‹ Histoire de Charles IerChapitre 72 sur 151 · LES ECOSSAIS LIVRENT LE ROI · texte numérisé non relu

LES ECOSSAIS LIVRENT LE ROI

à Newcastle pour le recevoir solennellement des mains des Écossais, ou si elles ne demanderaient pas qu'il fût remis sans cérémonie à Skippon avec les clefs de la place et la quittance de l'argent. Les indépendants insistaient vivement pour ce dernier mode, charmés d'avilir en même temps le Roi et leurs rivaux; mais les presbytériens réussirent à le faire rejeter *; et le 12 janvier, neuf commissaires, trois lords et six membres des Communes % avec une suite nombreuse, parlirent de Londres pour aller prendre respectueusement possession de leur souverain ^

Charles jouait aux échecs quand il reçut le premier avis du vote des Chambres et de sa prochaine translation au château de Holmby; il aclieva tranquillement sa partie, et se contenta de répondre qu'à larrivéc des commissaires il leur ferait connaître sa volonté *. Cependant l'anxiété croissait autour de lui; ses amis, ses serviteurs lui cherchaient partout quelque secours ou quelque refuge, tantôt méditant une nouvelle fuite, tantôt essayant de susciter , dans quelque coin du royaume, un nouveau soulèvement '. Le peuple même

« Le 6 janvier 1647. OldParliam. Hist., t. XV, p. 264.

- Les comtes de Pembroke et de Denbigh , lord Montague, sir John Coke, sir Walter Earl, sir John Holland, sir James Harrington, M. Crew, et le major général Brown.

3 Old Parliam. Hist., t. XV, p. 265. — Mémoires de Herbert, p. 6, dans ma Collection.

» Le 15 janvier 1647. OU Parliam. Hist., t.XY, p. 278.— Burnet, Msmoirs of the Hamiltons, p. 307.

6 Old Parliam. Hist., t. XV, p. 269, 307 et suiv. — Wbitelocke, p 237.

AU PARLEMENT (16 janvier 1647). 171

commençait à se monlrer touché do son sort. Un ministre écossais, prêchant devaiTt hii à Newcastlc, tlés^igna aux chants de l'assemblée le psaume Lie qui commence par ces mots : a Tyran , pourquoi te glorifies-tu dans to « malice et te vantes-tu de tes iniquités? » Le Roi, se levant tout à coup, entonna, au lieu de ce verset, le psaume lvi» : « Aie pitié de moi, mon Dieu, car mes « ennemis m ont foulé aux pieds tout le jour, et il y a en a beaucoup qui me font la guerre ; » et d'un commun élan, toute l'assistance se joignità lui ' ; mais la i)ilié du peuple est tardive et demeure longtemps sans effet. Les commissaires arrivèrent à Newcastle '; le Parlement d'Ecosse avait officiellement consenti à la remise du Roi*. « Je suis vendu et acheté, » dit-il en l'apprenant *. Cependant il reçut bien les commissaires, s'entretint gaiement avec eux, félicita lord Pembroke d'avoir pu à son âge, et par une saison si rude, faire sans fatigue un si long voyage, s'informa de l'état des routes, parut vouloir enfin qu'on le crût bien aise de se rapprocher du Parlement *. A la veille de le quitter, les commissaires écossais, lord Lauderdale surtout , le plus clairvoyant de tous, firent auprès de lui en faveur du covenant une dernière tentative : « Que le Roi l'adopte, o disaient-ils, et au lieu de le remettre aux Anglais,

» Whitelocke, p. 234.

• Le 23 janvier 1647.

» Le 16 janvier 1G47. ParUam. nist.,t. III, col. 541.

• Whitelocke, p. 240.

• Mémoires de Herbert, p. 7, dans ma Collection.

« nous l'emmènerons à Berwick ; nous lui obtiendrons « des conditions raisonnal^Ies. » Ils offrirent même à Montrciiil , qui leur servait toujours d'intermédiaire, une forte somme s'il pouvait seulement obtenir du ^oi une simple promesse ^ Cliarles persista dans ses ref US;, mais sans se plaindre de la conduite de l'Ecosse à son égard, traitant également bien les commissaires des deux nations, évidemment appliqué à ne témoigner à l'une ni à l'autre aucune méfiance ni humeur \ Las de leur impuissance, les Écossais s'éloignèrent enfin; Newcastle fut remis aux troupes anglaises % et le Roi en partit le 9 février, sous l'escorte d'un régiment de cavalerie. Ils voyageaient avec lenteur; partout accourait sur sa route une foule empressée ; on lui amenait les malades atteints des écrouelles ; on les rangeait autour de sa voiture ou près de sa porte pour qu'il les touchât en passant. Les commissaires effrayés interdirent ce concours S mais avec peu de fruit, car personne n'était encore accoutumé à opprimer ou à craindre, elles soldats mêmes n'osaient repousser trop rudement les citoyens '. Aux approches de Nottingham, Fairfax, qui avait là son quartier général, vint au-devant du Roi,

