‹ Histoire de Charles IXChapitre 52 sur 73 · PERSONNEL FINANCIER · texte numérisé non relu

PERSONNEL FINANCIER

Primitivement, dans le royaume de France, le maniement des finances se trouvait confié à des gentilshommes. Mais peu à peu la vénalité s'introduisit dans ces emplois, et les nobles déjà pauvres, plus pauvres que les bourgeois enrichis par le négoce, ne purent en acheter.

Sous Charles IX, la France comptait 34 receveurs et 96 généraux des finances; ces derniers ordonnançaient, les premiers ne faisaient que recevoir.

Il y avait en outre un grand nombre de trésoriers, jouis-

(huissier), à la fin de décembre 1519, Simon Salomon fut condamné à être battu publiquement de verges, à être marqué au front d'une fleur de lis, à 200 livres d'amende et au bannissement perpétuel. — En 1394, pour un faux en écriture privée, à savoir une fausse obligation de 1,000 livres, soidisant signée par le seigneur de la Rivière, Guillaume Marcel (ut condamné à 1,000 livres.

< Ce sont nos experts assermentés actuels. Lesdits écrivains obtinrent le privilège d'enseigner l'écriUire.

î Traité des monoyes par Boisard, 1711, in-1-2, chez Le Febvre, p. 363.

sant du droit de huche et chauffage^ : parmi ceux créés par Charles IX, nous citerons les deux officiers trésoriers chargés d'examiner les dépenses pour la réparation des places fortes, l'un devant s'occuper des places du midi, l'autre des places du nord de la France ^ ; parmi les autres, nous rappellerons les trésoriers de l'artillerie, de l'ordre du roi, de la marine, des guerres (ordinaires ou extraordinaires), des mortes-payes, enfm des olTrandes et aumônes ^

L'augmentation du nombre des agents était favorable au trésor, au moment où chacun d'eux versait le prix de sa charge ; mais le grand nombre de mains par lesquelles passait l'argent du roi tendait plutôt à sa diminution : les contemporains ne se gênent pas pour le dire.

En effet, plus d'une fraude* se glissait dans cette administration ^ Deux témoignages suffiront.

Dans une harangue que Biaise de Montluc adresse au roi, au livre 111 de ses Commentaires^ il dit nettement : « Vous devez encourager par quelque gracieuse paroUe, ou si c'est quelque pauvre gentilhomme, luy donner de l'argent. Si vous le faites de vostre main, cinq cens escus seront prins de meilleure part que deux mil par vos thresoriers, car quelque chose leur demeure tousjours dans les pattes. Une fois le roy Henri, vostre père, mon bon maistre, que Dieu

* Ce droit fut étendu sons Henri III aux généraux des finances. » Édit du 14 janvier 1567.

^ Voyez hidice des droicts roiaux et seignevriaux par Ragveau, 1583 et 1600, au mot thresorier.

* Les luttes civiles facilitèrent même les vols et les spoliations. On disait quelqu'un tué dans un combat, et l'on s'emparait de ses biens. Tliéodore- Agrippa d'Aubi.?né en est uu exemple, et raconte Ini même le fait au début de ses Mémoires. Le lecteur remarquera qu'au moment où il plaide à Orléans pour réclamer son patrimoine, les juges, après l'avoir entendu, se lèvent, le reconnaissent à l'unanimiLé pour un d'Aubigné et condamnent ses adversaires à restitution,

» Nous avons cité les mesures restrictives contre les financiers au chap. xi du livre If' de cette Histoire de Charles IX.

pardoint, m'avoit donné deux mil escus; celuy qui me les devoit bailler ni! eut 'pas de honte de ni' en retenir cinq cens, mais il trouva un Gascon qui n'avoit pas accoustumé ce tour de baston ; il sceut que je m'en voulois plaindre au roy ; il eut plus de joie de me les faire prendre que je n'eus de les recevoir. »

Le jurisconsulte Carondas le Caron ne précise pas un fait comme Monlluc, mais, en parlant des troubles publics, il ajoute : « Quand, après avoir été agités de tempestes, flots et orages, nous estimons approcher du port de sûreté, nous nous trouvons assaillis par je ne scay quels petits escumeurs d'offices et corsaires de finances*. » Ainsi il attribue en partie le malaise politique aux financiers, et avec raison. « Si les finances publiques, continue-t-il, estoient aussi soigneusement conduictes et espargnées, que les biens privez, si l'honneur estoit plus estimé que les trafiques des mercenaires et périssables richesses , tous s'employeroienl vertueusement aux charges qui leur seroient ordonnées, et iroient tant qu'il leur seroit possible au devant des maux pour les empescher et destourner devant qu'ils fussent advenus \ »

Tant que les guerres civiles dureront, le personnel financier ne pourra s'améliorer, et les abus commenceront seulement à disparaître sous les fermes et vigilantes investigations de Sully.

Une ligne résume ce chapitre : le règne de Charles IX, financièrement parlant, ne vaut pas le précédent, sans doute parce qu'il fut plus long et embrassa plus de malheurs.

' Responses du droict français, folio 442, au verso.

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