les moyens de rentrer dans mes droits '. » Et un autre jour : « J'ai encore trois cartes à jouer, dont « la plus mauvaise peut suffire à me faire tout rega- « gûer -. )) Naguère cependant une circonstance l'avait troublé : jusque vers la fin de son séjour à Windsor, il était traité et servi avec toute l'étiquette de la cour; il dînait en public, dans le salon de parade, sous le dais; le chambellan, l'écuyer tranchant. le maître dhùtel , réchanson s'acquittaient de leurs fonctions dans les formes accoutumées ; on lui présentait la coupe à genoux, on apportait les plats couverts, on les goûtait, et il jouissait avec gravité de ces respects solennels. Tout à coup, sur une lettre venue du quartier général, cet ordre changea : des soldats apportèrent les plats découverts, on ne les goûta point, nul ne se mit plus à genoux, l'étiquette habituelle du dais cessa complètement : Charles en ressentit un amer chagrin : « Les « égards qu'on me refuse, disait-il, n'ont jamais manqué (( à un souverain, pas même à des sujets d'un rang a élevé : est-il rien au monde de plus méprisable qu'un « prince qu'on avilit? » Et pour échapper à cette insulte, •1 ne voulut plus prendre ses repas que dans sa chambre.
1 Wbitelocke. p. 361.
s Lcicestcr's Joui)ial. — Godr;in, Hist. of the ccmmomcealth, t. II, p. 660.
A LONDRES (19 janvier 1649). 3TJ
presque seul, clioisissanl Iiif-mêine deux ou trois plais sur ici liste ([uuii lui présentait '.
Le vendredi 19 janvier, un corps de cavalerie parut à ^Yindsor, Harrison à la tète, chargé d'emmener le Roi ; un carrosse à six chevaux attendait dans la grande cour du château. Charles y monta, et quelques heures après, il était rentré à Londres, au palais de Saint-James, partout entouré de gardes, deux sentinelles à la porte même de sa chamhre , Herbert resté seul pour son service et couchant à côté de son lit*.
Le lendemain 20, vers midi, la haute cour, réunie d abord en séance secrète dans la chambre peinte, s'apprêtait à régler les derniers détails de sa mission; la prière commune était à peine terminée ; on vint annoncer cpie le Roi, transporté dans vmc chaise fermée, entre deux haies de soldats, était sur le point d'arriver. Cromwell courut à la t'enètre, et revenant tout à coup, pâle et pourtant très-animé : « Le voici, le voici, Mes- « sieurs ! l'iieure de la grande alîaire approche : décidez « promptement, je vous en prie, ce que vous aurez à « lui répondre, car il vous demandera sur-le-cliamp au « nom de (jui et de (luelle autorité vous prétendez le « juger. » Personne ne prenait la parole : « Au nom des « Communes assemblées en Parlement et de tout le bon
1 Mémoires de Ueibert, p. 109-113.
« Ibid., p. 109.— llushworth, part. IV, t. Il, p. D'jb.— StrJf- Trials, t. V, col. 1019 : lU'posilion de Nulley dans le iirooîs de Uarnson.
«peuple d'Angleterre,» dit Henri Martyn V Nulle ofijection ne s'éleva : la cour se mit en marche pour se rendre solennellement à ^Yestminster-Hall ; en tête s'aTançaitle lord président Bradsbaw; on portait devant lui répée et la masse ; seize officiers, armés de pertuisanes, précédaient la cour. Le président prit place sur un fauteuil de velours cramoisi ; à ses pieds le greffier assis près d'une table couverte d'un riche tapis de Turquie, et sur laquelle on déposa la masse etFépée; à droite et à gauche, sur des sièges de drap écarlate, les membres de la cour ; aux deux extrémités, les hommes darmes, un peu en a^ant du tribunal. La cour installée, on ouvrit toutes les portes : la foule se précipita dans la salle : le silence rétabfi, et après la lecture de l'acte des Communes qui instituait la cour, on fil l'appel nominal : soixante-neuf membres étaient présents. « Sergent, dit a Bradshaw, qu'on amène le prisonnier -. »
Le Roi parut sous la garde du colonel Hacker et de trente-deux officiers : un fauteuil de velours cramoisi
* Slale-Trials,t. Y, col. 1201: déposition de sir Purbeck Temple dans le procès de Henri Martyn.
* La plupart des faits du procès du Roi sont tirés des deux relations contemporaines in.sérées dans les State-Trials {t. IV, col. 989-1154), etqui ont été presque complètement traduites dans ma Collection^ sous le titre de Procès de Charles 1". J'y renvoie donc une fois pour toutes, et n'userai de citations particulières que pour les détails puisés ailleurs ; j'en ai tiré un grand nombre, et ce ne sont pas les moins caractéristiques, des procès-verbaux des procès intentés aux régicides apràft la restauration en 1660. y&tate-Trialê. t. V, col. 947-1363.)
était prépnré pour lui à la barre; il s'avança, porta sur le tribunal un lonj.^ et sévère regard, s'assit dans le fauteuil sans ôter son cbapeau, se releva soudain, regarda derrière lui la garde placée à la gauche et la foule des spectateurs à la droite de la salle, reporta les yeux sur les juges, puis se rassit au milieu du silence universel.
