‹ Histoire de Charles IerChapitre 70 sur 151 · LE ROI REPOUSSE LES PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

LE ROI REPOUSSE LES PROPOSITIONS

« fâché qu'il ne soit pas auprès de mon fils. » Davcnant insistait avec la vivacité d'un poète et la légèreté d'un libertin; le Roi s'emporta et le chassa rudement de sa présence ^ De la part des presbytériens, les instances n'étaient pas moins vives; plusieurs villes d'Ecosse, Edimbourg entre autres, adressèrent au Roi des pétitions amicales-; la cité de Londres voulait en faire autant, mais une défense formelle des Communes l'en empêcha ^ Enfin la menace vint se joindre à la prière; rassemblée générale de l'Église écossaise demanda que, si le Roi refusait le co\8nant, il ne pût en aucun cas venir en Ecosse ''; et dans une audience solennelle, en présence des commissaires écossais, le chancelier, loi'd Lowden, lui déclara que, s'il persistait dans ses refus, l'entrée de l'Ecosse lui serait en 3ffet interdite, et qu'en Angleterre on pourrait bien le déposer et instituer un autre gouvernement ^

Tout échoua contre la fierté du Roi, ses scrupules religieux, et aussi quelque secret espoir que nourrissaient toujours de crédules ou d'intrigants amis ^ Après avoir retardé de jour en jour sa réponse, le 4"='' août, il fit appeler enfin les commissaires et leur remit un message

i Clarcndon, Hisl. of the relell, t. YIII, p. 275. « Whitelocke, p. 220, 223.

» Old Parliam. Hist., t. XV, p. b-1 . — Mémoires Je LuJlo-*-, t. i. p. 205.

k Clarendon, Hist. of the rehell, t. VIII, p. 2S3. s Rushworth, part. IV, t. I. p. .'119. * Mémoires de Ludlow, t. I, p. 207.

DU PARLEMENT (1" août 1646). IGI

écrit où, sans repousser absolument les propositions, il redemandait qu'on le reçût à Londres pour traiter en personne avec le Parlement'.

Les indépendants ne purent contenir leur joie. Les commissaires de retour, il fut proposé, selon l'usage, de voler en leur faveur des remercîments. « C'est le « Roi qu'il faut remercier ! s'écria un membre.— Qu'al- 9 lons-nous devenir, maintenant qu'il a refusé nos pro- « positions? demandait avec anxiété un presbytérien. « — Que serions-nous devenus s'il les eût acceptées?» répondit un indépendant-. Un message arriva des commissaires écossais, offrant de remettre toutes les places qu'ils occupaient, et de retirer d'Angleterre leur armée ^. Les Lords votèrent que leurs frères d'Ecosse avaient bien mérité du royaume ; les Communes ne se joignirent pas à ce vote, mais elles adoptèrent une ordonnance qui défendait de mal parler des Ecossais et de rien imprimer contre eux *. Un moment les deux partis, l'un rebuté, l'autre rassuré par les refus du Roi, parurent ne plus songer qu'à régler de concert leurs intérêts et leurs débats.

Mais les trêves de prudence ou de dépit sont courtes entre les passions ennemies. Les olîres de retraite dos

1 ParUain Ilist., t. HI, col. 513-51G.

* Burnct, Mcpioirs ofthe Hamiltons, p. 283.

» Le 10aoùtlG4G. ParUain. Hist., t. III, col. 5i6.

• Le 14 aoiUUiJG. Old ParUam. Ilist., t. XV, p. G1-G3. CeUc or* donnance nepatsa dans les Coinniunos qu'à la majorité de. c.rni treutP voix contre cent deux.

Écossais donnaient deux questions à résoudre : Comment seraient réglés les arrérages qui leur étaient dus et qu'ils réclamaient depuis longtemps? Qui disposerait de la personne du Roi? Dès qu'elles s'élevèrent, les partis rengagèrent le combat.

Sur la première, les presbytériens eurent sans peine l'avantage : les demandes des Écossais étaient, il est vrai, exorbitantes; déduction faite de ce qu'on leur avait déjà payé, ils réclamaient encore près de 700,000 livres sterling, « sans parler, disaient-ils, des « pertes énormes qu'avait subies l'Ecosse par suite « de son alliance à l'Angleterre, et dont ils confiaient « révaluation à l'équité des Chambres ^ » Les indépendants se récrièrent, avec une amère ironie, contre une fraternité si onéreuse; à leur tour ils opposèrent aux Écossais un compte détaillé des sommes par eux perçuee et de leurs exactions dans le nord du royaume, compte d'après lequel l'Ecosse se serait trouvée redevable envers l'Angleterre de plus de 400,000 livres sterling ^ Mais de telles récriminations ne pouvaient être admises, ni même sérieusement débattues par des hommes sensés; la retraite des Écossais était évidemment nécessaire; les comtés du nord la sollicitaient à grands cris; pour l'obtenir, il fallait la payer, car une guerre eût coûté bien plus cher et compromis bien davantage le Parlement. L'obstination tracassière des indépendants

* OldParJiam. Eist., t. XV, p. C6-71.

