Voy. la noie ci-dessus
3. Elle se fonde principalement sur les chroniques de Jean le Bel (II, 233-.!3/i) et de Froissart (V, 26-27), •!"'' ne disent pas en propres termes que le prince de Galles cherchait à se dérober par la fuite à une action inégale, mais le montrent disposé aux plus grandes concessions puur éviter la bataille. On se rappelle le mot de Froissart sur le prince, qui « se hàlait durement » pour rentrer en Guyenne (V, il). Enfin, le héraut Chan los lui prête jusqu'au dernier moment des intentions pacifiques (V, 10GD-10G7).
t,. Colonel Babinet, op. cit., p. 109, n. i. — Le P. Denille, qui a utilisé le premier certains documents anglais (Chron. de Le Baker de S., Lettre du prince de Galles à la municipalité de Londres), en a pris les assertions et les moindres détails trop à la lettre, par suite d'une réaction explicable contre les erreurs et les exagérations de Froissart.
5. Lettre du Prince : « ... et mindasines noz descovreres que Iroverent lui (le roi de France), od son poair, presl bataille es champs à une lue de Pcytiers ». Qu'estce que celte <( lieue » .•' Un mille anglais (i.Goy-) ou 3 milles (league), la lieue an-
LE PLATEAU DE AlALPERTUIS 211
être donnés, le malin, par le prince de Galles, soit pour une marche offensive, soit, ce qui est beaucoup plus probable, pour une retraite; l'événement en rendait l'exécution impossible. Il fallait prendre position au plus vite, et tirer le meilleur parti possible d'un terrain, qui se prêtait bien à la défensive.
glaise, à supposer qu'elle fût usitée au xiv' s.? Il est à remarquer qu'il est question ici de la distance à laquelle le roi Jean se trouvait de Poitiers. — Les Grandes Chron.^ VI, 32, parlant de la bataille qui s'engagea le lendemain, disent : « Et pour ce s'en ala (le cardinal de Périgord) à Poitiers, qui estoit à deux petites lieues du lieu où le dit roy de France et son osl estoicnt, d'une part, et le dit prince de Gales el son ost, d'autre part, lequel lieu estoit assez près d'un cliastel de l'evesque de Poitiers appelle Cliavigny ». Chavigny doit être corrigé en Savigny. Il s'agit de Savigny lEvescault (Vienne, arr' de Poitiers, c°" de Saint-Julien l'.Vrsl, où Jean II passa la nuit qui suivit sa défaite. L'édition de P. Paris porte : Chauvigny, ce qui pourrait autoriser une confusion. Remarquez les mots asse: près, c'est à-dire très près.
La « Petite chrunupie française de l'an 1270 a l'an iSSO», publiée par Douet d'Arcq, désigne Sa>igny d'une façon très précise : « Dont il advint que le x\' jour de septembre ensuivant (corr. : le xix" jour), les deux os (armées) pristrent terre assez près de Poictiers, aussi que à que (sic : 1 ou 11 ?) lieue, c'est assavoir entre ung manoir de l'evesque de Poictiers qui a nom Savigny le Veslal (lire : le Vtscal, l'Evescal), et un bois hault qui est de l'abbaye de Noally. et est appelé Borneau. Auquel bois s'estoient cmbucliez la plus grant partie de s ennemis » (Mélanges de la Soc. des Bibliophiles français, Paris, i88(J, p. 27-28 du tirage à part). Ni le moine de Malmesbury {Eulogium. p. 222), ni Le Baker de S , p. 1^2, n'apprennent rien sur le lieu de la rencontre. A noter, cependant, que VEulogium confirme le témoignage des Gr. Chron. quant à la distance de Poitiers à lacjuellc le contact fut pris : « Die dominica... princeps iter suum direxit ad Peylers ad 11 miliaria iilius terre (deux lieues de pays, deux lieues françaises). Ibi enini audivit nova quod rex Francia? ipsum expeclabat in piano campo cum cuneis suis dispositis more bellicoso ». Thomas Gray dit : « Le dymange suaunt, le prince se trey devers Payteris, ou, en chemynaunt, sez descoverours luy vindrent nouncier qe l'ost le roy de France en counray dez batails estoit près venuz en un lieu englés (c'est-à-dire que cette armée n'était qu'à une lieue ou à moins d'une lieue de l'armée du Prince). » Il semble bien qu'il s'agisse ici d'un simple mille.
