‹ Histoire de Charles VChapitre 169 sur 381 · LA JOURNÉE DU IQ SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LA JOURNÉE DU IQ SEPTEMBRE

mont, quelques-uns à peine arrivèrent sur la position anglaise et purent forcer le passage ; aucun d'entre eux ne réussit à joindre les hommes d'armes, places en deuxième ligne, et tous à pied comme à Crécy*. La plupart restèrent sur le terrain, mortellement frappés ou réduits à l'impuissance parla chute de leurs montures et à la merci des Anglais. Audrehem ne perdait pas moins de monde, soit en débouchant des Bordes, soit en s'allaquant aux archers de Warwick. Quekiues instants avaient suOi pour désorganiser et aniiiiiilcr une troupe d'élite, qui avait chargé avec beaucoup de bravoure et d'élan. Le connétable et l'un des deux maréchaux étaient parmi les morts"-; Arnoul d'Audrehem était blessé et prisonnier •^.

L'échec, pour douloureux qu'il fût, ne préjugeait pas le sort de la journée. L'avant-garde seule avait été mise hors de combat; les trois grosses batailles formées par Jean 11 demeuraient intactes. Déjà la première, placée sous les ordres du dauphin, abordait le glacis en pente douce qui remontait vers la position anglaise, lorsque refluèrent en désordre les rares survivants de la charge des maréchaux. Alourdis par leur armement, combattant à pied pour la première fois, heurtés par les fuyards ou par les chevaux sans cavaliers qui se précipitaient au milieu d'eux ^, les chevaliers et écuyers français sentirent passer comme

Guesclin, p. lyi : « On ii"y pouvait pénétrer (dans le cam£)emcnl anglais) que par un étroit ravin où quatre hommes d'armes auraient pu à peine s'avancer de front, et ce ravin était bordé de haies épaisses où s'étaient embusqués les arcliers ». L'imagination des historiens, comme l'imagination populaire, est quelquefois dupe de ces grossissements : le ravin d'Oliain, à Waterloo ; les carrières de Jaumont, sous Metz, etc.

1. Froissart, V, 36 : « 11 y eut bien aucuns chevaliers et eicuiers bien montes, qui par force de chevaus passèrent oultre et rompirent la haie, et cuidierent approcier le bataille dou prince et ses banieres ; mes il ne peurent ».

2. Citron, des quatre premiers Valois, p. 02 : « Mais le mareschal de Cleremonf, qui fut courcié des paroles dictes devant le Roy, tint estât contre les Angloiz... Et là furent occis le bon mareschal de Clcremont, car onc ne se voult rendre ». Cf. Le Baker : « In conflictu forliter agcntcm mors non inulta Claromonlanum, nec dedicioneni nec fugere dignantem, rébus humanis exemit » (p. i48).

3. Froissart, V, 30-37. 11 fut pris par une bande de Gascons, dont quatre chevaliers (Menant de Bern, Bertrand de Prichac, Bernard Doudena et Loubat d'Orthez) et trois «valets » ou écuyers (Jean Bocoyran, Bernard du Casset et Lancelot de la Trau). Ils le cédèrent au roi d'Angleterre pour la somme de i2.ooo florins (P. R. O., Pells Issue Rolls, 32 Edw. III. Michaelmas, m. 17, i4 nov. 1307).

!t. Kohler, op. cit., II, p. 44i. — J. W. Fortescue, A history of the British army, p. 4i : « It vvas a cliarge of mad animais, the most terrible of ail charges and the hugc baltalion fell into confusion before it .. »

un vent de panique. Pour les ressaisir, il aurait fallu l'autorité d'un chef moins jeune et plus expérimente que le dau})hin. Le fils aîné du roi de France faisait, en réalité, ses débuts à Poitiers, et il ne put être que le témoin impuissant d'un grand désastre.

Les hommes d'armes, dont il avait le commandement, ne firent pourtant pas mauvaise contenance, les premiers rangs surtout qui se battirent avec acharnement, mais vinrent se briser contre les mêmes obstacles, où avait échoué l'avant garde. Les chroniqueurs anglais reconnaissent que ce deuxième assaut fut autrement sérieux et meurtrier que ne l'avait été le premier *. Une contre-attaque obligea les Français à la retraite- ; elle se fit d'abord en assez bel ordre ^ et ne dégénéra en déroule, que lorsque le corps de Warwick, remonté de la vallée du Miosson, prit en flanc la bataille du dauphin, déjà ébranlée et à moitié rompue '^

1. Le Baker, p. i/iy : i< Nec niora (après la charge des maréchaux), progrcditur acies altéra Galllcorum quam produxil primogenilus coronali Francorum, puta Delfinus Viencnsis. Apparatus hujus aciei fuit lerribilior alque veeinencior quam faciès belli prlmitus reprebsi ; non lamen potuit Icrrcre nostros avidos honoris et exaspérâtes seipsos aut socios prius sanciatos vindicarc. Set audactcr utrlnque congrediuntur... et quamvis diiicius ista prior tiirma nostris resistcbat, lamen, post stragem magnam suorum, /a/em sapienles iiderunl caulelam, qualein non fugam set pulcram rclraccionein invincibiles are Galli sunl assueti vocilare... » Voy. encore p. i5o.

Le moine de Malmesbury rapporte également qu'on se battit avec un acharnement inaccoutumé [Eulogiwn, 111, 226) : « ... ita, quod inauditum est quod aliqua conflictio per tanlum tcmpus iiislaret. In antiquo tempore ad tertium acI quartum vel iillimo ad sextiim tractum unius sagiltai homines scircnt continue quie pars triumpharct, scd ibi unus sagillarlus c emisil cum providcntia et adhuc neutra pars ccssit allcri... »

2. Froissarl, V, Sy-SS : « El montèrent à clle^al li plus, et s'en partirent ; car il descendirent une route d'Englès de une montagne, en costiant les batailles, tout monté à cheval, et granl fuison d'arciers ossi devant yaus, et s'en vinrent ferir sus ele sus la bataille le duck de Normendie ».

3. Voy. ci-dessus, note i, les mots soulignés dans la citation de la Chronique de Le Baker.

Ce sont les derniers rangs (jui se débandèrent les premiers : « Cil qui derrière esloient et qui le mcschicf \coicnt et qui avant passer ncpooicnt, reculoientct venoicnt vers la bataille dou duch de Normendie qui estoit grande et espessc parde\ant; mes tantost fu esclarcie et dcspessic par ilerrièrc, quant il entendirent que li mareschal estoienl desconfi ».

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