■ Jbid., p. 71-75.

LES ÉCOSSAIS (AouT-DÉcEMnRE 1046). 163

ne parut qu'une passion aveugle ou une manœuvre do faction; les prcsbylcriens, au contraire^ promcllaient d'amener les Écossais à des prélcntions plus modérées: tous les hommes incertains, ou méfiants, ou réservés, qui ne marchaient sous la bannière d'aucun parti, et qui plusieurs fois, par dégoût du despotisme presbytérien, avaient donné aux indépendants la majorité, se rangèrent en cette occasion du côté de leurs adversaires : 400,000 livres sterling furent votées * comme le maximum des concessions que pouvaient espérer les Écossais, payables moitié au moment de leur départ, moitié dans un délai de deux ans. Ils acceptèrent le marché, et un emprunt hypothéqué sur la vente des biens de l'Église fut aussitôt ouvert dans la cité pour en remplir les conditions*.

Mais quand il s'agit de la personne du Roi, la position des presbytériens devint embarrassante : eussent-ils désiré qu'il restât entre les mains des Écossais, ils ne pouvaient laisser seulement paraître une telle idée, car l'orgueil national la repoussait absolument; c'était, disait-on de toutes parts, le droit et llionneur du peuple anglais de disposer seul de son souverain; quelle juridiction pouvaient prétendre les Écossais sur le sol de l'Angleterre? Us n'y étaient rien que dos auxiliaires, des auxiliaires soldés, et qui, en effet, on le voyait bien, ne

> En quatre votes de 100,000 liv. st. cliacun, les 13, 21, 27 aoùf et 1" septembre. OldParliam. Hist., t. XV, p. Ci, 05, 70

* Le 13 octobre 1646. liushworlh, part. IV, t. I, p. 376. — .l/#. moires de Hollis, p. 91.

s'inquiétaient guère que de leur solde : qu'ils prissent donc leur argent et retournassent dans leur pays; on n'avait d'eux ni besoin ni peur. Les Éccssais, de leur côté, quel que fût leur désir d'éviter toute rupture, ne pouvaient accepter sans résistance de tels mépris : Charles, dirent-ils, était leur Roi aussi bien que celui des Anglais; ils avaient comme eux le droit de veiller ?ur sa personne et sa destinée; le covenant leur en faisait un devoir. La querelle devint très-animée; les conférences, les pamphlets, les déclarations, les accusations réciproques se multipliaient et s'écliaulfaient de jour en jour; chaque jour le peuple, sans distinction de partis, se prononçait plus vivement contre les prétentions des Écossais, car ils étaient déchus dans l'opinion populaire; les préjugés, les antipathies nationales avaient reparu; et leur avidité, leur prudence étroite, leur pédanterie théologique déplaisaient chaque jour davantage à l'esprit plus étendu et plus libre, au fanatisme plus large et plus hardi de leurs aUiés. Les chefs politiques du parti presbytérien, Hollis, Stapleton, Glynn, fatigués d'une lutte dans laquelle ils se sentaient contraints et subordonnés, cherchaient impatiemment les moyens d'y mettre un terme. Ils se persuadèrent que si les Écossais remettaient le Roi aux mains des Chambres, il deviendrait aisé de licencier enfin cette armée fatale, unique force des indépendants, véritable ennemie du Parlement et du Roi. Ils conseillèrent donc aux Écossais de céder, dans l'intérêt même de leur cause ; et au même me meut, déterminés sans doute jiaila même influence, hs,

LES ECOSSAIS (aodt-décembhk 1646). 165

Lords acquiescèrent enfin ' à ce vote des Communes, depuis cinq mois en suspens, « qu'aux deux Chambres « seules il appartenait de disposer de la personne du « Roi -. »