Bradsliaw se leva à l'instant : « Charles Stuart, Roi « d'Angleterre, dit-il, les Communes d'Angleterre as- « semblées en Parlement, profondément pénétrées du « sentiment des maux qu'on a fait tomber sur cette na- « lion, et dont vous êtes considéré comme le principal « auteur, ont résolu de poursuivre le crime du sang; « dans cette intention, elles ont institué cette haute « cour de justice devant laquelle vous comparaissez « aujourd'hui. Vous allez entendre les charges qui pèa sent sur vous. »
Le procureur général. Coke, -se levait pour prendre la parole : « Silence ! » dit le Roi en le touchant de sa canne sur l'épaule : Coke se retourna surpris et irrité; la pomme de la canne du Roi tomba; une courte mais profonde altération parut dans ses traits; aucun de k? serviteurs n'était à portée de ramasser pour lui la ponune; il se baissa, la reprit lui-même, se rassit, el Coke lut l'acte d'accusation qui, imputant au Roi tous les maux nés d'abord de sa tyrannie, ensuite de la guerre, demandait qu'il fût tenu de répondre aux charges,, et que justice fût faite de lui comme tyran, traître et meurtrier.
Pendant celte lecture, le Roi, toujours assis, prome» nait, tantôt sur les juges, tantôt sur le public, des re« gards tranquilles : un moment il se leva de nouveau, tourna le dos au tribunal pour regarder derrière lui, et se rassit l'air à la fois curieux et indifférent. Aux seuls mots de « Charles Stuart, tyran, traître et meurtrier, o il se mita rire, quoique toujours silencieux.
La lecture achevée : « Monsieur^, dit Bradshaw au « Roi, vous avez entendu votre acte d'accusation; la « cour attend votre réponse. »
Le Roi. « Je voudrais savoir par quel pouvoir je suis « appelé ici. J'étais, il n'y a pas longtemps, dans l'île « de Wight, en négociation avec les deux Chambres du (( Parlement, sous les garanties de la foi pubhque. Nous « étions près de conclure le traité. Je voudrais savoir « par quelle autorité, j'entends légitime, car il y a dans « le monde beaucoup d'autorités illégitimes, comme « celle des brigands et, des voleurs de grand chemiu, « je voudrais, dis-je, savoir par quelle autorité j"ai été a tiré de là et conduit de lieu en lieu, je ne sais à quelle « intention. Quand je connaîtrai cette autorité légia Unie, je répondrai. »
• Bradshaw donne au Roi le même titre désir que le Roi donne à Bradshaw, et qui signifie également sir et monsieur; j'ai hésité ■ur le choix à faire entre ces deux versions, et me suis enfia décidé pourmomieitr : l" parce que le fond même du langage de Bradshaw ne paraît pas comporter un autre titre donn-é au Roi; go parce que, dans tout le cours du procès, il n'a pas une seule fois appelé le Roi Votre Majesté , ce qui semhle indiquer le duasein de supprimer les anciennes formes du respect.
{ÎO-27 JANVIER 1649): 341
Bradsiiaw, « Si vous a^iez bien voulu faire attention « à ce qui vous a été dit par la cour à votre arrivée ici, « vous sauriez quelle est cette autorité. Elle vous re- « quiert, au nom du peuple d'Angleterre dont vous « avez été élu Roi, de lui répondre. »
Le Roi. « Non, monsieur, je nie ceci. »
Bradsiiaw. « Si vous ne reconnaissez pas l'autorité « de la cour, elle va procéder contre vous. »
Le Roi. « Je vous dis que l'Angleterre rfa jamais été « un royaume électif, qu'elle est depuis près de mille « ans un royaume héréditaire. Faites-moi doncconnaia tre par quelle autorité je suis appelé ici. Voilà M. le « lieutenant-colonel Cobbett, demandez-lui si ce n'est « pas de force qu'il m'a emmené de l'île de Wiglit. Je « soutiendrai autant que qui que ce soit les justes privi- « légcs de la Cliainbre des Connnunes. Où sont les « Lords? Je ne vois pas ici de Lords pour constituer un « Parlement'. 11 y faudrait aussi un Roi. Est-ce là ce a qu'on appelle amener le Roi à son Parlement! »
Bradsiiaw. « Monsieur, la cour attend de vous nue a réponse délinitive. Si ce que nous vous disons de « notre autorité ne vous suffit pas, cela nous suffit « à nous; nous savons qu'elle se fonde sur l'autorité de « Dieu et du royaume. »
Le Roi. « Ce n'est ni mon o[)iiiion ni la vôtre qui c doit décider. »
* State-Triiils, t. V, col. lCSl;daiis le proc6i de Ouke, déposition de Nulley.