La distance entre les deux armées est évaluée à peu près de la même façon par Knighton : « ... et subito tenuil se Irex Franciip) cum exercitu suo quasi per unam leucam (un mille anglais) ab exercitu principis n (Chronicon, 11, 8S). Villani l'exagère, ou plutôt il indique la distance de l'armée française à Poitiers : « E misonsi a campo presso al campo del Duca a meno di due leghe Parigine »(lib. Vil, cap ix. — Muratori, XIV, col. 'iii).
Si de Poitiers comme centre, avec un rayon de 8 kilomètres, on décrit une circonférence, elle passe à 6 ou 700 mètres au N.-E. de Beauvoir, coupe la voie ferrée de Poitiers à Montmorillon, à 5oo mètres de la station de Mignaloux-Nouaillé, croise la voie romaine, dont un tronçon existe encore et est utilisé près de ladite station, traverse le bois de Nouaillé, passe à « la Croix de la Garde )^ au point culminant (coté 127) de l'ancien « Champ » ou « ïénement d'Alexandre » etc. — Il est à remarquer cpit. tout près de la gare de Mignaloux-Nouaillé, on atteint une cote dominante (i38°), qui permettait aux éclairt-urs de bien voir le terrain en avant.
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Les Anglais venaient cratteindre le sommet d'un plateau, qui, au sud, se termine assez brusquement sur le Miosson, l'un des afïluents du Clain, — la rivière de Poitiers ', — tandis qu'il finit au nord en pente douce. Sur leur gauche, était un grand bois : le bois de Nouaillé, qui portait déjà et a conservé le nom d'un village poitevin et d'une très ancienne abbaye bénédictine -. En avant d'eux, des vignes ou des broussailles 3, offraient une protection naturelle contre la cavalerie, qui faisait toute la force de l'armée française ^. A l'ouest, une vallée aux versants faiblement inclinés, et que n'arrose aucun cours d'eau 3, les séparait dun autre plateau, d'une altitude à peine
1. Le Miosson, qui prend sa source au centre du bassin qui sépare la Vienne du Clain, n'a que 5 lieues de cours. Il se jelte dans le Clain. au village de Saint-Benoît (Vienne, arr' et c°° de Poitiers). C'est au Miosson. évidemment, qu'Anglais et Français menaient boire leurs chevaux pendant les heures qui précédèrent la bataille :
« Et, à ce que je entendi « L'un devant l'autre se logèrent « Et si très près se herbergerent « Qu'ils abuvroient, par saint Pierc, « I-our chivax à une rivière ».
(Le Héraut ClumJos, v. 761-765.)
2. Petite chronique française, déjà citée: «... entre ung manoir de l'evesque de Poicliers qui a nom Savigriy le Vestal (l'Evescal) et un bois hault qui est de l'abbaye de Noally et est appelé Borneau. Ouquel bois s'esloient einbuchez la plus grant partie des ennemis ». Il est certain que le bois de Nouaillé a été utilisé par les Anglais, surtout avant la bataille, plus qu'on ne l'a marqué jusqu'ici. — Chronographia, H, 259-260 : « ... rex Francie Johannes sic insecutus est diclum principem AVallie, quod repperit eum inter civitatemPictavensem et Chauvegniacum cum sais hominibas in memoribus locatum, in platea que gallice Maupetrix nuncupatar ». Cf. Chron. normande, p. 112.
J'avais cru, tout d'abord, que Borneau était le nom ancien du bois de Nouaillé. Mais le bois Borneau, qui appartenait également aux religieux de Nouaillé, est situé au sud du Miosson. Il lait partie intégrante du Bois des Renardières (Arch. de la ^ienne. Fonds de Nouaillé. Liasse 07). Peut-être Borneau at-il été mis ici par erreur pour Bernon, qui pouvait être boisé au xiv" siècle. Voy. L. Rédet, Dictionn. top. de la Vienne, v» Bernon : « Barnon silva, 11 19 ».
Une tradition recueillie par les auteurs du Gallia Christ., t. Il, col. i2i3, avait même perpétué, avec une exactitude relative, le souvenir des faits « Commissum est praelium, écrivent-ils, in exlrema parte saltus IVobiliacensis, ubi etiamrium Anglorum castra fossis muuita cernere est... » Retenons seulement les mots : «m extrema parte saltus Nobiliacensis ».
3. Gr. Chron., VI, 32 : a Et esloit l'os du dit prince logié en un fort paiz de haies et de buissons ».