1 Thurloe, State-Papers, 1. 1, p. 87.— Lettre de M. de MontreuU k M. de Brionnc, du 2 février 10-17.

* Thurloe, State-Papers, '1, p. 87.

3 Le 30 janvier lG-17.

* Le 9 février 1617, par uiie déclaration publiée à Leeds. Par- Uam. ï'Jist., t. III, col. 519.

6 Mémoires de Herbert, p. 10.

A HOLMBÎ ^9-16 févribi 1647). 1"»3

mit pied à terre dès qu'il l'aperçut, lui baisa la main, et^ remontant à cheval, traversa la ville à côté de lui, dans un entretien respectueux. « Le général est un a homme d'honneur, dit le Roi en le quittant; il m'a « tenu parole ^ » Et, le surlendemain % en entrant à Ilolmby, où s'étaient réunis pour fêter son arrivée, beaucoup de gentilshommes et de bourgeois des environs, il sapplaudit hautement de l'accueil qu'il avait reçu de ses sujets'.

A Westminster, les presbytériens eux-mêmes en conçurent quelque inquiétude; mais elle céda bientôt à la joie de se voir maîtres du Roi, et libres enfin d'attaquer liardiment leurs ennemis. Charles arriva à Holmby le 10 février; et le 19, les Communes avaient déjà voté que l'armée serait licenciée, sauf ce qu'exigeraient la guerre d'Irlande, le service des garnisons et la police du royaume *. Peu s'en fallut que Fairfax ne fût d'avance écarté du commandement des troupes qu'on devait gard;r % et en le lui conservant, on décréta qu'aucun membre de la Chambre ne poiu-rait servir

* Whitelocke, p. 242. On ignore à quelle promesse Charles faisait allusion ; peut-être à celle de le recevoir et de s'entretenir avec lui comme le fit Fairfax.

« Le IG février 1G47.

* Mémoires de Herbert, p. 10.

* ParUam. Hist., t. III, col. 558. Cette motion fut adoptée par cent cinquante-liuit voix contre cent quarante-huit.

1 La motion nefutrejetëe que par une majorité' de douze voix, cent cinquante-neuf contre cent quarante-sept. OUI Parliam. Ilist., t. XV, p. 331. — Whitclockc, p. 213.

a\ec lui , qu'il n'aurait sous ses ordres aucun officier au-dessus du grade de colonel, qu'ils seraient tous tenus de se conformer à l'Église presbytérienne et d'adopter le covenant '. Les Lords, de leur côté, pour soulager, disaient-ils, les comtés voisins de Londres les plus dévoués à la cause publique, demandèrent que l'armée, en attendant sa dissolution, prît plus loin ses cantonnements *. Un emprunt de 200,000 liv. sterl. fut ouvert dans la cité, afin de payer aux troupes licenciées une portion de leurs arrérages ^ Enfin, un comité spécial où siégeaient presque tous les chefs presbytériens, Hollis, Stapleton, Glynn, Maynard, Waller, eut ordre de veiller à l'exécution de ces mesures, surtout au prompt départ des secours que les malheureux protestants d'Irlande attendaient depuis longtemps *.

L'attaque n'était point imprévue : depuis deux mois les indépendants se sentaient déchoir dans la Chambre, caria plupart des nouveaux élus, d'abord en méfiance du despoUsme presbytérien, commençaient à se tourner contre eux \ « Quelle misère, dit un jour Cromwell « àLudlow^ de servir un Parlement î Qu'un homme « soit fidèle tant qu'il voudra, s'il survient quelque lé-

1 Cette motion fut adoptée par cent trente-six voix contre cent huit. Parliam. Hist., t. III, col. 558.

2 Le 24 mars 1647. Old Parliam. Hist., t. XV, p. 335,

s Old Parliam. JTîs(.,t. XV, p. 348. — Rushworth, part. IV, 1. 1, p . 449.

* Mémoires de Hollis, p. 104. — Rushworth, part. IV, t. J, p. 45ÛL » Mémoires de Hollis, p. 94-101.

