‹ Histoire de Charles IerChapitre 69 sur 151 · LE ROI DANS LE CAMP · texte numérisé non relu

LE ROI DANS LE CAMP

jamais leurs déclarations de zèle pour le eovenant, de ferme attachement aux Chambres, d'inviolable union a\ec leurs frères les Anglais, n'avaient été plus multipliées ni plus éclatantes^; jamais ils ne s'étaient montrés, envers le Roi et les Cavaliers, si ombrageux et si durs. Six des plus illustres compagnons de Montrose. pris à la bataille de Phihp-Haugh, furent condamnés et exécutés; rigueur sans motif, si ce n'est la vengeance, et dont, en Angleterre, la guerre civile n'avait ofTert aucun exemple ^ Charles, avant de quitter Oxford, avait écrit au marquis d'Ormond qu'il ne se rendait au camp des Écossais que sur leur promesse de le soutenir au besoin, lui et ses justes droits = ; et quoique leur langage eût été probablement moins explicite que le sien, on ne peut guère douter qu'ils ne lui eussent donné lieu, en effet, d'espérer leur appui. Ormond publia la lettre du Roi ^; les Écossais se hâtèrent de la démentir, en la qualifiant de « damnable mensonge ^ » Les rigueurs redoublaient chaque jour autour de sa personne; quiconque avait porté les armes pour lui eut défense d'en approcher; ses lettres étaient presque toujours interceptées ^ Enfin, poui ilonner une éclatante marque de leur

1 Parliam. Hist., t. III, coL 471. 473, 488.— OM Parliam. Hist.; t. XV, p. 8.

« Malcolm Laing, Hist. ofScoUand, t. III, p. «34.

s Le 3 avril 1G4G. Carte, Ormond's Life, t. III, p. 455.

* Le 21 mai 1646.

» Le 8 juin. Parliam. Hist., t. III, coL 480-483.

6 Clarendon, Hist. ofthcrebdl, t. VIII, p. ^71. — Whitelrcke, p. 210, 514,220.

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fidélilc à la cause du covenant, les chefs écossais somnit-rent le Roi de se laisser instruire dans la vraie doctrine de Christ; et le plus renommé <les prédicateurs du ()arti, Ilenderson, se rendit à Newcaslle pour entreprendre offlciellement la conversion du monarque prisonnier'.

Charles soutint cette controverse avec adresse et dignité, inébranlable dans son adhésion à l'Église anglicane, mais argumentant sans aigreur contre son adversaire, qui lui-même était doux et respectueux. Pendant le cours de la discussion, le Roi écrivit aux gouverneurs royalistes qui tenaient encore de rendre leuis places % aux Chambres de presser l'envoi de leurs propositions ', à Ormond de continuer ses négociations avec les Irlandais, quoiqu'au moment môme il lui ordonnât ofliciellement de les rompre^; à Glamorgan enfin, toujours seul instruit de ses secrets desseins : « Si vous pouvez me procurer une forte somme dar- « gent en engageant mes royaumes comme garantie, « j'en serai charmé, et, dès que j'en aurai recouvré la « possession, je payerai largement cette dette. Dites au a nonce que si je trouve quelque moyen de mo mettre

1 La controverse commença le 29 mai et dura jusqu'au 16 juillet : toutes les notes échangées entre le Roi et Ilenderson ont é.lé recueillies dans les Œuvres du Roi, iror/^s of the king Charleg the martyr, Londres, lGG-2, in-fol., p. Lj5-187.

» Le lOjuinlGlG. Parliam. Hist., t. IH, col. 487.

3 Le 10 juin. Ihid., col. 4SC.

* 7bid.,col. 4S7.--Lingard, Ilist. of Etvjhmd. t. VI, p GG'. édition in-4.

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« dans ses mains et dans les vôtres, je n'y manquerai a certainement pas, car tous les autres me méprisent, « je le vois bien^ »

Les propositions des Chambres lui arrivèrent enfin* les comtes de Pembroke et de Suffolk, et quatre membres des Communes étaient chargés de les lui présenter. M. Goodwin, l'un d'entre eux, commençait à les lire. « Pardon, messieurs, dit le Roi en l'interrompant, « avez-vous des pouvoirs pour traiter? — Non, sire.— En « ce cas, sauf l'honneur du message, un lionnête trom- « pette en aurait fait autant que vous. » Goodwin acheva sa lecture. « Je pense, dit le Roi, que vous n'at- « tendez pas une très-prompte réponse, car l'affaire est « grave. — Sire, répondit lord Pembroke, il nous est 0 défendu de rester ici plus de dix jours. — C'est bien, a reprit Charles, je vous expédierai en temps conve- « nable; vous pouvez vous retirer'. »

Plusieurs jours s'écoulèrent sans que les commissaires entendissent parler de rien. Le Roi lisait et relisait tristement les propositions, plus humiliantes et plus dures que celles qu'il avait constamment repoussées. On lui demandait d'adopter le covenant, d'abolir complètement l'Église épiscopale, de remettre aux Cliambres, pour vingt ans, le commandement de l'armée, de la

1 Le 20 juillet 1C46. Birch, Inquiry into Glamorgan't traniaih tions, etc., p. 245.

» Le 23 juillet 1646.

s ParUam. Ilht., t. III, col. 513.

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marine et de la milice; de se rcsii^ncr enfin à voir ses plus Hdclcs amis, au nombre de soixante et onze, nominativement exceptés de toute amnistie, et son parti tout entier, quiconque avait pris les armes pour lui, exclu des fonctions publiques tant qu"il plairait au Parlement '. De toutes parts cependant on s'efforçait de le résoudre à tout accepter : M. de Bellièvre, ambassadeur de France, arrivé à Newcastle le même jour que le message des Chambres, le lui conseillait au nom de sa cour 2. Montreuil lui apporta des lettres de la Reine qui l'en pressait vivement^ ; sur un avis de Bellièvre, elle fit même partir sur-le-champ de Paris un homme de sa maison, sir William Davcnant, avec ordre de dire au Roi que sa résistance était désapprouvée de tous ses amis, a De quels amis? dit Charles avec humeur. — De a lord Jermyn, sire. — Jermyn n'entend rien auxcho- « ses de l'Église. — Lord Colepepper est du même avis. « — Colepepper n'a point de religion ; qu'en pense llyde? a — Nous l'ignorons, sire : le chancelier de l'Échiquier « n'est point à Paris; il a abandonné le prince, et est « resté à Jersey, au lieu de le suivre auprès de la lleiiie, « (pii en est très-offensée. — Ma femme a tort ; le chanc cciier est un honnête liomme qui ne m'abandonnera « jamais, ni moi, ni le prince, ni l'Église : je suis très-

« Parliam. Hist., t. III, col. 499-512.

* Ibid., col. 512. — Clarctulon, IlUt. of Ihe rchdl, \. YIII, col. 273-275.

s Whitelockc, p. 221.

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