Froissart, \, 5i
OÙ j'ai forfait tout mon bien ». — d Je me rends avons», lui dit Jean II, et, poui- gage de sa parole, il lui donna son gant droit ^
Ce rapide dialogue s'était échangé au milieu d'un incroyable tumulte, et, lorsque Denis de Morbecque voulut emmener son prisonnier, il n'y put réussir. Vingt voix criaient à l'envi : u Je l'ai pris ! Je l'ai pris ! » - Vainement le roi de France, arraché des mains de Denis de Morbecque, saisi brutalement et peut-être jeté à terre 3, s'efforça it-il de calmer ces furieux, en leur répétant qu'il était assez grand personnage pour les enrichir tous '*. On ne sait comment aurait fini cette scène scandaleuse, si le prince de Galles, entendant un grand bruit, n'avait envoyé quelques-uns de ses chevaliers pour s'enquérir de ce qui se passait, lis parvinrent à dégager le Roi, mais leur intervention ne pouvait seule imposer silence aux compétitions passionnées qu'avait suscitées la capture de Jean II. Au moment de quitter Bordeaux, l'année suivante, avec son royal prisonnier, le prince de Galles dut payer cent mille écus aux seigneurs gascons qui prétendaient avoir sur la personne du roi de France des droits égaux à ceux des Anglais ^. Quant à Morbecque, il eut à se défendre contre les revendications d'un rival obscur, mais obstiné et tenace, Bernard du Troy. Tant que ce dernier vécut, il soutint que le roi de France s'était rendu à lui, el à lui seul ''.
A Londres, sur son lit de mort, il renouvela sa protestation dans les termes les plus solennels, au moment de recevoir la communion qu'un prêtre lui apportait^. Pris pour juge du différend, Edouard 111 avait renvovéà une date indéterminée la solution de cette délicate affaire*^.