Bradshaw. « La cour vous a entendu; on disposera « de vous selon ses ordres. Qu'on emmène le prison- « nier. La cour s'ajourne à lundi prochain. »
La cour se retira; le Roi sortit avec la même escorte qui l'avait amené. En se levant, il aperçut l'épée placée sur la tal)le : a Je n'ai pas peur de cela, » dit-il en la montrant de sa canne. Comme il descendait l'escalier, quelques voix se firent entendre, criant : « Justice! « justice! » Mais un bien plus grand nombre criaient : « Dieu sauve le Roi ! Dieu sauve Votre Majesté ! »
Le surlendemain, à l'ouverture de la séance, soixantedeux membres présents, la cour ordonna, sous peine d'emprisonnement, un silence absolu : le Roi, à son arrivée, n'en fut pas moins accueilli par une vive acclamation. La même discussion recommença, des deux parts également obstinée : « Monsieur, dit enfin Brad- « sliaw, ni vous ni personne ne serez admis à contester « la juridiction de la cour; elle siège ici par Tautorité « des Communes d'Angleterre, envers qui vous et tous « vos prédécesseurs êtes responsables. »
Le Roi. « Je le nie. Montrez-moi un précédent. »
Bradshaw se leva avec colère : a Monsieur, nous a ne siégeons pas ici pour répondre à vos questions; « plaidez sur l'accusation, co»7)ai/e ou 7J0/1 coupable^ »
Le Roi. a Vous n'avez pas encore entendu mes raic sons. >
* State-Trials, t. V, col. 1086: dans le procès des régicides, et ■otammentdans celui de Coke, déposition de John Herne.
(20-27 JANviBR 1649). 343
Bradsiiaw. « Monsieur, -vous n'avez pas de raisons à « faire entendre contre la plus haute de toutes les juri- « dictions, »
Le Roi. « Montrez-moi donc cette juridiction où la « raison n'est pas entendue. »
Bradshaw. a Monsieur, nous vous la montrons ici ; « ce sont les Communes d'Angleterre. Seri,'ent, qu'on « emmène le prisonnier. »
Le Roi se tourna brusquement vers le peuple : « Rap- « pelez-vous, dit-il, que le Roi d'Angleterre est con- « damné sans qu'il lui soit permis de donner ses raisons « en faveur de la liberté du peuple! » Et un cri presque général s'éleva : « Dieu sauve le Roi ' ! »
Laséancedu lendemain, 23 janvier, amena les mêmes scènes : la sympatliie du peuple pour le Roi devenait de jour en jour plus vive; en vain les officiers elles soldats irrités poussaient à leur tour le cri menaçant de : « Jusce tice ! exécution ! » La foule effrayée se taisait un moment; mais bientôt, sur quelipie incident nouveau, elle oubliait son cfTroi, et le cri : a Dieu sauve lo 0 Uoi ! » retentissait de toutes parts. Il s'éleva des rangs mêmes de l'armée : le 23, comme le Roi passait au sortir de la séance, un soldat de garde cria très-liaut : « Sire, (pie Dieu vous bénisse ! » Un officier le frappa de sa caimc : « Monsieur, dit le Roi en s'éloignant,
» Slale-Tixah, t. V, col. 1086 : dans le procès des r'giciJes, et uoUmmont dans celui de Coke.
«la punilion surpasse la faute*. » En même temps venaient du dehors des représentations, des démarches, peu redoutables, il est \rai, souvent même peu pressantes, mais qui soutenaient l'indignation publique. Le ministre de France remit aux Communes * une lettre de la Reine Henriette-Marie, qui sollicitait la permission d'aller rejoindre son mari, soit pour l'engager à se rendre à leurs vœux, soit pour lui apporter les consolations de sa tendresse ^ Le prince de Galles écrivit à Fairfax et au Conseil des officiers, dans l'espoir de réveiller dans leur cœur quelque sentiment de loyauté *. Les commissaires d'Ecosse protestèrent officiellement, au nom ds ce royaume, contre tout ce qui se passait •. On annonça la prochaine arrivée d'une ambassade extraordinaire des États généraux, envoyée pour intervenir en faveur du Roi. Déjà même John Cromwell, officier au service de Hollande, et cousin d'Olivier, était à Londres, assiégeant le lieutenant général de reproches presq'ue menaçants ^ On découvrit et l'on arrêta limpression d'un manuscrit intitulé Soupirs royaux, ouvrage du Roi lui-même, disait-on, et capable d'exciter
1 Mémoires de Herbert, p. 118.
2 Le 23 janvier.
3 Clarendon, Hist. ofthe refceîL, t. IX, p. 282.
* Ibid., p. 296.
• Les 6et22janvier. Par/tam. Hist., t. III, coL 1277 et suiv.
6 Banks, Critical Revicw, etc., p. 103. — Mark Noble, Memoirs of the Protectoral house, etc., t. I, p. 50 et suiv. — Mémoires de Ijud" low, t. I, p. 340, dans la note, dans ma Collection.
pour sa délivrance qucl(|nc soulèvement '. De tous côtés enfin s'élevaient, sinon de grands obstacles, du moins de nouvelles causes de fermentation qui dis[)araîtraient à coup sûr, se promettaient les républicains, dès que la question serait résolue, mais qui, tant qu'elle demeurait indécise, rendaient chaque jour de retard plus embarrassant et plus périlleux.
