‹ Histoire de Charles IX [i.e. Neuf]Chapitre 29 sur 69 · GÉOGRAPHES ET STATISTICIENS · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHES ET STATISTICIENS

On a calculé, sous Charles IX, que la France mesurait en longueur et en largeur le même nombre, deux cents lieues ; qu'elle contenait cent millions d'arpents de terre labourable^ cent vingt mille localités habitées', vingt-cinq millions de feux'. Ces résultats statistiques sont fort curieux, et semblent indiquer, s'ils sont exacts, que notre pays était alors plus peuplé que sous le règne de Louis XYI : seulement se rendait -on bien compte alors de ce que c'était qu'un million ?

Les géographes sont peu nombreux avant Henri III, et c'est à peine si l'on commence, à la fin du règne de Charles IX, à graver des cartes dans ce pays. La traduction de Ptolémée est due à un Italien laborieux, Girolamo Rus-

« Paris, 1568, in-folio.

• En parcourant les cartes de ce temps, on est frappé du très-petit nombre de villes fondées depuis trois siècles ; par exemple en France on aurait de la peine à en citer, surtout avant certaines aggrlomérations déterminées, sur les lignes de chemins de fer, en des points déjà habitées.

* Le proiect et calcvl faict par le commandement du Roy de la gi^ndear de son Royaume, 1566.

celliy qui a composé sur ce livre des Esposiiioni e Introdvt-tioni universalij imprimées sept ans après sa mort, c'est-àdire en 1573, à Venise \

Cependant les Français voyageaient au loin^ continuant à suivre les traces glorieuses des navigateurs hardis du début du siècle ; il nous suffira à ce sujet de rappeler l'essai tenté dans rile d'Haïti, pour civiliser les boucaniers et flibustiers qui rhabitaient, par Bertrand Ognon, sieur de Berière-en- Allais, essai qui appartient bien au règne de Charles IX ' et dont il subsiste encore un souvenir '.

PAMPHLÉTAIBES

Les pamphlets sont nombreux sous le règne de Charles IX ; ils pleuvent sans pitié -sur les grands.

Catherine de Médicis n'est pas à l'abri de leurs coups, et cela prouve, en même temps que ses fautes, la grandeur de sa personnalité au milieu des troubles et des passions de ce temps. Le principal pamphlet publié contre elle appartient au règne suivant \ mais d'autres ont vu le jour sous son

« Chez Giordano Ziletti^ à renseigne de rËtoile, in-4o. — Le médecin Moleto publie la même année, chez le même libraire, un opuscule sur la facilité d'apprendre la géographie ; le titre le désigne ainsi : Medico, fUo^ sopho et matematico excellentissimo,

* Berière séjourna dans Tile en 1564 et 1565.

* L*église Saint-Severin de Paris offre à la vue des curieux, au-dessus du bénitier de gauche, une plaque en marbre blanc qui porte une inscription funéraire dressée à la mémoire de ce hardi colonisateur.

* Il est de Henri II Estienne et parut en 1575 sous ce titre : Discours merveilleux de la vie, actions et deport&nens de la reyne Catherine de Médicis y déclarant tous les moyens qu'elle a tenus pour usurper le goavernement du royaume de France et ruiner Testât d'iceluy ; traduit plus tard en latin et dénommé alors : Legenda beatse Catharina, — Suivant Antoine

second fils ; l'événement seul de la Saint-Barlhélemy en a fait éclore : tels sont le Reveille matin des François et de leurs voisins^ paru en 1574, et le Tocsain contre les Massacreursj qui date d'un peu plus tard ; nous leur avons fait des emprunts.

§7 PmLOSOPHES

Que le lecteur ne s'étonne point de les voir prendre rang ici après les pamphlétaires ; ce sont encore des pamphlétaires à l'égard de la Providence quand ils nient son existence et refusent de reconnaître le côté utile et gouvernemental des idées religieuses.

C'était rare alors, même dans le camp protestant : on exagérait la religion plutôt qu'on ne la supprimait.

Mettant ici à part le côté religieux, nous dirons de la philosophie que, malgré la conversion de Ramus au protestantisme S cette science continuait la réforme proposée par ce professeur dès 1536, dans sa première thèse*, à savoir la simplification (nous pourrions dire la suppression) de la scolastique, au profit de la logique, de la raison assez émancipée dorénavant pour « socratiser un peu », et aussi l'adoption d'une prononciation plus rationnelle. Cette même continuation se produisit dans la vive opposition déjà soulevée par les Anti-Ramistes et dans laquelle son collègue

Tessier, Henri II Estienne serait aussi Tauteur de la Vie de Catherine de Médicis publiée sous le nom du sieur de la Grière et aurait été récompensé pécuniairement de ce travail, le 15 octobre 1579, par Henri III; on a peine à croire qu'il ait écrit tour à tour le panégyrique et le pamphlet.

4 Cette conversion ne peut être que postérieure au colloque de Poissy (1561).

* Et plus tard dans ses Aristotelicée animadversiones, 1543, ouvrage dédié à Charles (depuis cardinal) de Lorraine, mais censuré.

Charpentier * mit un acharnement sans pareil : VOraiio imprimée à Paris par ce dernier, en 1566, contra importunas Rami aciwnes* constitue un des factums de cette lutte. Lorsqu'elle parut, Ramus s'était déjà réfugié à Genève ; il en revint plus tard, et périt à Paris durant la Saint-Barthélémy, sur les incitations de Charpentier. Ramus vivait en philosophe, se nourrissant avec sobriété, couchant sur la dure, mangeant de la viande bouillie, buvant de Teau, prenant trois heures d'exercice par jour, soit au jeu de la paume, soit par la marche, travaillant tout le reste du temps, se montrant avec autrui doux, sincère, charitable ; il donnait donc l'exemple et se distinguait ainsi dans la pratique de la philosophie autant que dans la théorie de celte science. Est-ce aussi à la modération qu'il faut attribuer son usage de ne jamais expliquer dans une leçon plus d'une page de Cicéron ou de Virgile '? mais certes c'est demeurer modéré que de ne jamais répondre comme lui aux propos et aux écrits injurieux \

Page 1