LE PARLEMENT ET L'ARMEE (mars 1647). 175

« {^isle qui le calomnie, il ne s'en lavera jamais; au lieu « qu'en servant sous un général on est aussi utile, et « Ion n'a à craindre ni le blâme ni l'envie : si ton « père vivait, il dirait bien leur fait à ces gens-là '. » Républicain sincère, et encore étranger aux intrigues de son parti, quoiqu'il en partageât les passions, Ludlow ne comprit rien et ne répondit point aux avances de CromAvellî mais d'autres étaient plus faciles à abuser ou à séduire. Déjà Cromwell avait dans l'armée iriiabiles complices et d'aveugles instruments : Ireton, qui devint bientôt son gendre, autrefois Jurisconsulte, maintenant commissaire général delà cavalerie, esprit ferme, opiniâtre et subtil, capable de poursuivre sans bruit et avec une ruse profonde, quoique sous des formes franches et rudes, les plus audacieux desseinr; Lambert, l'un des plus brillants officiers de l'armép, ambitieux, vaniteux, et qui, élevé comme Ireton pour Je barreau, avait retenu de ses études un art d'insinuation et de parole dont il se servait complaisamment auprès des soldats; Harrison, Hammond, Pride, Rich, Rainsborough, tous colonels d'une bravoure éprouvée, d'un renom populaire, liés à Cromwell, Harrison parce que, dans de pieuses assemblées, ils avaient clierclié ensemble le Seigneur; Ilainmond, parce qu'il lui devait son mariage avec une fille de Hampden '; les autres, parce qu'ils subissaient l'ascendant de son génie.

1 Mémoires de Ludlow, t. I, p. 209, dans ma Collection. • Clarenôon, Ilist. of the rebell., t. IX, p. 5.

OU attenclaient leur fortune de la sienne, ou lui obéissaient en soldats. Par eux, Cromwell, bien que, la guerre finie, ilfût venu reprendre sa place à Westminster, conservait dans l'armée toute son influence^ et y déployait de loin son infatigable activité. Dès qu'il fut question de licenciement, ceux-là surtout éclatèrent en murmures; c'était à eux qu'arrivaient de Londres les nouvelles, les insinuations, les conseils; ils les faisaient circuler aussitôt dans les cantonnements, exhortant. sous main les soldats à tenir ferme pour l'entier payement de leurs arrérages, à repousser le service d'Irlande, surtout à ne point se laisser désunir. Cromwell cependant, immobile à Londres pour écarter les soupçons, déplorait dans la Chambre le mécontentement de i'armée, et se répandait en protestations de dévouements

Une pétition arriva d'abord, signée seulement de quatorze officiers-, écrite d'un ton humble et bienveillant. Ils promettaient de se rendre en Irlande au premier ordre, et se contentaient d'offrir en passant, sur le payement des arrérages et les garanties qu'avaient droit d'attendre les troupes, de modestes conseils. Les Chambres les remercièrent, mais avec humeur, et en disant qu'il ne convenait à personne de donner au Parlement des instructions '. A peine leur réponse arrivait à l'ar-

1 JHe'moircs de HoUis, p. 115-117.— OîdParHam.Hisf., t. IV, p. 341' t— .'ifemoiVes de sir John Berkiey, p. 1(J7, dans ma Collection.

2 Le 25 mars 1C47. Parliavi. Hist., t. III, col 3G0.

3 Parliam.IIiot., t. III, col. 562.

LE PARLEMENT ET L'ARMÉE (mars 1647). 177

mée, une nouvelle pétition y fut préparée à l'instant, l)icn plus ferme et plus précise. On y demandait que les arrérages fussent exactement réglés; que nul ne fût tenu de passer contre son gré en Irlande; que les soldats mutilés, les veuves elles enfants des soldats morts reçussent des pensions; que de prompts à-compte dispensassent les troupes de peser sur leurs cantonnements. Ce n'était plus par quelques officiers, mais au nom des officiers et des soldats que la pétition était rédigée; et elle s'adressait, non plus aux Chambres, mais à Fairfax, .interprète naturel de larmée et gardien de ses droits. enfin , on lisait le projet en tête des régiments ; on menaçait les officiers qui refusaient de le signer *.

Au premier bruit de ces menées, les Chambres ordonnèrent à Fairfax de les interdire, déclarant que quiconque y persisterait serait considéré comme ennemi de l'État et perturbateur du repos public, exigeant de plus que quelques officiers leur vinssent donner des explications*.

