‹ Histoire de Charles VChapitre 155 sur 381 · II. Froissart, V, 21 ; Gr. Chron., VI · texte numérisé non relu

II. Froissart, V, 21 ; Gr. Chron., VI

5. Quand le Baker de S. écrit ; « Inler nostros et montem (la hauteur occupée par les Français) erant ampla profundaque vallis et mariscus torrente quodnm irriguas. Ad satis angustum vadum principis turnia cum carriagiis torrentem preterivit etc. »

LE PLATEAU DE MAUPERTUIS 3l3

inférieure, où étaient déployées les « grosses batailles )> du roi Jean. De ce coté, un chemin, bordé de haies et de fossés, courait à flanc de coteau, qui, après avoir croisé la voie romaine, passait au-dessus de Maiiperliiis, — ferme ou maison forte, connue depuis le w" siècle, sous l'appellation nouvelle de la Cardincrie * — , et aboutissait à un gué du Miosson. 11 est probable que les Anglais poussèrent jusqu'à ce chemin, où leurs archers avaient un point d'appui et un abri. Le Prince, ne se trouvant pas encore suffisamment couvert, eut recours à des défenses improvisées, qu'il com|)léla pondant une suspension d'armes de quelques heures, due à l'intervention d'un légat du Pape '^.

L'escarmouche de la Chabotrie avait été pour le roi de France un trait de lumière, car depuis la Haye, il ne savait plus rien de la marche des Anglais. Déjà, il était arrivé au faubourg de Saint-Saturnin et s'apprêtait à entrer dans Poitiers; dès (pi'il apprit (jue le prince de Galles était derrière lui, il s'arrêta et toulc son armée fit face à la dircc-

(p. i!i']],\\ est manifeste qu'il vent parler de la vallée du Miosson; tons les traits de la descriplion portent. iSotez qu'il s'agit, non pas de la position occupée par les Anglais le dimanche, mais des mouvements effectues par eux le lendemain, le jour de la bataille. Le colonel Babinet a pensé que le chroniqueur avait « tout décrit, comme si tout avait été vu avec un verre grossissant )>; il a stipposé que Vatnpla profundaque vallis était la petite vallée sèche, s'ouvranl entre les hauteurs de ÎN'ouaillé et les positions françaises. Elle aurait été arrosée par un filet d'eau sorti de la « mare aux Anglais « {La Bataille de Poitiers-Mnupertuis d'après la chronique de Geffroy le Baker de S. — Bail, de la Soc. des Antiq. de l'Ouest. Deuxième série, t. VII, 1895, i" Irim.,

1. La monograpliie, très complète sur ce point, du colonel Babinet, à laquelle je me suis souvent référé, me dispense de donner une bibliographie du sujet. Elle me permet surtout de m'en tenir, sans plus ample discussion, aux résultats acquis. Si je me sépare de lui sur quelques points, c'est que l'étude des sources anglaises et l'examen du terrain m'ont conduit à tenir peu de compte du récit traditionnel de Froissart. — Ceci ne veut pas dire que je me flatte d'y avoir substitué un récit définitif et où tout soit clair ; trop de questions insolubles, trop de points obscurs, subsistent et subsisteront sans doute toujours. Mon confrère et ami, M. Henri Gaillard, professeur au Lycée de Poitiers, m'a fourni de très utiles indications. 11 a bien voulu contrôler sur place, seul ou avec moi, le résultat de mes premières recherches. Je dois à son amicale collaboration la minute de la carte topographique, qui se trouve à la fin de ce volume. Les noms, ajoutés à ceux qui figurent déjà sur la carte de l'Etat Major, ont été empruntés au plan cadastral de la commune de Nouaillé et repérés sur le terrain par M. Gaillard.

2. Froissart, V, 29 : «... et fisent fosser et haier leurs arciers autour d'yaus, pour estre plus fort... » — Chron. des quatre premiers Valois, ig : « Le prince de Galles... print une forte place à \cnir combatrc et se hourda de son caroy ».

tion présumée de l'attaque. Ce changement de front demanda du temps. i( Si fut ce samedi moult tard, dit Froissart, avant qu'ils fussent tous logés » '.

Le dimanche matin, les Français occupaient déjà, entre Maupertuis et le Miosson, les positions qu'ils devaient garder jusqu'à la bataille-, lorsque les Anglais se montrèrent à la lisière du bois de Nouaillé. Le roi de France, qui avait le plus vif désir d'en venir aux mains avec ses adversaires, prit aussitôt ses dispositions. (( Si sonnèrent les trompettes parmi l'ost ; dont s'armèrent toutes gens et montèrent à cheval et \inrentsur les champs là où les bannières du roi flottaient et étaient arrêtées, et spécialement l'oriflamme que portait messire Geoffroy de Charny. Là, pouvait-on voir grande noblesse, de belles armures, de riches armoiries, de bannières et de pennons..., car là était toute la fleur de France; nul chevalier, nul écuyer n'était demeuré dans son hôtel, s'il ne voulait être déshonoré » 3.

Par les soins du connétable, Gautier de Brienne '• et des deux maréchaux ^, l'armée est partagée en trois échelons '', formation tactique traditionnelle, qui, par les Byzantins, remontait jusqu'aux Romains '. La première de ces c grosses batailles », — dans laquelle figuraient aussi le comte d'Anjou et le comte de Poitiers, — fut placée sous les ordres du dauphin. Le frère du Roi, le duc d'Orléans, devait commander la deuxième; Jean 11 prit en personne le commandement de la troisième ^.

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