‹ Histoire de Charles VChapitre 139 sur 381 · L APPROCHE DU PRINCE DE GALLES · texte numérisé non relu

L APPROCHE DU PRINCE DE GALLES

selon son état » '. Sont parliculièrenienl recherchés les gens d'arnjes : archers, arbalétriers ou antres qui ont accompagné le Roi dans la récente (( chevauchée de Flandre », c'est-à-dire qui ont fait campagne -. Avant même que la levée en masse ne soit efTectuée, on comprend qu'une sélection sera n('cessaire : un mandement du a'j mai prescrit de ne garder que les hommes qui pourront être armés utilement '. Sans doute, cette cohue sans organisation et sans valeur niilitairc n'accrut pas beaucoup le nombre des combattants, mais on put y puiser largement pour trouver les travailleurs ou hommes de corvée, qui furent employés aux dilVérents sièges, et notamment à celui de Breteuil.

1. Bibl. nat., Fr. 2(3ooi, ii" 656. Compte du bailli ilc (Jisors. (( llem, pour envoler audit vlcontc (de Glsors) un ruandemcnt, où esloll cncorporé celui du Uoy nostre sire, donné le xiiii' jour de may conlcnanl que toutes manières de genz, tant de cheval comme de pié, de Taagc de xviii ans à lx, il fcist armer de godendars, lances, ars et arbaillcsles, chascun selon son estât, et que à ce fussent contrains par corps et par biens, et que pour faire leur monstre il fussent dc\ant le bailli à certain jour ».« Il fcist armer n, c'est à dire qu'il les contraignît « à eulz armerchascun selon son estât », comme cela est spécifié dans il'autres textes (Fr. 2O001, n" 5.'»i). 11 est facile d'imaginer quelle sorte de combattants l'on obtient ainsi. Voy. un curieux document du 2^ mai i356, conservé à la Hibl. de la ville de Blois, man. n° 68 (3° carton de Joursanvault, pièce 25(j) : « Ce sont ceulx de la prevostc de Bracicx (Bracieux; Loir-et-Cher ; arr' Blois; ch.-l. de c°") qui ont esté alla monstréc à Blois, le mardi voille saint Urban l'an mil III' LM ». Sur Sy hommes passés en revue, i5 ne sont porteurs d'aucune arme ; 8 ont un godendart (ou mieux godendac, espèce de hallebarde; l'arme d'hast bien connue, particulière aux piétons de la Flandre); g ont une épée (l'un d'euxa une « mauvaise espée»); i. une hache ; 3. im bâton ferré; i, un godendart et un couteau à pointe; i, une épée et un godendart.

2. Compte du bailli de Gisors (Bibl. nat., Fr. 26001, n' 656) : « Item pour envoler au dit viconte (de Gisors) un mandement, où estoient encorporées unes lettres de Mons. le duc données à Paci le xiii' jour de may, contenans que l'en envoiast tous les arbalestiers, pavasiers et autre gent de defFense dont l'en pourroit finer».

Ibid. : « Item, pour envoler un mandement à Dreux au sergent du ressort françois dudit bailliage, contenant qu'il faist venir à Evreux tous les arbalestiers et les gens d'armes de sa sergenterie, et qu'il feist commandement au maire de Dreux qu'il y feist venir toutes les gens d'armes qu'il avoit en^oiez en la derr. chevachie que le roy avoit faite es parties de Flandres .. » Le meilleur de l'arrière-ban était constitué par des professionnels de la guerre, où se recrutait l'infanterie des communes, plus ou moins exercés et armés, et ayant déjà fait campagne.

3. Bibl. nat , Fr. 26001, n" 656 : (( Item, pouren\oier mandemens es queix estoient encorporées les lettres du Roy nostre sire, données à Cachamp le xx\ii° jourde may. as commissaires, qui en chascune sergenterie de la viconté estoient establis et ordenés pour faire armer toutes manières de gens de xvni ans à lx, par lesquels il leur estoit mandé et commis de rechief que lantost il les feissent armer, selon ce que autrefois leur avoit esté 'commandé et commis en délaissant les inutiles et mains souffisans pour despence pour estre armés... »

l86 • LA GUERRE DES NAVARRAIS

Jean 11 partageait les préjugés de son père contre l'infanterie des communes, réputée incapable de tenir en rase campagne, oîi elle aurait <( fondu comme neige au soleil » '. Dès qu'il eut pris Breteuil, il congédia, bien imprudemment, les contingents des bonnes villes, se croyant assez fort avec sa seule chevalerie-. C'est ainsi que l'armée qui fut vaincue à Poitiers ne comptait dans ses rangs ni arbalétriers, ni archers, ni gens de pied proprement dits •''.

La concentration de cette armée s'était faite, ou aurait dû se faire, une première fois, à Chartres, le i" juin; mais les ordres donnés n'avaient été que très imparfaitement obéis, car le 7 ou le 8 du même mois, à la nouvelle de la descente du duc de Lancastre en Cotentin, il fallut les réitérer dans les mêmes termes*, et, lorsque le prince de Galles étaitdéjà en Berry, le duc de Normandie se trouvait contraint d'adresser, au nom du Roi, les plus pressants appels aux nobles de la province^.

Depuis l'emprisonnement du roi de Navarre, et en particulier depuis la capitulation d'Evreux, le rôle du dauphin parait singulièrement effacé. Tout ce qu'il prescrit pour la défense de la Normandie est inspire ou dicté par son père, dont il se borne à communiquer les ordres à ses baillis. On sait qu'il assista au siège de Breteuil. Il se peut

1. Froissart, IN', 270-271. Cf. S. Luce, Histoire de Bertrand du Guesclin. i56-i57.

2. Cliron. des quatre premiers Valois, tiG : « Pviis fit donner congié le roy Jehan à ses communes de ses bonnes villes. Dont ce fut folie à lui et à ceulx qui conseil lui en donnèrent, se disoienl plusieurs ».

Varin. Arvh. adin. de la ville de lieims, 111, 79, iG août i350, « en noslre dit liost devant lireleuil ». — « Lettres de laissez-passer délivrées aux gens de Tarrière-ban de Reims qui retournent dans leurs foyers ».

3. S. Luce croit (op. cit., p. 160) que les communes figurèrent «pour nombre » à la bataille de Poitiers.

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