Fairfax répondit qu'il obéirait : Hammond, Pride, Lilburne et Grimes se rendirent à Westminster % et nièrent hautement les faits dont ils étaient accusés : a II n'est pas vrai, dit Pride, que le projet de pétition ait « été lu en tète du régiment. » C était eu tète de

1 Parliam. Hùt., t. III, col. 502-567.— Whitelocke, p. 245. 5 Cotte déclaration est du 30 mars IGAl.—Parham. Hist., t. III col 5G7.

:! Le l" avril 1047.

chaque compagnie qu'avait eu lieu la lecture : mais on n'insisia point; il suffisait, dit-on, que le projet (ût abandonné et désavoué*.

On reprit les préparatifs du licenciement : l'emprunt ouvert dans la cité traînait en longueur et ne pouvait suffire; une taxe générale de 60,000 livres sterling par mois fut établie pour y suppléer '. On pressa surtout la formation des corps destinés à l'Irlande; on promit à ceux qui s'y engageraient de grands avantages : Skippon et Massey furent désignés pour les commander ^. Cinq commissaires, tous du parti presbytérien, se rendirent au quartier général pour y annoncer ces résolutions.

Le jour même de leur arrivée % deux cents officiers, réunis chez Fairfax, entrèrent avec eux en conférence : « Qui nous commandera en Irlande ? demanda Lam- « bert. — Le major général Skippou et le major général a Massey sont nommés. — L'armée, reprit Hammond, « suivra volontiers le major général Skippon; elle con- « naît le mérite de ce grand soldat; mais avec lui il 0 nous faut encore les officiers généraux que nous « avons tant de fois éprouvés.— Oui, tous, tous ! s'écria- « t-on. Fairfax et Cromwell ! et nous irons tous. >

* Rushworth, part. IV, t. I, p. 444. — Mémoires de Hollis, p. 110.

2 L'ordonnance, proposée au commencement du mois d'avril, ne fut définitivement rendue que le 23 juin suivant (Rushworth, part. IV, t. I, p. 582). La taxe était votée pour un an.

3 Rushworth, part. IV, t. I, p. 452. — il/e'moires de Hollis, p. 11?.,

♦ Le 15 avril 1647.

LE PARLEMENT ET L'ARMÉE ■mars-avkil 1G47). 179

Les commissaires, déroncerlés, sortirent de la salle, invitant les officiers de bonne volonté à venir les trouver à leur lot;ement. A peine douze ou quinze répondirent à lenr invitation '.

Quelques jours après ', cent quarante et un officiers adressèrent aux Chambres une justification solennelle 3e leur conduite : « En devenant soldats, disaient-ils, « nous n'avons point cessé d'être citoyens; défenseurs « des libertés de notre pays, nous ne pouvons tomber « nous-mêmes en servitude ; on repousse, on interdit et nos pétitions, et l'on accueille, on provoque celles qui « arrivent contre nous de divers comtés. On nous a « traités d'ennemis de lÉtat; nous espérons qu'on nous ot relèvera de cette accusation, et qu'avant de nous liccn- « cier, on nous accordera, pour notre sûreté person- 1 nclle et pour nos arrérages, les garanties dont nous i avons besoin. »

La Chambre achevait à peine la lecture de cette lettre ' ; Skippon se leva, et en remit une autre que lui avaient apportée la veille trois simples soldats : huit régiments de cavalerie s'y refusaient expressément au service d'Irlande : « Piège perfide, disaient-ils, pur prétexte pour ,« séparer les soldats des officiers qu'ils aiment, et cou- « vrir Tambition de quelques hommes qui, longtemps « serviteurs, ont talé naguère de la souveraineté , et,

« Rushworth, part. IV, t. I, p. 4,'.7.— Whitclockc, p. 244. » Le 27 avriL Parliam. Hht., t. III, col. 5U8. — Kushworthj part. IV, t I, p. 4G9-472.

» Le 30 avril.

