‹ Histoire de Charles VChapitre 170 sur 381 · LA JOURNÉE DL' IQ SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DL' IQ SEPTEMBRE

Le Koi avait confie la garde de ses fils à quelques chevaliers d'une valeur éprouvée. Il est peu probable qu'il leur eût recommandé d'avance de les conduire en lieu sur, si les hasards de la lutte mettaient leur vie ou leur li!)erté en péril, car il u'avaitpas prévu la défaite. Kutil soudain l'intuition que tout était perdu et donna-t-il l'ordre de les emmener loin du champ de bataille ? Peut-êtrej car divers textes en témoignent 1. Mais il n'est pas invraisemblable que ceux: qui avaient mission de veiller sur les jeunes princes aieiit agi d'après leur propre inspiration, tant les circonstances étaient pressantes. Assaillie de doux cotés à la fois, la bataille du dauphin avait été finalement enfoncée et

Dcsconfircnt les mareschalx

Et trcslouz les armez cliivalx

Devant ([ue poist estrc tournée

L'avant-garde et repassée,

Car jà fut outre la rivière... »

Pour prendre à revers la ligne française, Warwick a dû utiliser le « Gué de Ilusson )', et non point le « Gué de l'Homme».

I. La version officielle est donnée par les Grandes Chroniques et aussi dans une lettre adressée, le i" octobre i356, aux habitants des villes de son gouvernement par le comte d'Armagnac, alors lieutenant du lloi en Languedoc. — Gr. Chr , Vl,33 S/i : « Et de la dicte besoigne l'en fist retrairc le duc de Normandie ainsné filz du Roy, le conte d'Anjou et le conte de Poitiers ses frères, et le duc d'Orliens frère du dit Roy » — Le comte d'Armagnac écrit aux consuls de Nîmes : « Mossenhor lo duc de Normandie, moss. d'Anyo et de Peyto, lo duc d'Orlhics, de comandamen del Reys nioss., se so salvatz... « (Arcli. commun, de Nîmes, LL. i, fol. /jS"»; 7 octobre i35G. — Impr. par Ménard, Ili^t. de l\'iines, t. 11 [1751]. Preuves, p. 182). — Mais il semble que l'opinion publique fût défavorable aux jeunes princes ; elle leur reprochait précisément une docilité bien grande à des ordres qu'ils eussent été excusables de ne pas respecter. (( Si crurent legierement chiaus qui les gouvernaient », dit Froissart (Y, !ti). Ce n'est évidemment pas là un éloge. Quant à V'illani, il est fort dur pour le dauphin et le duc d'Orléans : << II Dalfino di Vienna, e'I Duca d'Orlietisa, c'havaneo più di cinquc mila cavalieri, e'I Re appresso con soi mila in sua compagnia, havendo sentito la rotta délie due prime scliicrc, corne villssinii e codardi, havendo ancora due tanti, e più di cavalieri c di Baroni freschi, e ben montali, c essendo i nemici slançlii per le due battaglie; tanta paura entrù ne' loro aninii riniessi evili, che potendo ricoverare la baltaglia, non n'hebbono quore di fedirea'nemici, ne vergogna d'abbanilonare il Re, ch'era appresso di loro in sulcampo ne l'altra Baronia di Francia E sanza ritornarsi a dietro a far testa col Re insieme, e sanz' essere cacciati, si fuggirono del campo... degni non di titoli d'honoré, ma di gravi pêne, se giuslizia havesse forza in loro ». (Lib. Vil, cap. xvu ; Muratori, XIV, col. '\i6).

Le témoignage le plus favorable au dauphin est celui de la Chron. des quatre pretniers Valois : v. Ains que le roy fut prins, quand il aperçut que la bataille estoit doubleuse, il manda à son ainsné filz Charles duc de Normandie que, sur quanque il amoit et doubtoit, il se retraist à Poitiers, combien que moult envys le feist. Mais il convinst qu'il obeist à son père, comme raison estoit «.

dispersée. Nul espoir de la rallier. Le porte-étendard du duc de Normandie. Tristan de Maignclay, venait de tomber aux mains de l'ennemi '. C'est alors, sans doute, que couverts ou non par un ordre formel du Roi, Guichard d'Angle, Jean de Landas, Thomas de Voudenay, le sire de Saint- Venant, — les trois derniers spécialement attachés à la personne du dauphin, d'autres, encore, dont les noms ne sont pas connus, arrachent les enfants de France de la mêlée et les acheminent, sous bonne escorte, dans la directionde Chauvign\ "-. Leur mission remplie, les plus braves d'entre eux reviennent combattre aux côtés de Jean ]l^, seul bientôt aux mains avec les Anglais, car dans l'intervalle, la situation s'était beaucoup aggravée.

La deuxième bataille, celle du duc d'Orléans, avait été prise d'une panique inexplicable. Les hommes d'armes qui la composaient avaient lâché pied avant d'avoir joint l'ennemi et s'étaient réfugiés derrière la bataille du Roi ^, rejetée, elle-même, après un assaut furieux, dans ce « Champ d'Alexandre »•% où Jean II devait être fait prisonnier.

1. Chion.de [ioberl Lescol. Ajipendicc.n" \iv. — Arch. iiat. JJ. 89, n" i6q; JJ. <|i, n" Z199. — Sur Jean dit Tristan de Maignclay. voy. P. O. ivy'i, d. ^o. 5^7 et S. Lucc, Ilist. de Bertrand Du GucscUn, p. 8, n. i.

2. Sois trop Ijonnc escorte même, car le départ des enfants du Roi entraîna une véritable désertion du champ de bataille : « Ensi se partirent, par conseil, li troi enfant dou roy, et avoccqucs yaus jdus de huit cens lances sainnes et entières, qui onques n'approcièrent leurs ennemis et prisent le chemin de Chauvegny «(Froissart, V, '11-^2). D'après le man. d'Amiens (ibid., 2C8 , il faudrait même compter 1.600 et non pas seulement 800 lances.

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