Froissart, IV, p
!t. <' Et Tappelloicnt li pluiseur un cat, et li aultre un atournement d'assaut ».
LE SIÈGE DE BRETELIL l83
eu le temps de combiner leurs moyens de défense. Tout d'abord, ils attaquèrent directement le beffroi, comme ils eussent fait une forteresse. H Y eut là maints combats singuliers, de belles u apertises d'armes I). Quand ce jeu chevaleresque eut duré quelque temps, ceux qui l'avaient inauguré recoururent à des moyens d'action plus efficaces. Ils avaient des canons qui lançaient, semble-t-il, plutôt des pots-à-feu que des projectiles, et des arbalètes de position, criblant de gros carreaux la tour de bois, si bien qu'un grand nombre de ceux qui l'occupaient furent tués ou blessés. Mais le feu, — une sorte de feu grégeois, — fit encore plus de ravages. Il prit au toit du beffroi, et la garnison qui occupait la tour dut l'évacuer en toute hâte. Ce piteux dénouement mit fort en joie les défenseurs de Breteuil. « Saint George ! loyauté ! » et ((Navarre! loyauté! », criaient-ils suivant leur nationalité, et ils ajoutaient : (I Seigneurs Français, par Dieu ! vous ne nous aurez point ainsi que vous le pensiez ». Et. en fait, l'engin se trouvant à peu près hors d'usage, on renonça à le réparer ; ses débris servirent à combler les fossés de la place ; on employa à ce travail jusqu'à i.5oo hommes par jour 1.
Cependant, la lutte était trop inégale entre la garnison de Breteuil et l'armée du roi de France pour se prolonger davantage. Les Anglo- Navarrais se rendaient compte qu'ils risquaient leurs vies à s'opiniàtrer dans une résistance sans espoir, qui tùt ou tard les laisserait à la merci d'un vainqueur irrité. De son côté, Jean II, qui savait que le prince de Galles, parti de Bordeaux, s'avançait vers la Loire en ravageant sur son passage les provinces du centre de la France, avait hâte de le combattre. 11 accueillit donc favorablement, — si même il ne les suggéra, — les propositions qui lui furent faites par les défenseurs de Breteuil, vers le milieu d'août, et il leur accorda une capitulation avantageuse"-. Les
1. Froissart, IV, igG : « ... et y avoit bien tous les jours quinze cens hommes qui ne faisoicnt aultre cose ».
2. D'après la Chron. des quatre premiers Valois, p. 4(3, Jean II aurait acheté la reddition de Breteuil : « Quant le roy Jehan de France, qui encorres cstoit au siège devant Breteul, sceutque le prince de Galles couroit sa terre, il Iraicta au cappitaine de Breteul et aux Navarrois par une somme dargent qu'il leur donna. Et si les fit conduire en Costentine et ilz lui rendirent le chastel de Breteul.» Les Grandes Chron. ne contredisent pas cette version : « Et fînablement fu rendu le dit chastel au Roy par composicion et s'en alerent ceuls qui estoient dedenz là où ilz vouldrent et emportèrent leurs biens » (p. 3i).
Le 12 août, le Roi datait encore ses lettres « en noz tentes devant Bretueil » (Arch.
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assiégés eurent la vie sauve et la faculté de conserver tout ce qu'ils pourraient emporter avec eux. Ils se retirèrent à Cherbourg, sous la protection d'une escorte que leur fit donner le roi de France.
Jean II avait dû être informé dos les premiers jours de la marche en avant du prince de Galles, mais il ne s'en préoccupa sérieusement que lorsque le fils d'Edouard III fut arrivé en Berry. N'était-il pas, d'ailleurs, en mesure de faire face à l'ennemi, de quelque côté qu'il se présentât ? Le soulèvement d'une partie de la Normandie, la chevauchée du duc de Lancastre, et en dernier lieu le siège de Breteuil, avaient été autant d'occasions de réunir un grand nombre de gens d'armes et de pied et, après les avoir vus à l'œuvre, de constituer à l'aide des meilleurs éléments le noyau d'une solide armée. Dès le mois de mai avaient été expédiés tous les « mandements », ou tous les ordres, relatifs à une mobilisation générale. Ce ne sont pas seulement les nobles qui doivent répondre à l'appel du Roi sous les peines les plus sévères '. L'arrière-ban lui-même est convoqué; mesure en partie fiscale, car les exonérations à prix d'argent, les amendes encourues par les défaillants ou les retardataires, procurent, à défaut d'hommes, les ressources indispensables pour faire la guerre -. Quoiqu'il en soit, des commissaires spéciaux sont chargés de rassemblera toutes manières degens de dix-huit à soixante ans », et de les armer, comme ils le pourront, (i de godendars, de lances, d'arcs et d'arbalètes, chacun
liât., JJ. S!>. 11° 038. — Froii-sart, IV, lxx, n. 2), mais dès le 19 il était au ctiàteau de Tremblay-le A icomte l Eure-et-Loir; ar. Drevix ; c" Chàteauneuf-en-Tliimeraii.), et se préparait à marclicr c<jntre le prince de Galles (JJ. 8i, n° 633. — Froissart, (6id. (.Les 16 et 18 août, le ilanphin était encore dc\ant Bicleuil (liiljl. nat., Vr. aoioa, n° iS; Fr. 20701, n" 8g*.
I. Bibl. net., Fr. 2(3ooi, n° 65(3. Envoi par le bailli de Gi.'ors au vicomte de Gisors dun mandement du Roi donné à Cachan, le 27 mai, portant que tous les nobles « fussent par devers le Roy à Chartres, le premier jour de jiiing, en armes et en chevaux, et en meilleur arroy que il pourroient, et que, s'aucuns en cstoient refusans que l'en prist leurs héritages, rentes et autres revenues cl mcist l'en en la main dudit seigneur, sans en faire aucune rccreance. en applicant iccux biens au proulTit dudit seigneur ».
3. Des lettres de rémission accordées, en décembre i355, au prévôt des marchands et aux échevins de la ville de Paris donnent d'utiles indications sur le vrai carac tère de l'arrière-ban et sur ce qu'on en pouvait tirer (Arch. nat., JJ. 8i, n° 456, fol. 236'°-237; Paris, déc. i355). Nous avons la formule de la convocation de l'arrièreban dans le mandement adressé à l'abbé de Saint-Denis, le 17 mai i355, au moment de la reprise des hostilités avec l'Angleterre (Arch. nat., K. !t~, n° 35j.