‹ Histoire de Charles IerChapitre 21 sur 151 · CIVILE · texte numérisé non relu

CIVILE

Bures décisives, que tontes choses enfin prenaient un sinistre aspect. Tout à coup se répandit le bruit qu'Essex et Wallcr s'étaient mis en mouvement, et marchaient sur Oxford pour l'assiéger. La Reine, grosse de sept mois, déclara aussitôt qu'elle voulait partir : en vain quelques membres du Conseil se hasardèrent à déplorer le fâcheux effet d'une telle résolution; en vain Charles lui-même témoigna quelque désir de l'en voir changer; l'idée seule d'être enfermée dans une place assiégée lui était, dit-elle, insupportable, et elle mourrait si on ne lui permettait pas de se retirer vers l'ouest, dans quelque lieu où elle pût accoucher loin de la guerre, et s'embarquer même pour la France, en cas de pressant danger. Hors d'elle-même à la moindre objection, elle p'emportail, suppliait, pleurait; personne n'insista plus; le chef-lieu du comté de Devon, Exeter, fut choisi pour son séjour, et, vers la fin d^avril, elle quitta son mari, qui ne la revit jamais*.

La nouvelle qui l'avait frappée d'épouvante était fondée ; Essex et \V aller s'avançaient, en effet, pour bloquer Oxford. D'autre part, Fairfax, Manchester et les Écossais devaient se réunir sous les murs d'York, et l'assiéger en conunun. Les deux grandes villes et les deux grandes arm(îes royalistes, le Roi et lord Ncv.castle, étaient ainsi attaqués à la fois, et par toutes les forces du Parlement. Tel était le plan simple et hardi que le comité des deux royaumes venait d'adopter.

• Clarendon, Ilist. of ihe rehen.,i. VII, p. 113.

as OXFORD EST ASSIÉGÉ

Vers la fin de mai, Oxford était presque entièrement investi : les troupes du Roi, successivement débusquées des places qu'elles occupaient aux environs, avaient été contraintes de se replier, les unes dans la ville, les autres sur un seul point hors des murs, du côté du nord; aucun secours ne pouvait arriver à temps; le prince Robert s était enfoncé dans le comté de Lancaster; le prince Maurice assiégeait le port de Lyme dans celui de Dorset ; lord Hopton était à Bristol occupé de préserver cette importante place des intelligences qu'y entretenait l'ennemi. Un renfort de huit mille hommes, miliciens de Londres, mettait Essex en état de compléter le blocus. Le péril semblait si pressant qu'un des plus fidèles conseillers du Roi lui proposa de se rendre en personne au pouvoir du comte. « Il se peut, dit Charles a indigné, qu'on me trouve entre les mains du comte « d'Essex, mais je serai mort ^ » Cependant le bruit se répandit à Londres que, ne sachant comment échapper, il formait, en effet, le dessein, soit d'arriver brusquement dans la cité, soit de se mettre sous la protection du lord général. L'alarme des Communes fut aussi vive qu'avait pu l'être l'indignation du Roi : « Milord, » écrivirent-elles sur-le-champ à Essex, « un bruit général « circule ici que Sa Majesté veut venir à Londres; nous « désirons que votre seigneurie ne néghge rien pour « en découvrir le fondement; et si jamais vous aviez « lieu de croire que Sa Majesté se propose de se retirer

* Clareudon Hist. of therehell, t. VII, p. 728.

PÀk ÈSSEX (MAI 1644). 39

« soit ici, soit à votre armée, nous entendons que von» « en iiiformi(^z aussitôt ks Chambres, et ne fassiez rien « sans leur aveu. » Essex comprit quelle méfiance couvraient CCS paroles. « Jignore absolument, répondit-il, « d'où est venu le bruit que Sa Majesté veut aller à « Londres ; je ferai de mon mieux j)onr en découvrir « l'origine; mais Londres est le lieu où l'on peut en « savoir le plus à ce sujet, car pas un mot n'en a été dit « dans cette armée. Si je viens à apprendre que le Roi « ait quelque intention de se rendre à l'armée ou au « Parlement, je vous en informerai sans délai ; mais je « ne conçois pas qu'il y ait la moindre raison d'y croire; « et, dans tous les cas, je serais, je pense, le dernier à « en entendre parler*. »

Un bruit bien ditîérent, et plus certain, vint surprendre le Parlement et l'armée : le Roi leur avait échappé. Le 3 juin, à neuf heures du soir, suivi du prince de Galles, et laissant dans la place le duc d'York avec toute la cour, il était sorti d'Oxford, avait passé entre les deux camps ennemis, et, rejoignant un corps de troupes légères qui l'attendait du côté du nord, s'était mis rapidement hors d'atteinte ^

La surprise fut extrême, et la nécessité d'une prom[)le résolution évidente. Le siège d'Oxford devenait sans objet; les deux armées n'avaient plus rien à

Parliam. Hisl., t. III, col. 266 ; la lettre des Chambres à Essex ei t du 15 mai 1614, et sa réponse du 17 mai.

' Clarendon, Ilist. oflhe rehell., t. Vil, p. 120 ; — Uushworth, part. III, t II, p. 671.

Page 1