SECONDE BATAILLE DE
àNewbury, presque dans les mêmes positions où;, l'année précédente, en revenant de Glocester, il avait si glorieusement vaincu. En son absence lord IMancliester commandait. L'action fat longue et acharnée ; les soldats d'Essex surtout firent des prodiges : à la vue des canons qu'ils avaient perdus naguère dans le comté de Cornouailles, ils se précipitèrent sur les batteries royales, ressaisirent leurs pièces, et les ramenèrent en les embrassant avec transport. Quelques régiments de Manchester essuyèrent en revanche un échec assez rude. Un moment les deux partis s'attribuèrent la victoire ; mais dès le lendemain, le Roi, renonçant à ses projets sur Londres, commença son mouvement de retraite, pour aller prendre à Oxford ses quartiers d'hiver'.
Cependant le Parlement fit peu de bruit de son triom- /phe : aucun service d'actions de grâces ne fut célébré; et le lendemain même du jour où parvint à Londres la nouvelle de la bataille, le jeûne mensuel des Chambres eut lieu selon l'usage % comme s'il n'y avait eu aucun sujet de se réjouir. Le public s'étonnait de tant de froideur. Bientôt des propos fâcheux circulèl'cnt : la victoire, dit-on, aurait pu être bien plus décisive; mais la discorde régnait entre les généraux; ils avaient souffert que le Roi se retirât sans obstacle.
» Whitelocke, p. 103, 104. — Clarendon , Hist. of thereOcU., t. VU, p. 226-232.— Mémoires de Ludlow, t. I, p. 145-150. —Parliam. Hist., t. III, col. 296.— Rushwortb , part, III, t. II, p. 721-
« Le 30 octobre 1644.
NEWBURY (27 octobre 1644). 61
presque sous les yeux de larmée immobile, par un clair de lune magnifiipie, quand il eût suffi du moindre mouvement pour rempêclier. Ce fut bien pis lorsqu'on apprit que le Roi venait de reparaître aux environs de Newbury, qu'il avait relire librement son artillerie du château de Donnington \ et même offert de nouveau la bataille sans que l'armée sortît de son immobilité, La clameur devint générale ; la Chambre des Communes ordonna une enciucte. Cromwell n'attendait que cette occasion d'éclater : « C'est au comte de Manchester, « dit-il, que tout doit être imputé ; depuis la victoire « de Marston-Moor, il a peur de vaincre, peur d'un « grand et dernier succès : tout à l'heure, quand le Roi « a reparu près de Newbury, rien n'était plus aisé que « de détruire entièrement son armée. Je suis allé troua ver le général; je lui ai montré comment cela se « pouvait; j'ai sollicité la permission d'attaquer avec « ma seule brigade ; d'autres officiers ont insisté avec 0 moi; il s'y est obstinément refusé ; il a même ajouté « que, parvinssions-nous à anéantir son armée, le Roi « serait toujours Roi, et en retrouverait bientôt une « autre, tandis (]ue nous, une fois battus, nous no a serions plus que des rebelles et des traîtres infailii- « blement condamnés en vertu de la loi. » Ces derniers mots émurent vivement la Chambre, car elle ne pouvait souffrir qu'on pamt douter de la légalité de sa résis-
' Le 9 novembre 1G44. Rushwortb , i^art. III, t. II, p. 729-733, — Claiendon, Hist. of therebell., t. VII, p. 234-236.