‹ Histoire de Charles VChapitre 200 sur 381 · S. Luce, Froissart, V, xxii, n · texte numérisé non relu

S. Luce, Froissart, V, xxii, n

LA r.UERRE E> NORMANDIE ET EN BRETAGNE 367

de la vaillante cité bretonne; il s'eiïorra do la faire secourir'. D'autre part, c'est à Rennes que la personnalité de du Gucsclin se dégage de la légende. Hardis coups de main contre les lignes anglaises, défense obstinée et ingénieuse quand Bertrand, réduit longtemps à une guerre de partisans, a réussi à pénétrer dans la ville, tous les exploits, en un mot. qu'a popularisés la chronique riméo de Cuvelier. ne sont pas uniquement des fictions épiques. Le duc de Normandie a connu les moindres péripéties du siège de Hennés. Il a su le rôle considérable joué par l'écuyer breton, à qui, moins de quinze ans après, il devait donner l'épée de connétable. Dès la fin de l'année iSôy, il proclamait et récompensait c la constance, l'intelligence et la loyauté » avec lesquelles du Guesclin avait défendu la place contre « les ennemis du Roi et du pays » '-.

1. Guillaume de Craoïi. lieulcuaut du (iaii[iliiii eu Anjuu, Maine, elc, paraît avoir reçu celle mission, mais c'est surtout Tliibaut, sire de Uocliefort. qu'on employa à entraver les opérations du duc de Lancaslre. Voy. Arch. nat., JJ. 87. n" ^-, fol. 18-18'° (Gisors, août 1307) : <( ... nostrc araé et féal clie\alier cl lieu tenant es parties d'Anjou et du Maine, de Poictou cl de Toviraine, messire Guillaume de Craoti, pour le temps qu'il estoil esleu et ordenné cappiUiinnc i>our lever le siège de Rennes, aie. ». — On a des renseignements plus précis sur Thibaut de Rocliefort : « Comme par nos autres lettres, nous aions ordonné nostrc amé et féal le sire de Rocliefort capitaine es parties de Bretaigne au nombre de mil hommes d'armes et cinq cens archiers à avoir et tenir sous son gouvernement par deux mois ans gaiges de Monseigneur et nostres pour secourre la ville de Renés qui csl assiégée des ennemis de nostrc dit seigneur et noslres etc. ». (Lettres du dauphin, du (idée. i35(), àJean Chauvel (ou Chauveau), trésorier des guerres, publ. par Dom Morice, .Vf'moj'rps pour servir à l'histoire de Bretagne, I, [i7'r-!], col. i5i3-i5i.'i). Son quartier général était à Vitré. Cf. Clairambault. xcvi, n° y5 (20 déc. i356); cvi, n" iGG (.'1 avril 1357); lxxxvi, n° '|5 (5 avril m. a.); wi, n° 168 (f) a%Til m. a.); lxxxvi, n' i'i6 (i3 avril). Un mandement de Thibaut de Rochefort, du 20 déc! i356, à Jean Chauvcl, est relatif au paiement des gens d'armes et archers qui sont ou seront « soubz son gouvernement pour le fait du présent siège qui est devant la ville de Rennes ». Cf. S. Luce, Hist. de Bertrand du Guesclin, p i()2-i93.

Charles de Blois, qui fut constamment aux côtés du dauphin pendant la durée du siège, fît tout ce qu'il put pour le déterminer à envoyer des secours à la place assiégée. Cf. Chron. des quatre premiers Valois, p. 69 : « Pour lors (à la fin de t350) vint Charles de Blois à Paris pour avoir secours à lever le siège de Renés. Mais il failli pour la discordance qui fu entre le conseil du Roy et du duc et des trois estas ». La délivrance de Rennes mit sur pied un certain nombre d'hommes d'armes, mais qui se contentèrent parfois de piller le pays environnant comme allaient je faire les « Compagnies ». (Arch. nat., JJ. 8g, fol. 18, n° 37 ; Gisors, août i357 ; fol. 58", n° 128; même date).

2. Paris, 6 décembre 1357. Lettres de don à Bertrand du Guesclin d'une rente annuelle viagère de 200 livres tournois à prendre sur les revenus de la ville et cha-

3G8 LES ÉTATS GÉ>JÉRAI X DE l356 ET DE iSÔ"]

IV. — Le lundi, 5 décembre, le duc de IVormandie partit pour Metz se rendant auprès de son oncle l'Empereur. Il voulait lui parler, disent les Grandes Chroniques, et avoir son conseil, tant sur le gouvernement du Roy, son père, comme de pluseurs autres choses »'. Evidemment, il n'y a rien, dans ce passage, qui ne soit exact, bien que la vérité n'y soit pas dite tout entière. Les motifs pour lesquels le voyage de Metz fut entrepris ne sont pas indiqués, et ils valent la peine d'être précisés. Si l'on veut interpréter la démarche du dauphin, plus équitablement qu'on ne l'a fait en général 2, il faut se rappeler quels étaient, depuis dix ans, les rapports de la France avec l'Empire.

Quand le fils de Jean de Bohême, Charles de Luxembourg, eut été élu roi des Romains, grâce à l'appui du roi de France et du pape Clément VI, les Valois crurent, sans doute, qu'ils auraient en lui un allié complaisant, disposé à servir en tout leur politique. Beau-frère de Philippe \\ et de son fdsaîné, le duc de Normandie, il était uni à la famille royale par des liens étroits, que les souvenirs de son enfance pouvaient resserrer encore. Elevé à la cour de France, il y avait eu pour maître l'abbé de Fécamp, qui, devenu pape sous le nom de Clément VI. avait tant contribué à son élection ^. Au début de son règne, il avait échangé

tcllenie de Saint-Jamcs-de-Bcuvron : ci ... par considération delà loyauté et vaillance de noslre amé et féal Mons. Bertran du Guerclin, chevalier, sire de Broon, et des loyaux et proufïitables services qu'il a faiz à nostre dit seigneur et à nous, especialmenl et de[rreniermcnt en] la garde et deffence de la ville de Renés, en laquele il a esté par lonc temps assegiez, par les grans constance, sens et loyaulté [duquejl la dite ville a esté sauvée et deffendue des ennemis de nostre dit seigneur et du pais...» (British Muséum, Additional Charters, n° 18.- Ane. collection de Courcclles. —- Texte publié incomplètement par S. Luce, d'après une copie de M. J. Lemoine, dans la Bihl. de l'Ecole des Chartes, i8yi, p. G17-G18).

Du Guesclin ne fut fait chevalier qu'à la fin du siège de Rennes (juillet i3b-) et par Charles de Blois lui-même (Jean Lemoine, Du Guesrlin armé ciiei'alier, dans Bihl. de l'Ec. di-s Charles, t. LVI, i8ij5, 8'i-8ij).

Page 1