‹ Histoire de Charles IX [i.e. Neuf]Chapitre 62 sur 69 · AVANCEMENT · texte numérisé non relu

AVANCEMENT

Les militaires de ce temps semblaient jouir d'un privilège, celui d'être jugés en cas de crime par des gens exerçant la profession des armes, puisque, lors des suites de l'assassinat de François de Guise par Poltrot, au moment où il est incri-

* Œuvres d'André de Bourdeille, 1833, instruction à La Beylie, page 57.

miné à cet égard, Coligny se retranche derrière ce droit et l'invoque y repoussant l'ingérence des gens de chicane comme malséante pour son épée.

En ces temps de troubles et de combats presque continuels, une partie de la nation se trouvait toujours sur le qui-vive et presque en armes ; je croirais même assez que les villageois qui se maintinrent sans trop de dommages en leurs maisons furent ceux qui, après avoir été armés par un parti, conservaient leurs armes et leur renom de braves, car ceux-là seuls se trouvaient au niveau de la situation, au lieu de rester arriérés et timides comme à une époque où il était plus difficile d'atteindre à un premier degré d'émancipation.

Cette réflexion fait comprendre comment, au milieu de cette population en grande partie armée, celui qui ne quittait pas l'habitude des combats et s'y distinguait devait peu à peu primer les autres et devenir un chef par l'autorité de ses actions et le prestige des dangers courus. Ainsi l'auteur des Mémoires de Gaspard de Tavannes énonce que Claude de Saulx, seigneur de Venteux, parvint « de grade en grade, de soldat capitaine d'arquebusiers en cheval » . On peut citer comme exemple des gens partis de plus bas : parfois même, une fois grandis, ces officiers de fortune cachaient leur origine sous un nom seigneurial ; Claude Haton en désigne de tels.

L'influence de la cour était grande, et un mauvais propos sur quelqu'un le faisait destituer ; or, par ce temps de délation, le mot dangereux devait surgir vite. Quand Biaise de Montluc est privé du gouvernement de la Guyenne, il écrit au roi^ : a L'on vous a par importunité induit à faire chose

» D'Agen, le 25 novembre 1570.

que^ je croix, pourra servir d*un mauvais exemple à gens de mon mestier, d'autant que ceux qui ont esté appeliez aux charges depuis quelque temps^ et qui désirent parvenir par l'exercice des armes, craindront, à mon exemple, que les services des longues années, et la gloire et la vertu acquises pour tout le monde, ne pourra tant leur aider que feront à leur nuire les langues de ceux qui voudroyent quelque jour les reculer. » Otez de cette citation un peu de forfanterie, et le ton restera vrai : ceci nous prouve que Charles IX ne vivait pas assez au milieu des gens de guerre, et ne tenait pas assez compte de Tesprit qui les animait, de leurs faiblesses si Ton veut; cependant il aimait les armes, mais Catherine de Médicis Ten avait distrait au proflt du duc d'Anjou.

Le grade de lieutenant général surgit et se fibi^a seulement sous Louis XIY. On le rencontre parfois dans les auteurs du XVI* siècle; du Bartas, par exemple, en tête de sa Judith S nous cite Holopherne comme lieutenant général et chef d'armée ; évidemment ce terme veut dire, dans son poème, lieutenant du souverain, son aller ego quant aux armées.

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