Ils résolurent de sortir snr-le-cliamp de cette situalion, de couper court à tout débat, et que le Roi ne comparaîtrait plus que pour recevoir son arrêt. Soit par un reste de respect des formes légales, soit pour produire au besoin de nouvelles preuves de la mauvaise foi de Charles dans les négociations, la cour employa les journées du 2i et du 25 à recueillir les dépositions de trente-deux témoins. Le 25, à la fin de la séance, presque sans discussion, on vota la condamnation du Roi comme tyran, traître, meurtrier et ennemi du pays. Scott, Martyn, Ilarrison, Liste, Say, Ireton et Love furent chargés de rédiger la sentence. Quarante-six membres seulement siégeaient ce jour-là. Le 20, soixante-deux membres présents, à huis clos, la rédaction de la sentence fut débattue et adoptée. La cour s'ajourna au lendemain pour la prononcer.
Le 27, à midi, après deux heures de conférence dans la chambre peinte, la séance s'ouvrit, selon l'usage, par
* C'est l'ouvrage connu sous le nom d'iiîxwv ^aii^ixT) [Image royale), et traduit en entier dans ma CoUection. (Vo^ez 1a notice qui le prccidc, p. ViO.)
('appel nominal. Au nom de Fairfax : a II a trop d'esprit « pour être ici, » ré])oiidit une voix de femme du fond d'une galerie. Après un moment de surprise et d'hésitation \ l'appel nominal continua : soixante-sept membres étaient présents. Quand le Roi entra dans la salle, un cri violent s'éleva : « Exécution ! justice ! exécution ! » Les soldats étaient très-animés; quelques officiers, Axtell surtout, qui commandait la garde, les excitaient à crier; quelques groupes, semés çà et là dans la salle, se joignaient à ces clameurs ; la foule se taisait avcf consternation.
« Monsieur, dit le Roi à Bradshaw avant de s'asseoir, « je demanderai à dire un mot; j'espère que je ne vous « donnerai point sujet de m'interrompre. »
Bradshaw. «Vous répondrez à votre tour; écoutez « d'abord la cour. »
Le Roi. « Monsieur, s'il vous plaît, je désire être en- « tendu. Ce n'est qu'un mot. Un jugement immédiat...»
Bradshaw. « Monsieur, vous serez entendu lorsqu'il a en sera temps ; vous devez d'abord entendre la cour. »
Le Roi. « Monsieur, je désire... Ce que j'ai à dire est a relatif à ce que la cour va, je crois , prononcer; et il • n'est pas aisé , monsieur, de revenir d'un jugement « précipité. »
Bradshaw. « On vous entendra, monsieur, avant de «t rendre le jugement. Jusque-là, vous devez vous absteft nir de parler. »
• Staie-Trials, t. V, col. 114G-1151 : dans le procès d'Aitell.
A cette assurance, quelque sérénité reparut dans \(» traits du Roi ; il s'assit. Bradshaw reprit la parole :
« Messieurs, dit-il, il est bien connu de tous que le « prisonnier ici à la barre a été plusieurs fois amené « devant la cour pour répondre à une accusation de « trahison et autres grands crimes présentée contre lui 0 au nom du peuple d'Angleterre... »
« Pas de la moitié du peuple! s'écria la même voix « qui avait répondu au nom de Fairfax : où est le a peuple? ouest son consentement? Olivier Cromwell « est un traître. »
L'assemblée entière tressaillit : tous les regards se
tournèrent vers la galerie : « A bas les p ! s'écria
« AxtcU. Soldats, feu sur elles ! » On reconnut lady Fairfax '.
Un trouble général éclata; les soldats, partout répandus et menaçants, avaient grand'peine à le contenir. L'ordre enfin un peu rétabli, Bradshaw rappela le refus obstiné qu'avait fait le Roi de répondre à l'accusation, la notoriété des crimes qui lui étaient imputés, et déclara que la cour, daccord sur la sentence, consentait cependant, avant de la prononcer, à entendre la défense du prisonnier, pourvu qu'il renonçât à contester sa juridiction.
0 Je demande, dit le Roi, à être entendu dans la
> Stale-Tnah,co\. 1150: déposition de sir Purbeck Temple.— Whitelocke, p. 'Sôd. C'est par erreur qu'il rapporte cette scèo* à la séance du 22 janvier.
