PROROGATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX
il était fatal cju'il les retrouverait pins forts et plus hardis. Les dispositions de l'ccheNinagc parisien ne lui laissant aucun espoir, le prince revint aux anciens errements de la royauté, en députant ses conseillers dans les bailliages, pour tirer des bonnes villes les secours pécuniaires qui lui étaient refusés à Paris *. C'était une fa<;on de procéder peu expéditivo, et surtout aléatoire, car le dévouement au Hoi, le loyalisme ardent (pie les Etats de la langue d'oc venaient d'affirmer avec éclat, s'ils n'étaient pas des sentiments inconnus au reste de la France, n'y avaient pas provoqué le même élan, ni suggéré les mômes sacrifices -.
m. — La bataille de Poitiers avait eu son contre-coup en Normandie, où elle avait encouragé les Navarrais et accru l'audace de Godefroy d'IIarcourt. Une première rencontre fut favorable à Godefroy. Amaury de Meulan, le lieutenant du dauphin, fut haltu el se fil prendre au gué de Rupalay 3, non loin de lembouchure de la ^'ire, sur les limites du
1. lir. Chron., VI, Vi : »< El pour ce onleua (iii'il cmoieruit certains des coiiscillicrs iIti Roy par les bailliages du royaume, pour requérir la dicte aide aus bonnes villes ». Secousse a proiné {Ordonn. des rois de France, III, p. Ivi et sui\.) que le 29 dcc. i356, sept semaines après la dissolution des Etats généraux de Paris, il s'était tenu, en Auvergne, une assemblée d"l£tals particuliers, qui avait accordé un subside. Il présume que ce subside avait été demamlé par un tic ces conseillers du Roi, envoyés par le dauphin dans les bailliages du royaume et que d'autres provinces de la langue d'oil avaient pu déférer aussi au désir du prince. Les Etals d'Auvergne, réunis à Clcrmont, dans le couvent des Jacobins, ne se séparèrent que dans les premiers jours de janvier t'ib- (Bibl. nat., P. 0. '|52, d. lo.iôC), Bollogne, n" 3 et V).
2. \ oy. dans les Gr. Chron., VI, 'ii-'|2,Ie chapitre intitulé : « De l'ordenance que ceuls de la Langue d'oc firent pour l'amour et redempcion du roi de France ». Les Etats de la langue d'oc, réunis à Toulouse en octobre 1 35(5, votèrent le subside nécessaire pour la mise sur pied et l'entretien de 5. 000 hommes d'armes, i.ooo sergents à cheval, 2.000 arbalétriers et 2.000 pavaisiers.« Et avecques ce ordenerent que homme ne femme du dit pays de Langue d'oc ne porteroit par le dit an, se le Roy n'csloit par avant deli\ré, or ne argent ne perles, ne veir ne gris, robes ne chaperons decouppez, ne autres cointises quelconques; et que aucuns meneslerieux jugleurs ne joueroient de leur mestier ». Mais les Etats de Languedoc ne perdirent pas de vue leurs propres intérêts. Ils mirent comme condition à l'octroi du subside la stabilité de la monnaie, déterminant minutieusement le type, l'aloi et le cours des espèces d'or et d'argent qui seraient frappées dans les ateliers monétaires du Midi, ainsi que le profit que le Roi pourrait tirer de l'émission desdiles espèces (Ordonn. des Rois de France, i. III, 88-89 et 99-110).
3. L. Delisle, Hist. de Saint-Sauveur-le-Vicomie, p. 90-91. — Rui^alay, c" d'isigny ; Calvados, arr' de Baveux, ch.-l. de c°'.
266 LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE 1 356 ET DE l357
Cotentin et du Bessin. Ce combat doit être rapporté, scmble-t-il, au mois d'octobre i356. Quelques semaines plus tard (novembre), les Français, conduits par Robert de Clermonl, marécbal du duc de Normandie, et le Baudrain de la Ileuze, maréchal de Normandie, avaient leur revanche, aux gués de Saint-Clément, tout près du théâtre du preniieT engagement, puisque les deux localités ont pu être confondues par des contemporains ' L'armée navarraise fut presque anéantie. Godefroy d'Harcourt succomba, après une belle défense, dont le récit est l'une des pages les plus émouvantes de nos anciennes chroniques 2.
Le k décembre, les défenseurs du Pont-Audemer qui, depuis de longs mois, tenaient la ville pour le roi de Navarre et avaient tant «pillé, robe et gâté tout le pays environnant », se décidèrent à capituler à des conditions, non seulement honorables, mais avantageuses 3.
On ne peut que noter en peu de mots ces événements militaires, de même que le siège de Rennes, commencé dans les premiers jours d'octobre. Lancastre, ayant échoué dans son projet de faire sa jonction avec le prince de Galles, s'était rabattu sur le Maine, puis sur la Basse- Normandie, où il se serait emparé de plusieurs petites places, notamment d'Avranches et de Saint-James-de-Beuvron. L'attaque et la prise d'Avranches se justifient assez difficilement, car la ville était au pouvoir des Navarraiset il fallut la restituer à Philippe de Navarre^. Enfin, le 2 octobre 1 356, le duc mettait le siège devant Rennes-'. L'événement ne saurait être ici passé sous silence, bien qu'on doive se borner à le mentionner. D'une part, le dauphin ne resta pas indifférent au sort
I. L. Dclislc. ihid., p. 91-99. — Ai'cli. nat., JJ. 8'i, n" 715, fol. 357''°-358 (février 1357) : (( Karolus etc., Nobis ex parle .lolianriis, domini de Feritate Fresnel et de Gacé, militis, fnisise expositum, quod cum ipse miper fuisset caplus per inimicos carissimi domiiii et geiiitoris iiostri et nostros, versus vadia saiicti Clemenlis, in (jiio loro dileclus et Jidelis nosler Alinaurricus de MeuUento, miles, similiter caplus exlilil )i. H s'agit ici de la première affaire, de celle qui eut lieu au gué de l\ui)alay.
:;. L. Deli.sle, op. et loc. cil. — Chron. des quatre premiers Valois, 06-67.
3. Gr. Chron., VI, /i5-.'i6. - Le Pont-Audemer dut être racheté. «Et si leur donna l'en encores (outre la faculté de se retirer avec leurs « biens « et leurs (( prisonniers ») VI mille florins à l'escu pour rendre le dit chastel » {Ibid., p. /(6).
Voy. Bibl. nat., P. O. 2.169, d. /18.880, Orléans, n° 3 (^5 février 1357) :«... Johan d'Orliens et Jolian le Villain, bourgois de Rouen, commis à recevoir le subside generalment ottroyé pour la reanchon du chastel du Pont-Audemer... »
!\. V. Ménai'd, Histoire religieuse, civile et militaire de Saint-James de Beuvron. Awanches, 1897, in-8°, p. 61 -6.;.