‹ Histoire de Charles VChapitre 174 sur 381 · LA CAPTLIIE DE JEAN II · texte numérisé non relu

LA CAPTLIIE DE JEAN II

jeune fils, — un enfant de quatorze ans — , revenu sur le champ de bataille d'où l'on avait vainement essayé de l'éloigner, annonçait à son père les coups qui le menaçaient : « Père, f^ardez-vous à droite! Gardez-vous à gauche! o lui criait-il '. Cependant le dénouement approchait. GeolTroy de Charny, qui portait la bannière royale, venait d'être tué '-. Le Roi, atteint de deux blessures au visage -^ ne voyait plus que des ennemis autour de lui. De toutes parts on lui criait : « Rendezvous, rendez-vous, ou vous êtes mort! » '* M était à craindre que, dans l'exaspération de la lutte, la voix de l'intérêt cessât de se faire entendre et que sa vie ne fût plus respectée.

Il y avait là, raconte Froissarl, un chevalier originaire de Saint- Omer, appelé Denis de Morbecque, et passé depuis cinq ans au service des Anglais ^ Poursuivi, dans sa jeunesse, pour faits de guerre privée, accusé d'un meurtre, il avait dû s'exiler du royaume de France, oîi tous ses biens avaient été confisqués. Grâce à sa vigueur, il réussit à fendre la foule et dit au Roi en bon français : « Sire, sire, rendez-vous ! » ^ A bout de force, sentant l'inutilité dune résistance plus prolongée, Jean 11 lui dit : « A qui me rendre, à qui ? Où est mon cousin le prince de Galles? C'est à lui que je vomirais parler ». — « Sire, répondit Denis de Morbecque, il n'est pas ici, mais rendez-vous à moi, je vous mènerai vers lui ». — « Qui êtes-vous », dit le Roi ? — « Sire, je suis Denis de Morbecque, un chevalier de l'Artois, mais je sers le roi d'Angleterre, parce que je ne puis servir le royaume de France,

1. Villani, lih. VU, cap. xviii, Miiratori, \[V. col. ^17 : « Ma senlendosi a lato Messcr Gianni (sic) suc piccolo fitrliulo, comandù che fosse menalo via e IraUo délia baltaglia.il quale per comandamento del Re essendomonlato a cavallocon alqiianti in sua conipagnia e partito un pezzo, il fanciullo liebbe tanta onta di lasciare il padrc nella ballaglia,clie ritornù a lui; enon poteudo adoperare l'arme, considerava i pericoli del padre, e spesso gridava : « Père, <juardé vous »,a destra o a sinistra, o d'altra parte, come vedea gli assalitori ».

2. Froissart, V, ôi. — Gr. Chr., VI, 3,^ : « Et là furent mors : ... Monseigneur Gioffroy de Charny qui portoit l'oriflembe... »

3. Lettre du comte d'Armagnac aux consuls de Nîmes : « ... e es nafrat (le Roi) el visatge de iiplaguas... » — Chron. des quatre premiers Valois, 56 : « Mais le bon roy demoura en champ viguereusement combatant et fut de coup d'epée navré en viaire ».

Page 1