ATTRIBUTION DES RECETTES AUX DÉPENSES
Chaque espèce d'impôt avait sa destination spéciale, ce qui semblerait indiquer qu'on ne formait pas un fonda de recette commun, un trésor général pour en extraire ensuite les sommes au fur et à mesure des besoins. Deux ordonnances ' prescrivent bien de dresser par an, et pour chaque généralité, un état de finances ; ces états étaient centralisés^ mais on ne voit pas que l'argent fût réuni.
Ainsi le domaine, c'est-à-dire les propriétés royales (on ne disait pas encore l'État)^ servait pour l'entretien a de la personne, grandeur, apparat, majesté et maison du roy ».
Les tailles, instituées par Louis IX, revenaient de droit à la gendarmerie.
Le taillon, imposé par Henri 11 en 1549, revenait également et exclusivement à la gendarmerie : du moins l'éditle promettait. Même promesse en 1555 pour la solde dite de
* Datées de 1542 et 1554.
cinquante mille hommes; seulement, après avoir dû porter sur les seules cités closes, cette solde fut appliquée à toutes les localités indistinctement. De plus, comme le gouvernement, malgré la rentrée dans ses coffres de cet impôt ainsi étendu, payait mal les gens de guerre, ceux-ci pillaient, et, selon l'expression du temps, les paysans étaient doublement grevés, mangés.
Pour les dons, on puisait partout et sans discernement. Une liste des bienfaits accordés n'existait même pas, sans doute à cause des intérêts auxquels cette situation servait, car il tombe sous le sens d'en avoir une ; l'ordonnance de Philippe de Valois prescrivant aux donataires de dire s'ils avaient déjà reçu une pension ou un don, cette ordonnance tombait en désuétude.
En outre, on accordait trop à la fois et à un seul : « Vous avez donné, ose dire Montluc au roi, vous avez donné à un gentilhomme de la Guyenne de quoi en contenter cinquante. » Ce sera bien pis sous le règne suivant, et pourtant la générosité n'est pas la profusion; un abîme les sépare. Un souverain peut être généreux et maintenir l'ordre dans sa maison et dans l'État'. Où mène d'ailleurs la profusion? Bodin nous le dit : « De prodigue le prince devient exacteur et d'exacteur Tyran, car après avoir donné tout ce qu'il a, il donne ce qu'il n'a pas, il donne même à plusieurs la même chose, jetant ainsi la pomme d'or entre ses subjets pour les ruiner, par les disputes et les procès qui s'ensuivent^ »
Un don de cette époque peut être cité, quoique postérieur au règne ; en 1582, à la mort du colonel général et amiral
' C'était alors tout un, ne Toublions pas, excepté en ce qui concernait les revenus du domaine.
• De la République, livre V, chapitre iv, du Loyer et de la peine.
Philippe de Strozzi, la reine mère acheta sa bibliothèque et ses riches collections moyennant le don à son fils d'une terre donlTachat lui coûta 42,000 Hvres'. Un pareil échange n'a rien que de très-honorable. Ces livres vinrent plus tard se fondre dans la bibliothèque du roi à Paris. Mais remarquons-le, c'est un don de Catherine de Médicis qui fut assez économe et n'eut Jamais, pour ses favoris, l'aveuglement sinon de Charles IX, au moins de Henri 111.
En effet, c'est de ce dernier et de son père Henri II qu'il est surtout question dans les attaques du temps contre les rois prodigues. Charles IX le fut peu, même envers Marie Touchet et son fils, et, quant à ses poètes, nous l'avons dit, il évitait, dans l'intérêt de leur travail, de leur accorder le superflu.