PHILOSOPHES
Que le lecteur ne s'étonne point de les voir prendre rang ici après les pamphlétaires ; ce sont encore des pamphlétaires à l'égard de la Providence quand ils nient son existence el refusent de reconnaître le côté utile et gouvernemental des idées religieuses.
C'était rare alors, même dans le camp protestant : on exagérait la religion plutôt qu'on ne la supprimait.
Mettant ici à part le côté religieux, nous dirons de la philosophie que, malgré la conversion de Ramus au protestantisme \ cette science cojitimiait la réforme proposée par ce professeur dès 1536, dans sa première thèse ^ à savoir la simphfication (nous pourrions dire la suppression) de la scolastique, au profit de la logique, de la raison assez émancipée dorénavant pour « socratiser un peu », et aussi l'adoption d'une prononciation plus rationnelle. Cette même continuation se produisit dans la vive opposition déjà soulevée par les Anti-Ramistes el dans laquelle son collègue
Tessier, Henri II Estienne serait aussi l'auteur de la Vie de Catherine de Médicis publiée sous le nom du sieur de la Grière et aurait été récompensé pécuniairement de ce travail, le 15 octobre 1579, par Henri 111; on a peine à croire qu'il ait écrit tour à tour le panégyrique et le pamphlet.
< Cette conversion ne peut être que postérieure au colloque de Poissy ( 1561).
î Et plus tard dans ses Aristotelicœ animadversiones, 1543, ouvrage dédié à Charles (depuis cardinal) de Lorraine, mais censuré.
Charpentier ' mit un acharnement sans pareil : YOratio imprimée à Paris par ce dernier, en 1566, contra importunas Rami acliones^ constitue un des lactums de cette lutte. Lorsqu'elle parut, Ramus s'était déjà réfugié à Genève; il en revint plus tard, et périt à Paris durant la Sainl-Barthélemy, sur les incitations de Charpentier. Ramus vivait en philosophe, se nourrissant avec sobriété, couchant sur la dure, mangeant de la viande bouillie, buvant de l'eau, prenant trois heures d'exercice par jour, soit au jeu de la paume, soit par la marche, travaillant tout le reste du temps, se montrant avec autrui doux, sincère, charitable; il donnait donc l'exemple et se distinguait ainsi dans la pratique de la philosophie autant que dans la théorie de cette science. Est-ce aussi à la modération qu'il faut attribuer son usage de ne jamais expliquer dans une leçon plus d'une page de Cicéron ou de Yirgile*? mais certes c'est demeurer modéré que de ne jamais répondre comme lui aux propos et aux écrits injurieux \