« chambre peinte^ par les Lords et les Communes, sur « une proposition qui importe bien plus à la paix du « royaume et à la liberté de mes sujets qu'à ma propre c conservation. »
Une \ive agitation se répandit dans la cour et dans l'assemblée : amis ou ennemis^ tous cherchaient à deviner dans quel but le Roi demandait cette conférence avec les deux Chambres, et ce quïl pouvait avoir à leur proposer. Mille bruits divers en couraient; la plupart semblaient croire qu'il voulait oiîrir d'abdiquer la couronne en faveur de son fils. Mais^ quoi qu'il en fût, l'embarras de la cour était extrême : le parti, malgré son triomphe, ne se sentait en mesure ni de perdre du temps, ni de courir de nouveaux hasards; parmi les juges eux-mêmes, quelque ébranlement se laissait entrevoir. Pour éluder le péril, Bradshaw soutint que la demande du Roi n'était qu'un artifice pour échapper encore à la juridiction de la cour; un long et subtil débat s'engagea entre eux à ce sujet. Charles insistait toujours plus vivement pour être entendu; mais à chaque fois les soldats devenaient autour de lui plus bruyants et plus injurieux : les uns allumaient du tabac et en poussaient vers lui la fumée ; les autres murmuraient en termes grossiers de la lenteur du procès; Axtell riait et plaisantait tout haut. En vain, à plusieurs reprises, le Roi se tourna vers eux, et tantôt du geste, tantôt de la voix, essaya d'obtenir quelques momentsd'attention , de silence du moins : on lui répondait par des cris de : « Justice! exécution Ib Troublé enfin.
presque hors de lui : o Écoutez-moi ! écoulez-moi ! » B"écria-l-il avec im accent passionné : les mômes cris recommençaient* ; un mouvement inattendu se manifesta dans les rangs de la cour. Un des membres, le colonel Downs, s'agitait sur son siège; vainement se? deux voisins, Cawley et le colonel Wanton, s'efforçaient de le contenir : « Avons-nous donc des cœurs de pierre? « disait-il; sommes-nous des hommes? — Vous nous « perdrez, et vous-même avec nous, lui dit Cawley, — « N'importe, reprit Downs; dussé-je en mourir, il faut « que je le fasse. » A ce mot, Crornwell, qui siégeait au-dessous de lui, se retourna brusquement : « Colonel, a lui dit-il, êtes-vous dans votre bon sens? A quoi j»en- « sez-vous ? Ne pouvez-vous pas vous tenir tranquille ? « — Non, reprit Downs, je ne puis me tenir tranquille;» et se levant aussitôt : « Milord, dit-il au président, ma « conscience n'est pas assez éclairée pour me permettre « de repousser la requête du prisonnier; je demande « que la cour se retire pour en délibérer. — Puisqu'un « des membres le désire, répondit gravcmcntBradshavv, « la cour doit se retirer ; » et ils passèrent tous à l'instant dans une salle voisine.
A peine ils y étaient entrés, Crornwell apostropha rudement le colonel, lui demandant compte du dérangement et de l'embarras qu'il causait à la cour. Downs ss défendit avec trouble, alléguant que peut-être les propositions du Roi seraient satisfaisantes; qu'après toul,
» State-TrtaU, t. V, col. lirvM151 : dans le procès d'Axtoll, II. 20
S50 COXDAMXATIOX DU ROI
ce qu'on avait cherclié, ce qu'on cherchait encore, c'étaient de bonnes et solides garanties; qu'il ne fallait pas refuser, sans les connaître, celles que le Roi youlail offrir; qu'on lui devait au moins de l'entendre et de respecter envers lui les plus simples règles du droit commun. €romwell l'écoutait avec une brutale impatience, s'agitant autour de lui , lïnterrompant à tout propos : « Nous voilà enfin instruits, dit-il, des grandes raisons « du colonel pour nous déranger de la sorte; il ne sait « pas qu'il a affaire au plus inflexible mortel qui soit au « monde : convient-il que la cour se laisse distraire et « entraver pa.r l'entêtement d'un seul homme? Nous « voyons bien le fond de tout ceci ; il voudrait sauver « son ancien maître. Finissons-en, rentrons et faisons « notre devoir. » En vain le colonel Harveyet quelques autres appuyèrent le vœu de Downs; la discussion fut promptement étouffée ; au bout d'une demi-heure, la cour rentra en séance, et Bradshaw déclara au Roi qu'elle repoussait sa proposition '.
Charles parut vaincu et n'insista plus que faiblement ; « Si vous n'avez rien à ajouter, lui dit Bradshaw, on et procédera à la sentence. — Je n'ajouterai rieu, mon- « sieur, répondit le Roi; je désirerais seulement qu'on « enregistrât ce que j'ai dit. » Bradshaw, sans répondre, lui annonça qu'il allait entendre son jugement. Avant
1 State-Trials. i. V, col. 1197, 1205, 1211, 1238; dans les procès de Harvey, Robert Lilburne, Downs etWayte, et d"après le récit d«8 accu»^ eux-mêmes. Vojez aussi Wbitelocke, p. 368.
d'en ordonner la lecture, il adressa au Roi un long discours, solennelle apoloi,ne de la conduite du Parlement, où tous les torts du Roi furent rappelés, et tous les maux de la guerre civile rejelés sur lui seul, puisque sa tyrannie avait fait de la résistance un devoir aussi bien qu'une nécessité. Le langage de l'orateur était dur, amer, mais grave, pieux, exempt d'insulte, et saconviction évidemment profonde, quoique mêlée de quelque émotion vindicative. Le Roi l'écouta sans Tintcrrompre et avec une égale gravité. A mesure cependant que le discours avançait vers sa fin, un trouble visible s'emparait de lui : au moment où Bradshaw se tut, il essaya de prendre la parole. Bradshaw s'y opposa, et donna ordre au greffier de lire la sentence. La lecture achevée : « C'est ici, dit-il, l'acte, l'avis, le jugement una-
« nime de la cour; — et la cour se leva tout entière en signe d'asfentiment. « Monsieur, dit brusquement le
« Roi, voulez-vous écouler ma parole ! » BRADsn.4.w. a Monsieur, vous ne pouvez être entendu
« après la sentence. »
Le Roi. « Non, monsieur?»
