MÉDECINS
11 en coûtait cher pour se faire recevoir médecin ou chirurgien, 881 livres^ d'après le témoignage de Ramus dans
« En théologie, 1,002 livras.
ses Àdvertissements sur la ré format ion de t Université de Paris (1562) ; ce n*était donc pas une profession accessible à tous, et il fallait jouir par sa famille d'un certain patrimoine \
A cette époque, l'art de la chirurgie se perfectionne, nonseulement par l'enseignement dans les universités, mais aussi par la pratique que développent les guerres civiles en multipliant le nombre des opérations.
Nous avons déjà mentionné Ambroise Paré^ dans l'histoire du règne précédent. Sous Charles IX , il ne s'associa pas, quoique catholique, au mouvement général d'entratnement en faveur du massacre de la Saint-Barthélémy '.
L'un des élèves d' Ambroise Paré, Jacques GuiUemeaUy parrain de son petit-fils Charles, se fit l'éditeur des œuvres de son célèbre ami, traduites en latin; il était lui-même chirurgien.
Citons encore Postel, Acquapendente, Tagault, Honoré de Castellan et Louis du Laurens.
Postal soigna d'Aubigné après la Saint-Barthélémy, alors qu'après une collision dans un village de la Beauce, avec un homme qui le poursuivait à cheval, il fit 22 lieues étant blessé, et arriva épuisé chez le sieur de Talcy. «Je fus visité durant ma maladie, relate d'Aubigné en ses Mémoires^ par plusieurs médecins , et entre autres de Postel, qui me conseilla de me confesser pour empêcher que je ne fusse massacré par les catholiques; ce que n'ayant pas voulu faire,
« Cependant on pouvait parvenir de très-bas ; Texemple de Ramus^ d'abord berger et domestique, le prouve. Toutefois de pareils travailleurs forment exception.
• n perdit sa femme Jeanne Maselin en novembre 1573 ; remarié Tannée suivante, il eut encore plusieurs enfants. On le voit qualifié de noble homme dans plusieurs actes notariés; sa charge de premier chirurgien du roi devait en effet, comme plus tard certains emplois, donner au moins le titra d'écuyer.
il resta auprès de moi jusqu'à ma guérison , afin de rompre les mauvais desseins que Ton pourrait tramer contre ma vie ^ »
Acquapendentey médecin italien, fut également envoyé auprès des victimes de ce jour néfaste.
Jean Tagault, docteur eu médecine, est Fauteur d'un livre intitulé : la Chirvrgie^ publié d'abord en latin, traduit en français, puis réimprimé à Lyon, avec diverses figures, en 1580, dans le format in-12, par Barthélémy Honorât. Cet ouvrage se partage en six livres consacrés : le premier aux tumeurs contre nature, le deuxième aux plaies récentes, le troisième à la guérison des ulcères, le quatrième aux fractures et à leur guérison, le cinquième aux luxations et à leur réparation, le sixième à la matière chirurgicale. Cela parait un travail sagement élaboré, exposant le domaine de la science sans l'agrandir. Les figures des pages 239 et 240 sont curieuses comme images, mais elles n'apprennent rien, surtout la seconde qui représente un chirurgien ouvrant une poitrine humaine au-dessus du sein droit, pour en extraire une plombée, c'est-à-dire une balle de plomb. Tagault, ne l'oublions pas, à l'imitation de plusieurs médecins de ce temps, était versé dans les bonnes lettres.
Honoré de Castellan ', devenu célèbre à Montpellier et dans tout le Languedoc, fut appelé à la cour par Charles IX et exerça les fonctions de médecin du roi.
Son ami et beau-frère Louis du Laurens^ père du médecin de ce nom qui devint médecin ' de Henri lY et composa un
« D'Aubigné avait alors vingt ans et était amoureux, ce qu'il explique avec complaisance.
« Qa n*est pas Jules Castellan, philosophe et évêque italien, mort à cinquante-huit ans.
s n s'agit d* André du Laurens, docteur de Montpellier et professeur en cette faculté. Quant à Honoré du Laurens, il avait suivi les cours de méde-
gros traité d'anatomie^, exerçait à Tarascon; il se transporta ensuite dans la ville d'Arles. Lè^ il enseignait le matin aux chirurgiens, dans Taprès-dlnée aux apothicaires, et, pour ses visites et consultations, ne prenait rien aux pauvres, aux écoliers, aux gens de lettres ; les clients abondèrent tellement autour de lui qu'il finit par prendre une petite mule^ afin de moins perdre de temps. Quand Charles IX s'arrêta dans Arles, l'an 1565, Honoré de Castellan l'accompagna, descendit chez du Laurens, et présentant ses neveux au monarque : a Sire, dit-il, vous aurez ici un jour de braves serviteurs. — Je les reconnaîtrai », répondit le roi*.
Enfin rappelons que Nicolas Ellain^ mentionné comme poète dans V Histoire de François 11^ était médecin.
On envoyait des médecins aux armées. Deux médecins du roi, dont le nom se ressemblait et qui plaisantaient euxmêmes de cette similitude , Jean Chapelain et Honoré Chatelainj remplirent souvent ces fonctions périlleuses et honorables ; ils les remplissaient ensemble, car, fort amis, jamais on ne songea à les séparer. Ils moururent tous deux en 1569, au siège de Saint-Jean-d'Angély, et à peu de jours d'intervalle : on les enterra sous la même pierre, et, dans une pièce de vers latins, Michel de l'Hôpital célébra leur tombeau et leur science. Je ne sache rien de plus honorable que cette carrière confraternelle. Il va sans dire que, sur le champ de bataille, ces deux médecins soignaient tous ceux qui avaient besoin de leur habileté, qu'ils fussent catholiques ou qu'ils fussent protestants.
cine aux frais de son oncle GasteUao, qai mourut jeune, mais lui laissa la somme nécessaire; toutefois il ne persévéra pas et s'adonna au droit. Dans cette partie de renseignement comme dans la médecine, il en coûtait déjà pour se faire recevoir docteur.
« Publié, je crois, en 1595.
• Une famille au xvi« siècle, Paris, 1867, p. 49.
Les médecins de ce temps cultivaient souvent la philoso* phie ; cela se rencontre encore de nos Jours, mais pas avec le même caractère. Ceux du xvf siècle parlaient, philosophaient sur toutes choses , témoin Cardan le Subtile y qui traite de Dieu, des éléments, de la nature et de la forme de rhomme, des sens et des choses sensibles, des bêtes parfaites, de celles engendrées par la putréfaction \ des pierreries, des plantes, des arts et des inventions merveilleuses : Cardan était également mathématicien et chimiste, mais nous ne faisons ici que le citer, nous étant déjà occupés de lui dans l'histoire du règne précédent.
Nous terminerons ce paragraphe en rappelant que la guérison des possédés relevait plus de la religion que de la médecine; l'histoire du diable de Laon, qui tourmentait Nicole Aubry, au commencement de 1565, en est la preuve. Cependant, dans la première adjuration à laquelle il se livre, révêque de Laon est accompagné de deux docteurs, entre autres du docteur Chausse^ de la faculté de Paris, et chaque fois qu'on essaye de délivrer cette femme par la présentation de l'hostie, des médecins et chirurgiens experts sont présents et étudient jusqu'à quel point s'étend son insensibilité.