HELLÉNISTES
Amyot, outre sa traduction des œuvres complètes de Plutarque, qui fit accomplir des progrès à notre langue et fut lue de toute la France durant plus d'un siècle, a mis en français six livres de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile et le roman de Daphnis et Chloé, de Longus ; chacun sait que cette dernière traduction a été conservée par Courier, un connaisseur émérite, qui l'a revue, complétée, et a fini, à force de retouches, par la faire sienne.
Le règne qui nous occupe a vu d'autres hellénistes.
Jean Frisoji, lequel, en 1562, fait imprimera Zurich une édition' de Opéra et dies'' d'Hésiode, avec une préface de Melanchton, des annotations de Jacob Ceporinus, qu'il corrige et complète % une explication de la versification grecque, enfin la traduction en vers latins des deux livres
< Pour Sédulius, c'est une réimpression de l'édition incunable de 1499 ; ce poëte a été réédité à Rome en 1794. On rencontre souvent ses œuvres jointes à celles de Fortunat.
» Plantin, né Français, posséda également une maison d'imprimerie à Paris.
3 Un volume in-12 de 266 pages.
♦ Œuvres et jours, poëme de 826 vers.
'- En tète de ces annotations se trouve une planche représentant les instruments aratoires des Grecs.
de l'auteur grec dont il s'est fait l'éditeur. Frison annonce ladite traduction pour aussi littérale que possible. Cette édition d'Hésiode est peu connue et mériterait d'être consultée.
Le libraire Fi^édéric Mo7'el, lequel a imprimé plusieurs livres utiles en grec et en latin, sous les règnes de trois fils de Henri II, était interprète et architypographe royal ; nous le plaçons surtout parmi les hellénistes, en ce sens que ses éditions grecques sont et correctes et fort belles \
On se préoccupait de la prononciation grecque ; un discours spécial publié en 1568, à Paris, par Denis Lambin^, traite de ce sujet. L'auteur essaye de réformer des habitudes vicieuses, et, à ce propos, il examine successivement le sort de chaque lettre ; par exemple des trois voyelles longues a, VI, w, la première est la plus sonore, la deuxième doit être médiocrement aspirée (c'est, dit-il, un e redoublé), la troisième demande une bouche arrondie sans une trop grande compression des lèvres ; quant à la voyelle u, c'est la moins bruyante.
Citons encore le célèbre philologue Adrien Turnèbe (Tournebœuf), mort pendant le règne de Charles IX en 1565; professeur de littérature grecque et latine au Collège de France, il a donné d'excellents commentaires, notamment sur les odes d'Horace et sur Varron. Ses éditions sont nom-
' Son fils, portant aussi le prénom de Frédéric, fut comme lui professeur royal. Ne les confondons pas avec Guillaume Morel, correcteur chez Tilletan, puis aussi imprimeur royal pour le grec, en remplacement de Turnèbe.
« Lambinvs Monstroliensis, c'est-à-dire né à Montreuil-sur-Mer ; très-compassé dans ses habitudes, ce professeur (il enseignait au Collège de France) a, dit-on, donné naissance aux mots Inmbincr et lambin. Ce détail, qui décèle contre Lambin un peu de ce penchant de moquerie naturelle au caractère français, n'est pourtant pas indigne de Thistoire lorsqu'elle s'occupe de philologie. — Lambin était également latiniste et a contribué à restituer à Cornélius Népos les Vies des hommes illustres dont il a donné en 1569 une édition avec commentaires ; son édition d'Horace a été imprimée à Venise.
breiises; ses commentaires sur Horace, par exemple, ont été réimprimés en 1586 \
Pierre Danès (Danesius) survécut de dix ans à Turnèbe ; on lui doit une excellente édition de Pline. 11 avait été élève de Guillaume Budé et fut lui-même précepteur de François II.
Henri Estienne, le célèbre imprimeur-, élève de Danès, helléniste de premier ordre, a publié son fameux Thésaurus grœcœ linguœ en 1572 ; en œuvres secondaires, on lui doit un curieux petit volume dont voici le titre : Comicorvm Grœcorvm seyitentiœ, latinis versibus ab Henrico Stéphane reddite et annotationibus illustratœ, 1569.
Ces citations sommaires et les noms qu'elles contiennent mettent au grand jour le fait que les lettres grecques étaient plus cultivées sous Charles IX que de nos jours. Elles l'étaient aussi dans le voisinage de la France, car Guillaume Canter publiait à Anvers, chez le célèbre Plan tin, en 1571, trois écrits où le grec figurait, savoir : Novarvm lectionvm libri octo^ ouvrage rempli d'une saine critique ; les Epitaphes des héros et Homère^ ^ et De emendandi Grœcos avctores.
MA.THÉMA.TIGIENS
On a dû s'occuper de science et de météorologie sous ce règne, puisqu'une question de calendrier s'est présentée et
1 Adriani Tvrnebi, philosophise et grsecarvm litterarvm Regij professoris, CommeJitnrius in librum primum carminum Horatij , Paris, in- 12, chez Guillaume Julien, à l'enseigne de l'Amitié, près le collège de Cambrai.
2 Ueporlez-vous sur Henri Estienne à. la note du § 6 de ce chapitre.
3 Ce livre rédigé en latin est moins connu (editio secvnda, in- 12 de
a été résolue en 1564, celle de fixer le commencement de l'année au 1" janvier.
On s'occupe certainement de météorologie, mêlée à l'astronomie, afin de chercher à prédire non-seulement le beau ou le mauvais temps, mais l'avenir lui-même, témoin Michel de Nostredame, l'auteur des Centuries, \\\vq, fameux où l'on a cru découvrir la prédiction des événements de la Révolution française, qu'il appelle le Commun advenementy et même la prédiction des événements plus récents, et qui a été maintes fois publié et commenté*. Cet astrologue, juif d'origine quoique chrétien, avait d'abord exercé la médecine.
Quant aux mathématiciens purs, citons au moins Ramus, qui s'est occupé de géométrie et a blâmé, ou plutôt combattu, Euclide en géométrie, autant qu'Aristote en philosophie. On connaît son livre : Rami arithmeticœ libri dvo ; geometricœ septem et viginti, avec figures, petit in-4°, Bâle, 1 569, qui est assez répandu en France.