Bradshaw. « Non, monsieur, avec votre permission,
a monsieur. Gardes, emmenez le prisonnier. » Le Roi. « Je puis parler après la sentence.... Avec
« votre permission, monsieur, j'ai toujours le droit de
« parler après la sentence.... Avec votre permission...
« Attendez. . . . La sentence, monsieur. . . . Je dis, monsieur,
« que.... On ne me permet pas de parler; pensez quelle
« justice peuvent attendre les autres I»
A ce moment, des soldats rentom-èreiit, et l'enlevant de la barre, l'emmenèrent avec violence jusqu'au lieu où l'attendait sa chaise. Il eut à subir, en descendant /escalier, les plus grossières insultes : les uns jetaient sur ses pas leur pipe allumée ; les autres lui soufflaient la fumée de leur tabac au visage; tous criaient à sës oreilles : a Justice ! exécution M » A ces cris cependant ie peuple mêlait encore quelquefois les siens : « Dieu « sauve Votre Majesté ! Dieu délivre Votre Majesté des « mains de ses ennemis! a Et tant qu'il ne fut pas enfermé dans sa chaise, les porteurs demeurèrent tète nue, malgré les ordres d'Axtell, qui s'emporta jusqu'à les frapper. On se mit en marche pour "Whitehall. Des troupes bordaient les deux côtés de la route ; devant les boutiques, les portes, aux fenêtres se tenait une foule immense, la plupart silencieux, d'autres pleurant, quelques-uns priant tout haut pour le Roi. De moment en moment, les soldats, pour célébrer leur triomphe, renouvelaient leurs cris : «Justice! justice! Exécution! « exécution ! » Mais Charles avait recouvré sa sérénité accoutumée, et trop hautain pour croire à la sincérité
1 State-Trials , t. V, col. 1151, dans le procès d'Axtell. Un témoin déposa, au procès d'Augustin Garland, un des juges, qu'au bas de l'escalier, il l'avait vu cracher au visage du Roi {ibid., col. 1215). Garland nia absolument le fait, et les juges n'insistèrent point. Herbert, qui accompagnait le Roi, ne le rapporte pas non plus. Je n'ai donc pas cru devoir le regarder comme authentique, quoique Warwick, qui tenait de l'évéque Juxon presque tous les détails qu'il a insérés dans sesMémoires, l'affirme expressément (p. 291).
A LA MORT (-28-30 janvier 1649). 358
de leur haine : « Pauvres gens ! dit-il en sortant de sa « chaise, pour un schelling ils en crieraient autant « contre leurs officiers *. )>
A peine rentré à Whiteiiall : « Herbert, dit-il, écontez: « mon neveu le prince élccleur et quelques lords qui « nie sont attachés feront tous leurs eCforls pour me. « voir : je leur en sais gré ; mais mon temps est court « et précieux, je souhaite l'employer au soin de mon « àme; j'espère donc qu'ils ne se formaliseront pas que « je ne veuille recevoir que mes enfants. Le plus grand « service que puissent me rendre aujourd'hui ceux qui « m'aiment, c'est de prier pour moi. » Il fit en elTet demander ses jeunes enfants , la ])rincesse Éhsabeth et le duc de Gloccster, restés sous la garde des Chambres, et révêque de Londres, Juxon, dont il avait déjà, par l'entremise de Hugh Peters, obtenu les secours rehgieux. L'une et l'autre demande lui fut accordée. Le lendemain 28, l'évèque se rendit à Saint-James, oii le Hoi venait d'être transféré; il se livrait, en l'abordant, à l'explosion de sa douleur : « Laissons cela, milord, lui dit Charles; « nous n'avons pas le temps de nous en occuper; pen- « sons à notre grande allaire : il faut me préparer à « paraître devant Dieu, à qui, sous peu, j'aurai à rendr< « compte de moi-même. J'espère m'en acfpiitter avc« a calme, et que vous voudrez bien m'assister. Ne paru Ions pas de ces misérables entre les mains desijuelsjt, a sais : ils ont soif de mon sang, ils l'auront; et que la
» State-Tiiah, t. IV, cul. 1130.— .hVmoires de Herbcr* «^ 118.
