DÉTAILS SUR LA VIE PRIVÉE
Une grande cherté surgit sons Charles IX. Bodin cherche à l'expliquer, indique les moyens d'y remédier ^ Il attribue la rareté du blé à ce que tout le monde boit du vin et à ce qu'il y a trop de terres plantées en vignes. Éclairé par ce qui se passe de nos jours, nous croirions plutôt à cette cause multiple : désordre dans la gestion des finances, pillage organisé par les divers partis, luxe parfois exagéré. Pourtant Charles IX ne prêchait pas d'exemple, contrairement aux trois rois ses prédécesseurs ; Brantôme ne dit-il pas', et sur un pareil sujet sa compétence doit être admise : « Les autres deux roys Charles et Henri troisième entretinrent très mal leurs tables, et par boutades, car il s'y fit sur leurs maisons et mangeailles tant de retranchements, à cause des grands frais de la guerre terrible qu'il leur faloit supporter;
^ La remarque appartient à M. Viollet-le-Duc et fait partie d'un excellent livre : Dictionnaire raisonné de l'architecture française du xi" au xvi» siècle, t. lY, pajïe 221. Gtt ouvrage gagnera beaucoup quand il sera doté, à son achèvennent, d'une table générale et méthodique.
« Discours sur l'extrême cherté, 1574, chez L'Huilier, et Response au sieur de Malestroit.
3 Vie de François I'^.
toutefois par boutades l'on y faisoit quelque bonne obère, car le plus souvent la marmite se renversoit, et quelquefois se redressoit au mieux qu'elle pouvoit, ce que demande fort le courtisan que d'avoir bouche à la cour et à l'armée, car quelque petit ordinaire qu'il leur faille tenir, il leur débauche fort la bourse*. »
Relativement aux soins de santé, nous dirons que l'on gardait en général le même médecin tant qu'il vivait, ce qui semble indiquer chez les médecins de ce temps du bon sens et de la science, plus sans doute que chez ceux du temps de Louis XIV ^ Ajoutons que si la peste éclatait, on changeait de province, et l'on faisait quarantaine en arrivant dans la nouvelle. En cas de décès, on éclatait en sanglots et en cris auprès du mort.
Il y avait bien un peu de superstition, ou du moins on s'adonnait à des remarques qui pouvaient paraître tenir de ce défaut. Ainsi une veuve relève qu'elle a vécu avec son mari quatre ans, quatre mois, quatre heures, absolument comme Pierre de l'Estoile rapporte gravement que François II est mort âgé de dix-sept ans, ayant régné dix-sept mois, dix-sept jours, dix-sept heures ^
La science elle-même n'était pas exempte de superstition : Cardan, par exemple, croit que les bâtards sont plus robustes que les autres enfants ; nous laisserons aux curieux le soin
» Le maréchal Alarmont pose une remarque identique en ses Mémoires et opine pour que, dans une armée, le prince ou le général en chef tienne table ouverte.
« Alors les empiriques prêtaient encore plus le flanc au ridicule. Ainsi, en 1677, un abbé eruérissait de la fièvre en prenant de l'urine du malade, en y faisant cuir un œuf et en le faisant manger à un chien qui était censé prendre la fièvre... Quelle extravagance ! C'est M™« de Scudéry qui rapporte, dans sa lettre du 20 octobre 1677, ce fait dont je lui laisse la responsabilité.
3 Nous nous gardons à dessein d'aller jusqu'au fond de ce sujet, et le sorcier Trois-Étoiles, jugé sous ce règne, n'obtiendra de nous rien autre chose qu'une mention.
de rechercher ses raisons \ Ces temps de la Réforme sont, il est vrai, favorables aux enfants naturels, et quelques-uns parvinrent au sommet des positions sociales, témoin Balagny sous les deux règnes suivants.
Quant aux croyances religieuses, un déiste, se déclarant tel publiquement, était considéré comme un athée, témoin Geoffroy Valée, pendu en 1 574, quoique un peu fou, à cause d'un opuscule de huit feuillets, intitulé : la Béatitude des Chrétiens, où il admettait Dieu, mais en prétendant qu'on ne devait craindre sa colère ni dans cette vie, ni dans l'autre ^