‹ Histoire de Charles VChapitre 266 sur 381 · Texte du traité · texte numérisé non relu

Texte du traité

Tous leurs biens qui avaient été confisqués seraient rendus à leurs enfants ou héritiers ^ ;

4° Qu'on fixerait ultérieurement le montant de l'indemnité réclamée par le roi de Navarre, — argent ou terre. On n'avait pu s'entendre sur cette question, ni sur quelques autres dont la solution était ajournée. Les prétentions de Charles le Mauvais étaient excessives, bien que, à son ordinaire, il ne les formulât pas clairement. Le bruit courait cependant qu'il aurait voulu obtenir, à titre de réparation, toute une province, — le duché de Normandie ou le comté de Champagne -.

Le roi de Navarre eut soin de faire consigner par écrit les concessions arrachées à 1 impuissance du dauphin, et qui, si elles ne lui donnaient pas encore une satisfaction complète, étaient déjà une revanche. Sur ces entrefaites, les Etals s'étaient séparés. La délivrance du roi de Navarre avait provoqué la retraite d'un grand nombre de députés. Ceux qui étaient restés n'auraient plus eu l'autorité morale nécessaire pour accomplir des réformes ou voter un subside. On les avait donc congédiés, en fixant à vingt jours après Noël l'ouverture d'une nouvelle session, au cours de laquelle il devait être statué sur les requêtes, provisoirement écartées ou réservées, que Charles le Mauvais avait l'intention de formuler ^. Dans l'intervalle, le dauphin devait envoyer en Normandie une « personne notable », pour veiller à l'exécution des promesses faites au roi de Navarre. Amaury de Meulan, seigneur de Neuf bourg, reçut cette mission ''.

1. Ce n'était que l'application d'une clause plus générale. On a plusieurs exemples de ces restitutions. Les biens de Maubue de Maincmares furent rendus à son frère Jean (Arch. nat.,JJ. 89, fol. 96, n° 2 15; janvier i358. — Secousse, Becueil, p. 70) ; ceux de Colin Doublel, à son frère également, Jean Doublet, prêtre (Arch. nat., JJ. 89, fol. 189", n° 33o; décembre i357). La terre du « sire de Graville » avait élé donnée à Jean Martel, « qui puis la rendi à l'oir de Graville » {Chron. des quatre premiers Valois, 87).

2. Gr. Chr., VI, 70 : « Et pour ce que le dit roy de Navarre requeroit pour ses injures, domages et interez grant somme de florins ou terre en lieu des diz florins. — et disoitren à part, jasoit ce que il ne feust pas dit clerement, que il pensoit à en avoir ou la ducliié de Normendie ou la conté de Champaigne, — il fuordené que l'en traicteroit avecques li de continuer ceste requeste jusques à un autre jour ».

3. Gr. Chr., ibid. — Lettre du roi de Navarre au comte de Savoie : « ... et là (à Paris) avons pris une journée à xx jours de Noël, oi^i tous les trois Estats du royaume de France doibvent estrc, nos dames (les deux reines), et pluseurs autres... » 11 invitait Amédée VI à se « trouver à ladite journée ».

/i. Gr. Chr., VI, 70. — Arch. nat., JJ. 8g, fol. i23, n° 289; i3 décembre 1007 : Secousse, Recueil 05-138. — Bibl. nat.. Fr. 26701, n° 122 (Paris. 18 déc. 1357). Man-

RKCONCILIATION I)L IVVIPIIIN A\EG I.F, ROI DE NAVARHE 333

Si précaire (juc fùl iino n'concilialion, (|ui l;iissail subsister les vieux griefs du roi de Navarre, cl à laquelle le duc de Normandie ne s'était résigné que par contrainte, elle n'en eut pas moins, au début, toutes les apparences de la sincérité. Les deux princes atTertèrent de se montrer souNcnt cMscniI)lo, mangeant à la niènie table, chez la reine Jeanne, dans l'iiôtel de l'évéque de Laùn,ou au Palais *. Kobert le Coq était toujours avec le roi et le duc, qui, d'ailleurs, se faisaient bon visage. Ils visitèrent en compagnie l'un de l'autre les reliques de la Sainte-Chapelle, et, à cette occasion sans doute. Charles le Mauvais, s'arrogcant le même droit (pi 'à Amiens, ordonna d'élargir tous les détenus qui étaient dans les dill'érentes prisons de Paris. La grâce s'étendit à « ceux (pii étaient en oubliettes, condamnés au pain et à l'eau », ~ les plus malheureux, mais vraisemblablement aussi les plus criminels "^.

Le mercredi, i3 décembre, Charles le Mauvais pailit de Paris, de très bon matin •'*, pour se rendre à Mantes, et de là à Rouen. On ne saurait dire si son départ fut motivé par une nouvelle, dont il pouvait avoir quelque raison d'être ému, et qui fut apportée à Paris au moment où son intimité avec le dauphin rappelait les beaux jours du Vaudreuil. « Durant ces choses, disent les (Grandes Chroniques, vinrent certaines nouvelles à Paris (pie le traité entre les rois de France et d'Angleterre était parfait, et qu'ils étaient d'accord ; et disait-on comnmnément que le roi de France serait bientcjt dans son royaume » '*. Si ces bruits étaient fondés, le roi de Navarre avait le plus grand intérêt à presser l'exécution de son propre traité, afin que le retour de Jean H ne remît pas en question les avantages obtenus.

dément du duc de Normandie aux généraux élus à Paris de faire « faire prest et paiement pour cinquante paies pour un moys » à Amaury de Meulan, seigneur de Neufbourg, « commiz et député à faire délivrer à nostre très cher et très amé frère le roy de Navarre ses chasteaux et sa terre ».

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