« volonté de Dieu soit faite ! je lui rends grâce?. Je leur « pardonne à tous sincèrement... Mais n'en parlons « plus. » Il passa le reste de la journée en conférence pieuse avec l'évêque : on avait eu grand"peine à obtenir quil fût laissé seul dans sa chambre, où le colonel Hacker avait établi d'abord deux soldats; et pendant la visite de Jaxon, la sentinelle de garde à la porte l'ouvrait de moment en moment pour s'assurer que le Roi était là. Comme il l'avait présumé, son neveu le prince électeur, le duc de Ricimiond, le marquis de Herlford, les comtes de Soutliam[iton, de Lindsey, et quelques autres de ses plus anciens serviteurs se présentèrent pour le voir, mais il ne les reçut jioint. M. Seymour, gentilhomme au service du prince de Galles, arriva ce même jour de la Haye ', porteur d'une lettre du prince ; le Roi donna ordre qu'on ie fît entrer, lut la lettre, la jeta au feu, chargea le messager de sa réponse, et le congédia sur-le-champ. Le lendemain 29, presque au point du jour, l'évêque revint à Saint-James. Les prières du matin terminées, le Roi se fit apporter un coii'ret contenant des croix de Saint-George et de la Jarretière brisées : « Vous voyez là, dit-il, à Juxon et Herbert, les « seules richesses qu'il soit maintenant en mon pouvoir « de laisser à mes enfants. » On les lui amena. A la vue de son père, la princesse Elisabeth, âgée de douze ans.
1 Selon la déposition de Tomlinson {Siate-Tiials, t.V, col. 1179), es fut le jour même de sa mort, et à Wliitehall, que le Roi reçut M. Seymour; j'ai suivi la relation de Herherl {M émoireSj p. ]26).
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foinlil cil larmes; le duc de Gloccslcr, qui n'en avait que huit, pleurait en regardant sa sœur. Charles les prit sur ses genoux, leur partagea ses joyaux, consola sa fille, lui donna des conseils sur les lectures qu'elle devait faire pour salfermir contre le papisme, la chargea de dire à ses frères qu'il avait pardonné à ses ennemis, à sa mère que jamais ses pensées ne s'étaient ('loignées d'elle, et que, jusqu'au dernier moment, il l'aimerait comme au premier jour. Puis, se tournant vers le petit duc : « Mon cher cœur, lui dit-il, ils vont « couper la tète à ton père. » L'enfant le regardait fixement d'un air très-sérieux : « Fais attention, mon enfant, « à ce que je te dis.... Ils vont me couper la tête etpeut- « être te faire Roi; mais fais bien attention à ce que je te « dis : tu ne dois pas cire Roi tant que tes frères Charles a et Jac(jues seront en vie, car ils couperont la tête à tes 0 frères s'ils peuvent les attraper, et ils finiront par te « couper aussi la tête. Je t'ordonne donc de ne jamais te a laisser faire Roi par eux. — Je me laisserais plutôt « hacher en morceaux, » répondit Teufant tout ému. Le Roi l'embrassa avec transport, le posa à terre, embiassa sa fille., les bénit tous deux, pria Dieu de les bé-nir ; puisse levant tout à coup : «Faites-les emmener, p dit-il à Juxon. Les enfants sanglotaient; le Roi, debout, le front appuyé contre la fenêtre, étouffait ses pleurs; la porte s'ouvrit, les enfants allaient sortir : Charles quitta précipitamment la fenêtre, les reprit dans ses bras, les bénit de nouveau, et s'arrachant enfin à leurs caresses, tomba à genoux et se remit à prier avec lévêque
et Herbert, seuls témoins de ces déplorables adieux '. Le matin même^ la haute cour s'était réunie, et avait fixé au lendemain mardi 30 janvier, entre dix et cinq heures, le moment de rexéculion. Quand il fallut signer l'ordre fatal, on eut grand"peine à rassembler les commissaires ; en vain deux ou trois des plus passionnés se tenaient à la porte de la salle, arrêtant ceux de leurs collègues qui passaient auprès pour se rendre à la Chambre des Communes, et les somm ant de venir apposer leur nom '; plusieurs de ceux même qui avaient voté la condamnation prirent soin de se cacher ou refusèrent expressément. Cromwell , presque seul gai , bruyant, hardi, se livrait aux plus grossiers accès de sa boutTonncrie accoutumée; après avoir signé le troisième, il barbouilla d'encre le visage de Henri Martyn, assis près de lui, et qui le lui rendit à l'iustaut. Le colonel Ingoldsby, son cousin, inscrit au nombre des juges, mais qui n'avait point siégé à la cour, entra par hasard dans la salle : « Pour cette lois, s'écria Cromwell, il ne « nous échappera pas; » et semparant aussitôt d'ingoldsby, avec de grands éclats de rire, aidé de quelques membres qui se trouvaient là, il lui mit la plume entre les doigts, et, lui conduisant la main, le contraignit de
1 Mémoires de Herbert, p. 123-130; — de Warwick, p. 292. — Rushworth, part. IV, t. II, p. 1398. — Joiirnah cf the House of CommonSj 29 janvier. — Procès du Hol, dans maCoUeclion, p. 93-
» Stale-Trials, t. V, ~c>l. 1219. Proccs de Thomas Waj-te.
