‹ Histoire de Charles IXChapitre 50 sur 73 · DU FONDS DE RESERVE , DES DETTES ET DES EMPRUNTS · texte numérisé non relu

DU FONDS DE RESERVE , DES DETTES ET DES EMPRUNTS

« Les sages princes donnoient à cinq pour cent^ l'argent qui revenoit bon aux finances » : ainsi s'expriment les contemporains; mais depuis une trentaine d'années la France, travaillée de guerres extérieures, épuisée de luttes intestines, ne pouvait plus faire ce mesnage.

En effet, les dépenses excédaient les recettes, et, au lieu d'amasser un trésor, il fallut bientôt emprunter et contracter des dettes; Charles IX ne fit pas autre chose depuis son avènement, jour où il trouva l'Etat endetté de 43 millions

' La terre de Molô en Normandie.

= Gela l'ournissail, pour un million d'écus prêté, 50,000 écus de bénéfice par an.

700,000 livres \ On cherchait seulement à emprunter sans intérêt, ce qui se conçoit, quand on trouve des gens pourvus d'assez de foi dans le gouvernement pour lui rendre le service d'aventurer et leur revenu et leur capital, mais ce qui assurément devint de plus en plus rare dès la fin même du xvi^ siècle. Bodin, en son livre VI de la République, rectifie cette manière de parler, en disant que les princes doivent emprunter à intérêt modéré ; sinon, ajoute-t-il, des banques se font intermédiaires et gagnent au détriment de l'Etat, comme la banque Saint-Georges de Gênes qui acquit assez de richesses pour pouvoir acheter l'île de Corse.

L'intérêt modéré constituait une rareté ; on vivait encore au temps florissant de l'usure, et une exigence de 12 0/0 n'étonnait pas : le métier était si bon que plus d'un négociant délaissait son commerce pour s'y livrer ^ Néanmoins, de 1572 à 1574, il fut interdit de prêter à un taux supérieur à 6 0/0, défense sur laquelle on revint par une déclaration de mars 1574, publiée à Yincennes. Ces deux déclarations prouvent l'embarras du gouvernement, et cet embarras provenait de son propre exemple ; afin d'obtenir l'argent dont il avait besoin, il lui fallait, après avoir engagé le domaine, emprunter et consentir au payement de l'intérêt exigé par les prêteurs, c'est-à-dire, « emprunter de tous costez à usures excessives, et quand il n'avait pas le moyen de les payer, voir l'interest de l'interest s'augmenter souvent, et envers plusieurs créanciers, de façon à surmonter

' Voyez le discours de Michel de l'Hôpital aux états d'Orléans, 31 janvier 1560.

* Lisez Traité de la pratique des billets entre les négocians, Louvain, chez du Prat, 1682, iii-32, p. 257. Ce petit livre, dû à un docteur en théologie, a pour but d'examiner si la religion permet la pratique des billets, et il se prononce hautement pour l'afiirmative.

le sort principal, comme cela était déjà arrivé au feu roy Henri 11 S) .

D'ailleurs l'arrivée de l'or du Pérou et son invasion en Europe venaient de déprécier l'argent^ et d'augmenter toutes choses ; les denrées se cotaient dix fois plus haut que par le passé, les terres rapportaient autant comme revenu qu'elles avaient coûté deux siècles auparavant. Cette hausse subite enfla prodigieusement les dépenses de l'Etat et rendit encore la situation financière plus critique.

Ce n'était pas seulement le roi de France qui se trouvait endetté. Dès 1536 Rabelais écrit ^ : ce L'empereur a faulte d'argent et en cherche de tous costés ; et taille tout le monde qu'il peut et en emprunte de tous endroits, Luy estant icy arrivé, en demandera au pape, c'est chose bien évidente. Le dit pape respondra qu'il n'a point d'argent, et luy fera preuve manifeste de sa pauvreté. » Ainsi l'empereur, le pape, le roi de France, voilà trois souverains appauvris ; combien nous en trouverions d'autres ! Cette situation, certes, n'est pas particulière au xvi^ siècle.

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