ORATEURS
Nommons Michel de l'Hôpital comme le premier de tous les orateurs politiques de ce règne ; nos longs emprunts à ses discours ont dû former la conviction du lecteur.
Du côté des catholiques, on doit mentionner le cardinal de Lorraine, à la parole fleurie et facile, et l'évêque Vigor,
« Les Œuvres de ce poète ont été rééditées en 1864, chez Bachelin, par nn de ses descendants, M. Marigues de Champ-Repus, capitaine d'état-major.
beaucoup moins prêt à faire des concessions aux huguenots. Du côté des réformés, Th. de Bèze se trouve hors de pair : il était venu en 1570 présider le synode des protestants à la Rochelle, ce qui lui appartenait comme successeur de Calvin ou chef des calvinistes ^ Nous avons assez souvent cité y dans le cours de cette histoire, les uns et les autres de ces orateurs religieux, pour n*avoir point besoin de révenir sur les caractères de leur talent.
HISTORIENS ET GHRONIQTIEUBS
Davila, d'Aubigné, la Popelinière, tels sont les principaux historiens de ce règne *. Le premier s'occupe presque exclusivement des événements militaires, mais il est bien instruit des autres, au point de vue cathoUque et de la cour. François d'Aubigné, cet homme singulier qui, parmi un grand nombre d'aventures, trouva moyen de se remarier étant condamné à mort', reste précis dans ses Mémoires, mais touche à un grand nombre de sujets en son Histoire universelle^ qui parut plus tard et commence à Tannée 1550. La Popelinière, qui jona surtout un rôle militaire * dans les premières années du règne de Henri III, est une
« Th. de Bèze, fort versé dans les littératures anciennes, était en outre poëte, et assez, non-seulement pour traduire des psaumes, mais pour composer une tragédie en vers de dix syllabes, le Sacrifice d Abraham, Lausanne, 1550.
> Jacques- Auguste de Thou n'appartient à ce règne, ni comme magistrat, ni comme historien ; il ne comptait en effet que vingt et un ans à la mort de Charles IX.
s En 1622 : 11 avait alors soixante-dix ans.
I « En 1575 il réussit dans nue expédition contre l'Ile de Ré.
source vivace et abondante ; sa Vraye et entière histoire des troubles et guerres civiles advenues de nostre temps date de 1571 et fut imprimée treize ans plus tard, non plus à Cologne, mais à Paris, avec le nom de Jean le Frère (de Laval] comme auteur. La Popelinière était protestant, et, comme il traite principalement des guerres, son livre doit constamment être comparé avec celui de Davila : ce sont, remarquons-le^ deux chefs, deux témoins oculaires qui écrivent.
Il faut aussi rappeler, outre les Mémoires d'Etat sous Charles /X, Marguerite de Valois et Guillaume Paradin.
Les Mémoires de Marguerite de Valois forment une source précieuse, particulièrement en ce qui concerne la Saint-Bartbélemy et la jeunesse du Béariiais. On les a maintes fois réimprimés, annotés, et aucune des éditions ne manque d'intérêt ; c'est que cet écrit vit, respire, avec autant d'animation que la gracieuse et légère princesse qui en est l'auteur déclaré.
Guillaume Paradin a publié plusieurs ouvrages historiques, une Chronique de notre temps ^ continuée jusqu'en 1556, et les Annales de la Savoie et de la Bourgogne; mais son nom mérite surtout de figurer en raison de son Journal^ qui embrasse les années 1572 et 1573. C'est un écrivain exact, qui était chanoine à Beaujon, comme son frère Claude, l'auteur des Devises héroïques*.
< PubUé ea 1838.
* C'est un des derniers Emblemata, fort à la mode dans ce siècle. In- 13, Anvers, avec nombreuses figures, 1563, chez Jean Slelsius, imprimé par Christophe Plantin. Ces recueils sont plus sérieux qu'on ne le croit généralement, et il y règne une douce philosophie. Choisissons pour exemple la devise Cœcus amor prolis ; voici la réflexion de Paradin : « Le singe naturellement aime tant et estant fol de ses petite, qu'en les embrassant et acolant, les estraint si fort, que souvent les oppresse et tue. Et ainsi fait corne plusieurs pères, qui amignardêt tant, et sont tant douillets, et tendres de leurs enfans, qu'en fin n'en font chose qui vaille. »
Au dernier rang des historiens écrivant sous ce règne, nous mentionnerons un auteur médiocre^ François de Belleforesti très-connu de son temps pour un livre courtisanesque et imprimé avec assez de luxe, V Histoire des neuf rais de France qui ont eu le nom de Charles \ ; cet auteur tenta de vains efforts pour se faire admettre dans la pléiade.
Les historiens et chroniqueurs de ce temps vivent trop en notre récit pour insister à leur égard plus longuement.