«! pour demeurer maîtres , dégénèrent en tyrans. » A eclte attaque personnelle, les chefs presbytériens, siu'pris autant qu'irrités, demandèrent que la Cliambre, toute aiîairc cessante, fit appeler et interrogeât elle-même les trois soldats. Ils se présentèrent le regard ferme, le maintien assuré ' : a Où a été délibérée cette lettre ? leur « demanda Torateur. — A un rendez-vous de régiments. « — Qui l'a écrite? — Un conseil d'agents nommés par « chaque régiment. — Vos officiers l'ont-ils approuvée? « — Bien peu en sont informés. — Savez-vous qu'il n'y « a que des Cavaliers qui puissent avoir provoqué une « telle démarche? Vous-mêmes, n'avez-vous jamais été « Cavaliers? — Nous sommes entrés au service du Par- « lement avant la bataille d'Edge-Hill, et ne lavons « jamais quitté. » L'un des trois s'avança: — « J'ai reçu « une fois cinq blessures; j'étais tombé; le major géné- « rai Skippon me vit à terre, s'approcha de moi et me « donna cinq scheUings pour me procurer quelques se- « cours ; le major général peut dire si je mens. — C'est « vrai, dit Skippon avec un regard d'intérêt sur le sol- « dat. — Mais que veut dire cette phrase où vous parlez « de la souveraineté ? — Nous ne sommes que les agents « de nos régiments ; si la Chambre veut nous donner « ses questions par écrit, nous les porterons aux régia ments, et nous lui rapporterons la réponse. ^ »

* Ils s'appelaient Edouard Se^by, William Allen et Thomaa Sheppard.

« Rushwoith, part. IV, t. I, p. 474. — Mémoires de Ilollis, p. 120. m^Mémoires de Ludlo'w, 1. 1, p. 213. — Whitelocke, p. 249.

LE PARLEMENT ET L'ARMÉE {.mars-avril 1G17). 181

Un violent tnmulte s'éleva dans la Chambre; lespreshytériens éclataient en menaces. Cromwell se pencha vers Liidlow assis à côté de Ini : «Ces gens-là, dit-il, « n'auront pas de repos que l'armée ne les ait mis de- « hors par les oreilles K »

La colère fit bientôt place à l'inquiétude : on venait de faire de tristes découvertes; il ne s'agissait plus de réprimer des troupes mécontentes ; l'armée entière se concertait, s'érigeait en pouvoir indépendant, rival peutêtre, avait déjà son propre gouvernement. Deux conseils composés, l'un des officiers, l'autre des agenls ou agitateurs nommés par les soldats, réglaient toutes ses démarches, et se préparaient à négocier en son nom. Tout était prévu pour soutenir cette organisation naissante ; chaque escadron, chaque compagnie nommait deux agitateurs; toutes les fois ({ue leur réunion devenait nécessaire, chaque soldat donnait huit sous pour suffire aux frais, et les deux conseils ne devaient jamais agir quen commun^. En même temps le bruit se répandait, et non sans cause, que de l'armée étaient venues au Roi des propositions; s'il voulait se placer à sa tète et sous sa garde, elle lui offrait, disait-on, de le rétablir dans ses justes droits \ Au sein même des Chambres, à l'aspect

1 Mémoires de Ludlow, t. I, p. 2L3.

• Rushwortli, part. IV, t. I, p. 485. — Mémoire'! do Fairfar, \p. 402-401. — Mémoires de Hollis, p. 118. — Mémoires de Ludlow, 1. 1, p. 213, dans ma noie.

' Diîs le commencement du mois d'avril, en effet, des propositions de ce genre furent adressées au Roi par quelques ol'û-

de ce pomoir nouveau, et craignant sa force encore plus que son triomphe, les hommes prudents devenaient timides : les uns s'éloignaient de Londres ; les autres, comme Whitelocke, se rapprochaient des généraux, de Cromwell surtout, qui s'empressait de les accueillir ^ On résolut d'essayer de la complaisance, et d'employer auprès de l'armée ses propres chefs. Deux mois de solde furent promis, au lieu de six semaines d'abord votées, aux troupes qu'atteindrait le licenciement - ; on prépara une ordonnance d'amnistie générale pour tous les désordres et actes illégaux commis pendant la guerre ^; un fonds fut assigné pour secourir les veuves et les enfants de soldats*; enfin Cromwell, Ireton, Skippon,Fleetwood, tous les généraux membres des Communes, et qui pouvaient plaire à l'armée , furent chargés de rétablir l'harmonie entre elle et le Parlement %

Quinze jours s"écoulèrent sans que ler.r présence au quartier général parût produire aucun effet. Ils écrivaient souvent, mais leurs lettres n'annonçaient rien : tantôt le conseil des officiers avait refusé de répondre sans le concours des agitateurs; tantôt les agitatcui^

ciers. Charles les repoussa. (ClarenJon , State-Pajpcrs, t. Il, p. 365.)

1 Whitelocke, p. 253.

s Le 14 mai 1647. Rushworth, part. IV, 1. 1, p. 484.

« Rushworth, part. IV, t. I, p. 484. L'ordonnance fat définitivement adoptée le 21 mai. — Ihid., p. 489.

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