ALCHIMISTES
L'alchimie est la chimie du moyen âge ; elle revêt un caractère de secret et de fantaisie qui appartient bien à cette époque. Ses expériences sont merveilleuses ; seulement, on
31 pages). Guillaume Ganter avait voyagé en France vers 1588 et s'était lié avec Jean Dorât et Moral.
' Nostredame a succombé en 1566 à Salon. Deux ans auparavant, Charles IX, passant par cette ville, l'avait mandé auprès de lui. Mentionnons parmi ses commentateurs vivants M. l'abbé de Torné-Chavigny (186i)), M. Buget(1862}, M. Le Pelletier (1867).
en tire de fausses déductions. Les alchimistes montrent une patience à toute épreuve ; mais ils se taisent et s'entourent de précautions mystérieuses dont leur vie dépend, car l'autorité spirituelle se méfie encore des sciences, et d'ailleurs elle ne laissera pas émettre une découverte qui contrarierait la foi et le dépôt des idées venues par tradition. D'un autre côté, l'alchimie s'était donné un but impossible, en voulant passer sans intermédiaires de ses faibles connaissances au problème le plus difficile, celui de fabriquer un corps de toute pièce, par exemple l'or, car la science doit procéder par des observations successives et des conquêtes assurées.
Pourtant c'est la recherche de l'or, but secret des alchimistes, et qui les a tous rendus malheureux, au point qu'on peut la comparer à la poursuite du bonheur échappant dans cette vie à ceux qui s'en occupent avec trop d'ardeur, celte recherche, disons-nous, s'explique mieux quand on sait que l'alchimie , procédant de l'art sacré de l'ancienne Egypte, croyait que le soufre et le mercure composaient tous les corps, et surtout les métaux ; on peut donc supposer qu'elle considérait l'or comme une aggrégalion particulière de ces deux corps, ou d'autres éléments, à la façon par exemple du sucre et de l'amidon, lesquels ont absolument la même composition sans jouir des mêmes propriétés.
Paris, parmi les villes d'Europe, renfermait le plus d'alchimistes ; ils se réunissaient sous les péristyles des églises, et notamment sous celui de Notre-Dame, pour se communiquer le résultat de leurs recherches, ou du moins ce qu'ils en voulaient dire. La plupart cherchaient à deviner le secret des autres, ou encore à trouver un élève ou un associé.
La seule expérience curieuse de ce temps est celle dévoilée
par un Grec associé de Denis Zachaire\ originaire de la Guyenne et qui tient une place parmi les alchimistes vivant sous Henri II ; elle consistait à mêler du cinabre avec de l'argent et à en retirer par la coupellation un poids d'argent un peu plus considérable que celui introduit. L'augmentation était très-faible et devait tenir à la présence d'un peu d'argent dans le cinabre ; en tout cas il n'y avait pas de quoi s'enrichir.
Les poudres qui semblaient provenir de la pierre philosophale étaient des composés aurifères adroitement dissimulés et dont, par une simple projection, on extrayait l'or paraissant ainsi sortir d'une transformation. Il y eut des quantités assez considérables de ces poudres fabriquées à l'époque qui nous occupe, mais le secret même de leur fabrication n'a jamais été divulgué ; l'alchimiste Keliey, qui fit à Prague tant de bruit en 1585, et devint même un instant maréchal de Bohême, grâce à l'enthousiasme de l'empereur Maximilien II, cet alchimiste, croyons-nous, employait de la poudre dont il avait trouvé un dépôt, mais ne savait point la composer, même en employant de l'or, ce qui fut cause de ses malheurs et de sa fin.
Cosme Ruggieri n'était pas un alchimiste, quoiqu'il dût se connaître en opérations de fourneaux et de creusets; c'était plutôt un adepte des sciences occultes, on nommait alors ainsi les sciences physiques, c'était surtout un supputateur, un astronome, ou mieux un astrologue. Il fallait pour un tel rôle de la science et de l'habileté ; celui qui le jouait devait être à la fois philosophe et dominateur. Cosme réunissait ces qualités diverses; de là son empire sur la reine mère.
Le magnétisme et l'un de ses effets, la seconde vue,
' Assassiné et dépouillé en 1566 à Cologne.
n'étaient pas inconnus en ce siècle ; Nostradamus semble les avoir employés alors qu'il prédit à Catherine de Médicis, par une femme dont il dirigeait les réponses, l'avenir de ses cinq enfants, tous rois ou reines, tous mourant sans postérité, le dernier des rois étant assassiné.
El, fait curieux, les prédictions de la seconde vue s'accordaient de tout point avec celle de l'horoscope tiré par Cosme à la naissance de la reine mère.
Mais, dira le lecteur, nous voilà loin de l'alchimie ; non, certes. L'alchimiste était parfois astrologue, et l'astrologue était souvent médecin, tant les connaissances humaines restaient encore mêlées, tant surtout l'extraordinaire et le désir de devmer l'avenir agitaient encore les meilleurs esprits et les détournaient de recherches plus pratiques et plus utiles.
Une dernière branche de l'alchimie, ou plutôt de la chimie, comprenait l'art de composer les poisons, que l'on excellait encore à administrer comme au moyen âge proprement dit, qui dans une fleur, qui avec une paire de gants, qui au moyen d'une lettre ■ mais c'était assurément un art italien, nullement un art français, quoique le Dauphin, frère aîné de Henri II, ait succombé, croit-on, par suite d'un empoisonnement. Que cette mention du plus abominable moyen de vengeance ou de politique suffise ici.