CHARLES T>UC DE NORMANDIE
manifesles, elle concorde avec la déposition de Fricamps. Jean II, rapporte Yillani, venait de tenir sur les fonts du baptême, à Orléans, un enfant de la famille d'Artois, proche parent du connétable, tombé sous les coups des Xavarrais, et qu'il avait tant aimé. Le chroniqueur se demande si ce n'est pas la vue de ce petit enfant (|ui. rappelant au Roi le souvenir de son ami, l'exaspéra au point qu'il ne songea plus qu'à se venger, et à se venger sur l'heure '.
Le comte d'Eu, mentionné par Friquet de Fricamps, et le comte d'Artois, de la chronique italienne, sont un seul et même personnage : Jean d'Artois, un des fils du trop fameux Robert, à qui le roi de France aAoit donné le comté d'Eu, après l'exécution du connétable Raoul de Rrienne -. Jean II avait, en effet, toujours témoigné une grande faveur aux fils de Robert d'Artois, malgré la trahison de leur père. Il est à remarquer, pour la justification du récit de Yillani, qu'un lien de parenté. — beaucoup moins étroit qu'il ne le suppose, — existait entre la maison d'Artois et celle de la Cerda, à laquelle appartenait Charles d'Espagne ^. On sait également qu'un enfant, - son premier fils — , était né à Jean d'Artois, dans les derniers jours de mars iSôG, et que Jean II fut son parrain, le « leva des fonts » '*. Seu-
pour lever de fons reiiffanl au conte d'Eu, il prendroit ou mctlroit à mort le roy Jehan, mais le Roy en fu avisé: si s'en garda ».
11 ne faut pas oublier que le secrétaire du roi Yves Derian résumait de mémoire, en i385, une déposition de Fr. de Fricamps qu'il avait reçue en i35(j, mais dont il ne pouvait reproduire les termes mêmes, cette déposition ayant été envoyée à l'empereur Charles 1\ , pendant la captivité de Jean II en Angleterre, et manquant au Trésor des Chartes. On comprend donc ses hésitations : Beaupré ou Grantpré. D'ailleurs, si l'abbaye de Beaupré — car c'est bien d'elle qu'il s'agit comme on va le voir, — notait pas située en Normandie, elle était voisine de la frontière normande et des domaines du comte d'Eu.
1. Malteo Villani, li,b. VI, cap. xxiv. — Muratori, XlV, 3G8-3Gg. « Come il Re di Francia prese il Re di Navarra. — ...Elà(a Orliensa) tenue abattesimoun fanciullonato di que' d'Artese, e parente stretto del conestabole di Francia, che fu morto, a cui il Re secondo il volgo havea portato disordinato amore. Avenne. o che la morte del suo diletto amico per lo fanciullo parente li rivenisse nella mente, o che altra cagione il movesse al présente fatto, — niuna certezza se ne potè liavere — ma di subito armato a modo di ca\alicrc con l\ cavalieri armati di sua famiglia cavalcô à Roan etc. »