JURISCONSULTES
La science du droit prend une grande extension et se trouve plus avancée qu'on ne le croit généralement. Les ouvrages de ce temps le prouvent.
< Voyez ci-dessus, dans notre livre sur la Saint-Barthélémy, le chapitra intitulé : le Massacre à PaiHs ; il y est question de Ramus et de Charpentier. Ce dernier était aussi en relations avec Lambin et lui écrivait; une de ces lettres a paru, à Paris, en 1569, dans le format in- 12.
* In-12, de 19 pages, y compris la préface. 3 De là son surnom de paginarius.
* Il devint victime, comme le général académicien de Guibert, sous Louis XVI, de son système de ne rien articuler contre les calomnies.
Dès 1549 on voit apparaître un dictionnaire de législation. Ce n'est encore qu'un Sommaire des lois, statuz et ordonaces royaulx * dus aux précédents monarques, jusques au règne de Henri II, mais ce résumé est clair et substantiel. L'auteur relate à chaque mot les obligations légales qui s'y rapportent, et met en marge le nom des rois ayant rendu à cet égard des décisions, avec la date de chaque décision ou ordonnance, et le livre où elle se rencontre. Ses recherches remontent ainsi jusqu'à Philippe le Bel, par exemple en ce qui concerne les assises et l'usure.
Le règne de Charles IX vit se répandre un livre bien supérieur, le Recueil darrests de JeanPapon^, dont la cinquième édition parut à Lyon en 1569, chez Jean de Tournes, imprimeur du roi. Ce recueil, riche de 1397 pages in-12 trèscompactes, sans compter le discours dédicatoire et les tables, ne procède plus suivant l'ordre alphabétique ; il est partagé en 33 livres dont chacun traite d'un sujet spécial, le premier des Choses sacrées, le quatrième du Roi et de ses droits, le onzième des Donations, etc. Le nombre des matières traitées indique un jurisconsulte exercé, et la quantité d'arrêts cités et invoqués est prodigieuse; dès la première page on en rencontre un de 1388.
Ce recueil ne fut pas le seul en usage à cette époque, mais il forme un excellent spécimen, et montre qu'il y a trois siècles on était presque aussi avancé qu'aujourd'hui dans l'art de faire des livres.
En jurisconsultes de ce règne nous mentionnerons encore
* Par Michel Berland, procureur au grand conseil du Roy, Paris, in-B, chez TAngeliêr, libraire, rue des Canettes. Ce livre ne porte pas de nunnéros à ses feuillets, mais l'ordre alphabétique des matières y supplée.
« Seigneur de Marcilly, conseiller et lieutenant général au bailliage de Forests.
Charles Dumoulin, auteur du Grand Covstvmier général^ et s'y intitulant Jurisconsulte de France et de Germanie, parce que, réfugié en Allemagne à la suite de sa conversion au protestantisme, et d'un ouvrage en faveur de Vedit des petites dates, rendu par Henri II en 1550, dans le but d'empêcher la cour de Rome de continuer à toucher plusieurs fois des sommes pour l'investiture d'un seul bénéfice, il avait été bien accueilli dans ce pays et avait professé le droit à Tubingue et à Strasbourg, quoiqu'il fût un piètre orateur. De retour en France en 1557, il y vécut tranquillement durant cinq années, donnant tout son temps au travail; mais ayant publié en 1562 une consultation contre les décisions du concile de Trente que l'on voulait alors recevoir en France, il fut à nouveau violemment attaqué; le Parlement venait de décréter contre lui la prison, quand le roi le fît mettre en liberté sous la condition qu'il n'imprimerait plus rien sans une permission expresse. Le repos tua ce savant homme, l'un des meilleurs jurisconsultes que la France ait possédé.
Garojidas le Caron ^, Parisien , poète et philosophe à ses heures ; il est l'auteur des Responses dv droict françois, confirmées par les arrests des cours souveraines de la France et rapportées aux lois romaiîies, publiées en 1586, à Paris, chez l'Huillier. Cet auteur, né en 1536, avait exercé des fonctions judiciaires sous Charles IX.
Adam Fumée, conseiller de Paris, envoyé auprès de M. de Crussol, en Provence et à Lyon, en qualité de con-
* In-folio, Paris, 1567, par laques du Puys, libraire iuré de l'vniversité. Dumoulin comptait, dit-on, une Gourtenay parmi ses ancêtres.
2 II s'intitule ainsi sur ses livres, tandis que ses biographes le nomment Loys le Caron , dit Charondas. 11 était avocat et lieutenant général au bailliage de Clermont en Bcauvoisis; il mourut en 1G17. Ou lui doit un Grand Coutumier de France, in-i°.
seil, l'an 1562; homme très-docte, ce magistrat était à la fois mathématicien, philosophe, historien et même poëte ; on lui reconnaissait un don de parole claire et facile.
François Hotman, originaire de Silésie, appartient à la France comme professeur de droit, puisqu'il tint une chaire à Valence et à Bourges. Si son principal ouvrage Franco- Gallia, ou traité du gouvernement des rois de France et de l'ordre de leur succession, où il soutient que les étals généraux peuvent choisir chaque monarque, a paru à Genève (1573), c'est qu'il s'y était réfugié après avoir échappé à la Saint-Barthélémy. Il était donc calviniste. Son Discours sur l'étude des lois ou Anti-Tribonien date de 1567 ; le recueil des lois de Justinien* se trouve critiqué avec verve dans ce travail, dont la politique contemporaine est entièrement absente ^
En jurisconsultes étrangers à la France nous pouvons citer un Bolonais, Gabriel Palœoti^ professeur de jurisprudence à l'âge de vingt-quatre ans, qui a composé et mis au jour en 1 572, à Venise, un livre sur les bâtards *, sujet assurément intéressant alors pour un grand nombre de familles , vu le relâchement des mœurs, vu les mariages contractés depuis la réforme par un assez grand nombre de prélats et de religieux, vu surtout la différence à établir, au point de vue des successions, suivant qu'ils étaient légitimés ou non. Palœoti constate Tindifférence de la loi civile relativement au con-
' Qu'il nous soit permis de rappeler une magnifique édition du Digeste, un de ces volumes comme on n'en fait plus : Digestorvm seu pandectarvm lihi-i qvinqvaginta ex Florentinis pandechs re prssentaii, Flori^ntise in officina Laurentii Torrentini dvcalis Typograpiii, 1553, in-fo de 1666 pages sans compter les préliminaires, l'index et un supplément.
* Son Bridum fidmen, en faveur du roi de Navarre, écrit excommunié, date de 1588. Il y a des éditions dépourvues de rindication du lieu d impression ; les meilleures sont celles de Leyde et Genève. On doit à M. Rodolphe Dareste un Essai sur Hotman, 1850.
^ De nothis spvriisqve filiis liber, in-18, apud lacobum Leoncinum.
cubinage, et termine par une table des noms des fils de naissance illégitime qui parvinrent à la célébrité.