OPERATIONS DE GUERRE
Les marches deviennent plus rapides; ainsi en 1560, dans un cas pressant et pour se rendre sans délai maître de Dieppe, M. de Vieilleville, depuis maréchal, fait 12 lieues d'une traite avec sa cavalerie, et, parti de Rouen à l'aube, arrive encore dans le milieu de la journée devant la ville qui se mutinait \
On s'occupait parfois de reconnaissances effectuées au moyen de détachements ; mais ce procédé n'était pas réduit en règle comme aujourd'hui. L'art des indices était mieu:^ connu ; plus d'un chef savait deviner, reconnaître l'espèce de troupe qui approchait à la forme de la poussière soulevée par sa marche, non-seulement distinguer l'infanterie de la cavalerie, mais remarquer une différence entre des cavaliers et un troupeau de bétail. Divers soldats savaient entendre de loin, en mettant l'oreille contre terre, soit par un temps de gelée, soit par un temps de sécheresse. On jetait dans ce but, sur les flancs, des combattants, et à leur défaut des laquais.
L'emploi des espions était fréquent. Brantôme nous avoue que M. de Salvoison « n'en avoit jamais faute, et de doubles, et de simples, et de fidèles, et de toutes sortes «. Ce chef semblait laisser échapper devant eux un recoin de projet caché, et de la sorte, sûr à l'avance qu'ils le répéteraient à l'ennemi, semait un faux bruit et souvent bâtissait une opération sur ce stratagème,
' Mémoires de Vieilleville, par Vincent Cauloiî, livre VIII, chapitre xii.
ÉTUDE DE l'art DE LA GUERRE
On se livrait fort peu à cette étude : pourtant elle était reconnue longue et hérissée de difficultés. Jean deTavannes s'exprime avec netteté, disant : « Les théologiens et capitaines qui présument sçavoir la science l'un de l'autre, en disputent ou la veulent exercer, se font mocquer d'eux. 11 ne suffit quinze ans à un bon théologien pour apprendre la théologie, la diversité des langues, loix ecclésiastiques, civiles, et histoires. Il faut plus de temps aux capitaines pour apprendre les stratagèmes, ruzes de guerre, et commandements nécessaires de leur mestier. »
Préface.