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signer '. On recueillit enfin cinquante-neuf signatures, plusieurs noms tellement griffonnés, soit par trouble soit à dessein, qu'il était presque impossible de les distinguer. L'ordre fut adressé au colonel Hacker, au colonel Huncks et au lieutenant-colonel Phayre chargés de pourvoir à son exécution. Jusque-là les ambassadeurs extraordinaires des États généraux , Albert Joachim cl Adrien de Pauw, arrivés à Londres depuis cinq jours, avaient vainement sollicité une audience des Chambres ; ni leur demande officielle, ni leurs visites à Fairfax, Cromwell et quelques autres officiers n'avaient pu la leur faire obtenir. On les avertit tout à coup, vers une heure, qu'ih seraient reçus à deux heures par les Lords, à trois par les Communes. Ils se présentèrent en toute hâte, et s'acquittèrent de leur message; on leur promit une réponse, el en retournant à leur logement, ils virent commencer devant Whiteball les apprêts de l'exécution. Ils avaient reçu la visite des ministres de France et d'Espagne, mais ni l'un ni l'autre n'avait voulu se joindre à leurs démarches : le premiersecontenta de protester que depuis longtemps il avait prévu ce déplorable coup et tout fait pour le détourner; le second n'avait encore, dit-il, reçu de sa cour aucun ordre d'intervenir, quoiqu'il l'attendît de moment en moment. Le lendemain 30, vers midi, une gecondc entrefue avec Fairfax, dans la maison même de son secrétaire, avait donné aux deux Hollandais quelcjuc
* Ilarris, Vt'e (fe CromirW!. p. 201. — Mark Noble, .l/cmoj'rs oj th» Piotecloral housc, t I, p. 118,
lueur d'espérance ; il s'était ému à leurs représentations, et paraissant se décider enfinàsortir de son inertie, avait promis de se rendre sur-le-champ au Parlement pour solliciter au moins im sursis. Mais en le quiitant, derant la maison môme où ils venaient de l'entretenir, les deux ambassadeurs rencontrèrent un corps de cavalerie qui faisait évacuer la place ; toutes les avenues de Wliitehall, toutes les rues adjacentes en étaient également encombrées ; de tous côtés ils entendaient dire que tout était prêt, que le Roi ne se ferait pas attendre longtemps *.
De grand matin, en effet, dans une chambre de Whitehall, à côté du lit où Ireton et Harrison étaient encore couchés ensemble, Gromwell, Hacker, Huncks, Axtell et Phayre, s'étaient réunis pour dresser et expédier le dernier acte de cette redoutable procédure, l'ordre qui devait être adressé à l'exécuteur : « Colonel, dit Crom- « vvell à Huncks, c'est à vous de l'écrire et de le signer. » Huncks s'y refusa obstinément : « Quel entêté gro-
1 Ces détails sont tirés de la correspondance des ambassadeurs eux-mêmes avec les Etats généraux ( dépêches des 9 et 15 février, nouveau style), dont Sa Majesté le Roi des Pays-Bas a daigné permettre qu'il me fût fourni une copie. On trouvera toutes les pièces de cette importante correspondance textuellement traduites dans les Éclaircissements et Pièces historiques à la fia de ce volume, n" VI. Celles-ci prouvent combien est suspecte, malgré le témoignage de Herbert [Mémoires, p. 143), que du reste M. Godwin a eu tort de méconnaître {Hist. of the commonwealth, t. Il, p. 681) l'anecdote d'après laquelle presque tous les historiens ont prétendu qu'Ireton et Harrison avaient passé ce tempalà en pi'ières avec Fairfai, pour lui cacher ce qui se passait.
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■ gnon! » ditCromwcll. — « En vérité, colonel Iluncks, « lui dit Axtell, vous me faites honte : voilà le vaisseau « qui entre dans le port, et vous voulez plier les voiles « avant de mettre à l'ancre ! » Huncks persista dans Bon refus : Cromwell s'assit en grommelant,, écrivit luimême l'ordre et le présenta au colonel Hacker, qui le signa sans objection K
Presque au même moment, après quatre heures d'un sommeil profond, Charles sortait de son lit : « J'ai une « grande affaire à terminer, dit-il à Herbert, il faut que « je me lève promptcment ; » et il se mit à sa toilette. Herbert troublé le peignait avec moins de soin : « Pre- « nez, je vous prie, lui dit le Roi, la môme peine qu'à « l'ordinaire, quoique ma tête ne doive pas rester longue temps sur mes épaules ; je veux être paré aujourd'hui « comme un marié. » En s'habillant, il demanda une chemise de plus : « La saison est si froide, dit-il, que je a pourrais trembler; quelques personnes l'attribueraient « peut-être à la peur : je neveux pas qu'une telle sup- « position soit possible. » Le jour à peine levé, l'évcque « arriva et conmicnça les exercices religieux; comme il lisait, dans le xxvu' chapitre de l'évangile selon saint Matthieu, le récit de la passion de Jésus-Christ ; «Milord, « lui demanda le Roi, avez-vous choisi ce chapitre a comme le jilus apphcable à ma situation? — Je prie « Votre Majesté de remarquer, répondit l'évêque, que
1 State-Tiiah, t. V , col. 1118, 1180. Procès d'Axtell et da Hacker.