Les presbytériens écossais, la plupart du moins, ne demandaient pas mieux que de croire à la sagesse de ce conseil et de le suivre, embarrassés de leur propre résistance et ne sachant comment y renoncer ni comment la soutenir. Mais les amis du Roi avaient acquis naguère, dans le parti, un peu plus de hardiesse et de pouvoir : le duc de Hamiiton était à leur tète; détenu trois ans dans le château du mont Saint-Michel en Cornouailles, par suite des méfiances que sa conduite incertaine avait inspirées à la cour d'Oxford et au Roi luimême, il en sortit enfin quand la place tomba aux mains du Parlement, passa quelques jours à Londres, faisant à tous les membres des deux Chambres les visiles les plus empressées, se rendit de là à Newcaslle où Cliarles venait d'arriver avec larméc écossaise, rentra bientôt dans son ancienne faveur, et de retoiu- à Edimbourg, y faisait, pour le salut du Roi, les plus sincères efforls '. A lui se rallièrent aussitôt presque toute la haute noblesse du royaume, et, dans la bourgeoisie,

» Le 24 septembre 1646.

* Rushworth, part. IV, t. I, p. 329-372. —Mémoires de Hollis, p. 92-94.— Clarendon, Hist. of the rehell., t. VIII, p. 284.— BailHe, LdtcrSyt.U, p. 257. — Malcoim Laing, Hist. of Scotland, t. III, p. 369, f 60.

» Clarendon, Ilist. oftherchell., t. VII, p. 79-81; t. VIII, p. Ib9, 201 ; l. IX, p. 42.— Rushworth, part. IV, t. I, p. 327.

les prcsbyiciiens modérés, les hommes sages que dégoûtaient l'aveugle fanatisme de la multitade et l'insolente domination de ses ministres, les hommes honnêtes et timides prêts à tout sacrifier pour retrouver quelque repos. Ils obtinrent l'envoi d'une nouvelle et solennelle députation qui vint à Newcaslle conjurer à genoux le Roi d'accepter enfin les propositions du Parlement. Les instances passionnées de ces députés, tous compatriotes de Cliarlcs, prc-sque tous compagnons de sa jeunesse, ébranlèrent sa résolution : « Sur ma parole, leur dit-il, « les dangers que vous m'avez peints me troublent « moins que le chagrin de ne pas donner prompte et « pleine satisfaction aux vœux de mon pays natal, exce primés par votre bouche. Je ne veux pas qu'on se « trompe sur mes intentions, je ne refuse point; non, « je proteste que je ne refuse point. Mais songez bien « que ce que je demande uniquement, c'est d'être ence tendu, entendu par les gens de Londres : si un Roi « refusait une telle chose au moindre de ses sujets, il « passerait à juste titre pour un tyran. » Le lendemain même, sans doute après de nouvelles sollicitations, il oiTrit de boi'ner le maintien de l'Église épiscopale à cinq diocèses *, laissant le régime presbytérien prévaloir dans le reste du royaume, réclamant seulement, pour lui et les siens, la liberté de leur conscience et de leur culte, jusqu'à ce que, de concert avecles Chambres, il

' Les diocèses d'Oiford , de Winchester, de Bristol, de Bath et Weils, et dExetcr.

LES ÉCOSSAIS {août-décembre 1646}. 167

eût mis un termîî à tous leurs différends. xMais nidle concession partielle ne pouvait suffire au peu [île pri'Sbytérien; et plus le Roi en offrait de grandes, plus on doutait de sa sincérité. Sa proposition fut à peine écoutée. Hamillon, découragé, parla de se retirer sur le continent ; le bruit se répandit en môme temps que l'armée écossaise était près de rentrer dans son pays. Le Roi écrivit sur-le-champ au duc * : « Hamilton, j'ai a tant à écrire et n peu de loisir, que cette lettre sera 0 comme les temps actuels, sans ordre ni raison... Les a gens de Londres se flattent qu'ils mettront la main « sur moi, en disant à nos compatriotes qu'ils ne veu- « lent nullement faire de moi un prisonnier; mon Dieu a non, i)as le moins du monde, seulement me donner 0 une honorable garde qui me suivra partout, pour la a sûreté de ma personne. Je dois donc vous dire, et 0 bien loin d'en faire un secret, je désire que tous le « sachent, que je ne veux point être laissé en Angle- « terre quand cette armée en sortira, à moins que bien « Clairement, et par des conventions sti[)ulécs selon les a anciennes formes légales, je n'y demeure en honunc « lil)re, et sans qu'on m'impose, sous aucun prétexte, c aucun serviteur dont je ne veuille point. Ne partez « pas, je vous le demande; » et il finissait sa lettre par ces mots : « Votre plus sûr, plus \érital)le, plus fidèle 0 et plus constant ami *. » ILimilton resta : le Parle-

I Le2Gseptnn)brclG16.

« Ruahworih, part. IV, t. I, p. 327-329.

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