‹ Histoire de Charles IerChapitre 3 sur 151 · PRESBYTÉRIEN · texte numérisé non relu

PRESBYTÉRIEN

de la foi, et de disputer ainsi à l'épiscopat riiéritage de la papauté, déjà les indépendanis, les brownistes, les anabaptistes demandaient hautement si une Église nationale devait subsister, et à quel titre un pouvoir quelconque, papauté, épiscopat ou presbytère, s'arrogeait le droit de courber des consciences chrétiennes sous le joug d'une mensongère unité. Toute congrégation de fidèles, disaient-ils, habitants ou voisins du môme lieu, qui se réunissent librement, en vertu de leur foi commune, pour adorer ensemble le Seigneur, est une Église véritable, sur laquelle aucune autre Église ne peut prétendre aucune autorité, et qui a droit de choisir elle-même ses ministres, de régler elle-même son culte, de se gouverner enfin par ses propres lois.

A sa première apparition, le principe de la hberté de conscience, ainsi proclamé par des sectaires obscurs, au milieu des égarements d'un aveugle enthousiasme, fut traité de crime et de folie. Eux-mêmes semblaient le soutenir sans le comprendre, et moins par raison que par nécessité. Épiscopaux et presbytériens, prédicateurs et magistrats, le proscrivirent également : la question de savoir comment et par qui l'Église de Christ devait être gouvernée continua d'être i)resque seule débattue ; on croyait avoir à choisir entre le pouvoir absolu du pape, l'aristocratie des évoques et la démocratie du clergé presbytérien; on ne recherchait })oint si de tels gouvernements étaient légitimes dans leur principe, quels que fussent leur forme et leur nom.

Cependant un grand mouvement agitait toutes choses.

10 FORMATION DU TARTÎ

même celles qui n'en semblaient point ébranlées : chaque jour amenait quelque épreuve à Uuiuclle aucun système ne pouvait se soustraire, quelc[ue débat que le parti dominant tentait en vain d'étouffer. Appelés chaque jour à considérer quelque nouvelle face des affaires humaines, à discuter des opinions, à repousser des prétentions jusque-là inconnues, les esprits s'affranchissaient par ce travail, et en sortaient, les uns pour s'élever hbrement, sur l'homme et la société, à des idées plus étendues, les autres pour secouer audacieuscment tout préjugé et tout frein. En même temps la liberté pratique, en matière de foi et de culte, était presque absolue; aucune juridiction, aucune autorité répressive n'avait encore remplacé celle de l'épiscopat; et le Parlement, occupé de vaincre ses ennemis, s'inquiétait peu de surveiller les pieux écarts de ses partisans. Le zèle presbytérien obtenait quelquefois des Chambres, contre les nouveaux sectaires, des déclarations menaçantes; quelquefois les craintes et les haines des réformateurs politiques coïncidant avec celles de leurs dévots alliés, ils prenaient de concert, contre leiu'S adversaires, des mesures de rigueur. Une ordonnance destinée, dit le préambule, « à réprimer les calomnies et la licence aux- « quelles la religion et le gouvernement sont en butte « depuis quelque temps, » abolit la liberté de la presse jusque-là tolérée, et soumit à la censure préalable toutes les publications '. Mais le pouvoir ne saurait arrêter

« Le 1! juin 1613. Parliam. Ilist., t. III, col. 131.

INDÉPENDANT (1G43-1644). Il

cews. qui le devancent dans le mouvement dont il (J^•t lui-même emporte. Au bout de quelques semaines, les royalistes et les épiscopaux portaient seuls le poids de ces restrictions ; les sectes nouvelles y échappaient ou les bravaient, et pullulaient de toutes parts, de jour en jour plus nombreuses, plus variées, plus ardentes, indépendants, brownistes, anaba[)fistes, antipœdobaptisles, quakers, antimoniens, hommes de la cinquième monarchie. A l'ombre même de la domination des presl)yf ériens, la révolution suscitait à la fois contre eux des enthousiastes, des philosophes, des Ubertins.

Toutes les questions prirent dès lors un tour nouveau; la fermentation sociale changea de caractère. Des faits puissants, respectés, avaient jusque-là dirigé et contenu la pensée des réformaîcurs politi(iues, religieux même : aux uns l'état légal de la vieille Angleterre, tel du moins qu'ils le concevaient, aux autres la constitution de l'Église telle qu'en jouissaient déjà l'Ecosse, la Hollande, Genève, servaient en même temps de modèle et de frein. Quelle (jue fût la hardiesse de leurs entreprises, ni les uns ni les autres n'étaient en proie à de vagues désirs, à des prétentions ilhmitées; tout n'était pas innovation dans leurs desseins, ou conjecture dans leurs espérances, et s'ils méconnaissaient la portée de leurs actes, ils pouvaient du moins en assigner le but. Aucun but précis ne régla la marche de leurs rivaux ; aucun fait, historique ou légal, n'enferma dans ses limites leur pensée; confiauts dans sa force, fiers de son élévation, ou de sa sainteté, ou de son audace, ils lui décernèrent

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