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COMMERCE ET INDUSTRIE

Dommage ayant été fait, dans le port d'Alexandrie, à des marchands français, et leurs marchandises ayant été vendues au profit du seigneur de Naxie (Naxos), qui se prétendait débiteur du roi de France, Charles IX, quand il l'apprit, dépêcha auprès du Grand Seigneur un de ses conseillers, Claude du Bourg, seigneur de Guerine, lequel expliqua l'affaire et obtint qu'à l'avenir aucune fascherie ou empeschement ne fût fait en tous les ports turcs, ni en mer, aux sujets de France et à ceux naviguant sous son nom et bannière. La satisfaction donnée et le firman qui la contient remonte au mois d'octobre 1569; elle mit à môme de reprendre le

• Et ses recommandations pour avoir des fils. Lisez Ins Livrss de Hierosme Cardanvs, médecin milannois, intitulez de la Subtilité, traduits du latin en françois par Richard le Blanc, Paris, chez Pierre Cauelat, 1584, en tête du livre XII.

' Le lecteur trouvera l'arrêt dans les Archives Cimber et Danjou, t. IX, page 95.

cours de leurs affaires non- seulement les Français, mais aussi les Génois, les Siciliens, les Anconnétois^ qui naviguaient comme tels, en raison surtout de la promesse que le montant d'une dette serait à l'avenir réclamé « au propre débiteur et que nul aultre seroit prins et demandé pour luy, ne pour le délinquant prins aultre innocent^ ». On voit par cette mention que la France conservait encore de l'influence à la cour de Constantinople, notre alliée depuis François I"\

Oserons-nous, après cette mention relative aux grandes opérations du commerce, rappeler deux faits vulgaires, à savoir que les pâtissiers formèrent une corporation en 1567 seulement, se divisant alors en pâtissiers-oublieurs et en pâtissiers pain d'épiciers, et que le dindon^ apparut pour la première fois sur les tables françaises aux noces de Charles IX?

Revenons plutôt aux traces d'industrie que l'état des relations contemporaines nous permet de rencontrer. Un écrit de Barthélémy de Laffemas'', valet de chambre de Henri IV, nous rappelle à ce sujet les encouragements donnés par Catherine de Médicis aux manufactures, et principalement à celles s'occupant de la fabrication de la soie. Dès 1 554, la reine mère fit planter des mûriers en son château de Moulins; on l'imita, notamment M. de la Bourdesière

■' Habitants d'Anconne (Ancône).

5 Traduction par Dominique Olivesi, interprète du roi,, imprimée à Tours, par Hegnard, en 1570, sous ce titre : Articles accordez par le Grand Seigneur en faveur du Roy et de ses subiects.

^ Nous avons indiqué, au chapitre i^-" de ce troisième livre, les négocialions de Catherine de Médicis pour l'aire concéder au duc d'Anjou, par le Grand Turc, le royaume d'Alger.

* L'introduction des choux-fleurs et des artichauts vint avec celle des coqs d'Inde.

^ Lettres et exemples de la Royale mère, Paris, chez Pantounier, 1602.

à Tours et les échevins à Toulouse \ Malgré une opposition jalouse^, (lisant surtout que la fabrication nouvelle supprimerait les navires qui allaient à l'étranger s'approvisionner de belles étolTes de soie, la nouvelle culture et l'élevage du ver firent des progrès. Un jeune jardinier, demeurant à Sceaux, chez M. de Gèvres, secrétaire d'État, montra par son exemple comment on pouvait fabriquer soimême un rouet pour dévider aisément la soie. Malgré les retards apportés par les troubles et misères des guerres civiles, les améliorations de la culture des mûriers, de la récolte de la soie et de sa mise en œuvre continuèrent sous ce règne et sous celui du duc d'Anjou.

Conclusion de ce chapitre.

La société française continue, sous Charles IX, à tomber dans le désarroi qui a surgi déjà pendant le règne précédent. La politique fonctionne mal, il n'y a plus de morale, le pays devient dévergondé, surtout en haut de l'échelle. Les gentilshommes ne sont plus respectés, à cause de leurs fautes mêmes, et de la sorte préparent leur ruine. Le gouvernement semble également compromis, mais il résistera, se retrempera dans un nouveau sang, reprendra le dessus, puis, quand il se trouvera à l'apogée do sa puissance, achèvera de précipiter la noblesse dans une abdication et une déca-

< Les autres propagateurs furent le sieur de Bordeaux, intendant des jardins du roy ; le sieur de Belinguant, le sieur Chabot, demeurant rue Saint- Germain, à Paris, près du grenier à sel; le sieur de Mercure, parfumeur du roy; le sieur Tabouret, domicilié à Fontainebleau et valet de chambre du roy.

« On alla jusqu'à gâter, en y jetant de la résine, la teinture dont se servaient les premiers ouvriers en soie.

dence complètes ; ce temps surgira vite : au quatrième règne, après celui qui finit en ce moment, il sera venu.

Les contemporains n'entrevoient pas un tel espoir. Ils se découragent plutôt, comme ils le feront, avec plus de raison encore, sous Henri III, et l'apologue qui suit leur convient à merveille : « Yn personnage certifioit que si Dieu luy eust dit : Après la mort, tu resusciteras et seras ou chien, ou mouton, ou bouc, ou homme, ou cheval, ou autre chose qui plus te sera agréable, il eust mieux aymé estre toute autre chose que prendre la forme d'vn homme ^... Vn bon chien en effet est plus estimé qu'vn mauvais, le coq généreux est plus prisé que le couard : mais l'homme ne gagne rien d'estre bon, noble et généreux : le premier honneur se donne au flateur, l'autre au calomniateur, le troisième au traistre^ » Certes ce passage renferme une verte critique du xvi" siècle, et cependant il est doucereux, vis-àvis des lignes suivantes de Montaigne : a Qui n'est que parricide en nos iours et sacrilège, il est homme de bien et d'honneur*. » Le même écrivain se montre plus raisonnable quelques pages plus loin : « Nos mœurs sont extrêmement corrompues, et penchent d'une merveilleuse inclination vers l'empirement ; de nos loix et usances, il y en a plusieurs barbares et monstrueuses ; toutesfois, pour la difficulté de nous mettre en meilleur estât, et le dangier de ce croullement, si ie pouvois planter une cheville à nostre roue et l'arrester en ce poinct, ie le ferois de bon cœur. Le pis que

* Un autre auteur semble insinuer combien la nature a départi aux animaux plus qu'aux hommes et notamment leur a appris les trois genres de médecine. Le Théâtre du monde, par Boaystuau, édition française, in-32, Paris, 1573, feuillet 10.

' La Civile Conversation de Guazzo, traduite par Gabriel Ghapputs, Tourangeau, in-32, Lyon, chez Beraud, 1582, page 631.

5 Essais. II. 17.

ie treuve en nostre estât, c'est l'instabilité' ; et que nos loix, non plus que nos vestements, ne peuvent prendre aulcune forme arrestée. Il est bien aysé d'accuser d'imperfection une police, car toutes choses mortelles en sont pleines ; il est bien mjsé (T engendrer à un peuple le mespris de ses anciennes observances ; iamais homme n' entreprint cela^ qui n'en veinst à bout; mais d'y restablir un meilleur estât en la place de celuy qu'on à ruyné, à cecy plusieurs se sont morfondus de ceulx qui l'avoient entreprins. »

* Et ailleurs : « Le changement donne seul forme à l'injustice et. à la tyrannie... Entreprendre à refondre une société entière, c'est à faire a ceulx qui, pour descrasser, effacent. » III, 9.

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