‹ Histoire de Charles VChapitre 329 sur 381 · Ihid · texte numérisé non relu

Ihid

5. //)((/. .• « En laquelle ville il fu moult honorez et seigncuriz par l'espace de x ou XII jours que il \ demoura (par conséquent jusque vers le i4 ou le 16 mai) ».

l). Ibid. .-((.. et volontiers en eussent fait aucuns de ceulz de Paris leur capitaine ou leur seigneur, comme faulx et mauvais qu'ilz estoient )>.

7. Ibid. : « Si fu dit au dit régent, de pluseurs nobles et autres, que le dit cvesque estoit faulx et mauvais ; et vérité estoit ; car par li estoient avenuz tous les mauls ou royaume de France. Etli requistrent que il ne fust plus à son conseil ».

KTATS GKM';itAl\ l)i; C* )\lI'li:f;>E 3q3

Un (Icrnier souvenir se rallachc aux Klats de rioinpicgnc, cl, non moins que les menaces faites ù llohcrt le Co(}, témoigne de la résolulion où étaient le fils aîné du Hoi et ses conseillers de persister dans l'attitude prise depuis le départ de Paris. Sur les instances d'Etienne Marcel, l'Université avait a<ce[)té de porter au dauphin des propositions d'accomniodomfMl. (/'est à Compiègne (pie vinrent le trouver le Uecteur et d(>ux maîtres de cliatpie Nation, précédés des grands bedeaux. Conformément à la mission (qu'ils avaient re^jne, « ils s'elForcèrcnt de fléchir le prince, et lui donnèrent l'assurance que les Parisiens étaient prêts à lui act-ordor toutes les satisfactions tpi'il ordonnerait, pourvu qu'il ne demandât la mort de personne. Le n'genl accueillit la députalion avec bienveillance; mais il ne consentit à rendre au\ Parisiens ses bonnes grâces qu'autant que dix ou douze, ou tout au moins cinq ou six, des personnages les plus compromis dans les troubles de Paris, lui seraient livrés. Il déclara d'ailleurs qu'il leur laisserait la \ic sauve* r.. Lors(|ue Marcel connut celte ré[)onse, il jugea non sans motifs a (ju'un pardon obtenu dans de telles conditions (jlfrait peu de garanties à ceux qui l'obtenaient » '-. 11 se prépara donc à la lutte, en fai.sant compléter les travaux d('fensifs, commencés au mois d'octobre i3ô(), après la bataille de Poitiers-'.

Au dehors de Paris, même insécurité et mêmes dangers, en attendant que le dauphin vînt blo([uer la ville plus étroitement. Après avoir pressuré la Beauce, le capitaine d'Epernoii courait tout le Gàtinais, ne se contentant pas de le piller, mais brûlant villes et villages, comme il le fit à (Jrès et à Nemours. Le plus étrange, c'est ([ue les ravages s'exer- (.aient sur des terres constituées en douaire à Blanche de Navarre. Or, dans ses sauf-conduits, James de Pipe s'intitulait c lieutenant du roi de Navarre », et ses relations fréquentes avec Charles le Mauvais étaient chose notoire '*.

1. Ch Jourdain, L'Uiiivcrsilé de Paris au temps d'E. Marcel, p. i5-i(). — Conlin. Chron. Gixill. de Nangiaco, il, aoi.

2. Ch. Jourdain, ibid. — Contiii. Chron. Giiill. de .Y., II. 25^1-255.

3. Conlin. de Richard Lescot, lai : « ... quod audiens (les projets du régent contre Paris) prepositus et sui complices Lnivcrsitatcni rarisicnscm ut mcdialriceni pacis ad euni dircxerunt que, rogans [ut] multitudini parccrct, iram cjus mitigarct, sed, quia quinquc vei sex de complicibus perpctrali sceleris punirentur dux petiit, hoc prepositus mercatorum et suis complices, sibi timenles, facere renuerunt, decernentes ut civitatem munirent per ambitum profundissimis fossatis ut sic eam deffenderent contra quoscumque viventes ».

4. Gr. Chr., VI, 108-109. — Grès; Seine-et-Marne, arr' de Fontainc!)leaii, c"' de Nemours. — Nemours; même dép', même arr', ch.-l. de C*.

Sg^ RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS

Tandis que ces déprédations se commettaient impunément', des lettres de Londres a})portèrent une bonne nouvelle, qui cependant ne fut pas accueillie avec une satisfaction unanime. Les lettres annonçaient que, le 8 mai, la paix avait été conclue entre les rois de France et d'Angleterre. Pour donner une marque publique de leur accord, les deux souverains « avaient mangé ensemble et s'étaient entrebaisés ». Que valaient, au fond, ces témoignages publics d'amilié ? En France, beaucoup de gens se montrèrent incrédules ou méfiants. Depuis trop longtemps il était question du rétablissement de la paix, sans que le pas décisif fût fait : on pouvait donc redouter qu'une dernière exigence n'entraînât une rupture. Enfin le sentiment, qui se traduira avec tant de force l'année suivante, commençait sans doute déjà à se manifester : c'est qu'il y avait une limite aux sacrifices compatibles avec l'honneur et rexisfence même du royaume. Avant de connaître le bienfait de la paix, d'une paix onéreuse, la France devait encore subir une invasion étrangère, et auparavant les horreurs de la guerre civile la plus sauvage.

IV. — Deux semaines après la clôture des Etats de Compiègne -, éclatait le soulèvement populaire, connu sous le nom de Jacquerie ^, dont il suffira de préciser ici les vraies causes et de rappeler, en rectifiant quelques dates, les principaux événements'*. L'impression qu'en avaient gardée les contemporains a été si fidèlement traduite par les chroniqueurs, que le mot même est devenu un terme générique, pour

1. (ir.Chron.,\l, loy :« Ets'cn retournèrent les diz ennemis m nu im jours après, sanz ce que aucun leur fcisl empeschement ».

2. En considérant l'ordonnance du i!\ mai comme l'acte final de la session.

3. Le 28 mai. Cette date, donnée par les Grandes Chroniques, est la vraie (V"l, no). Elle a été définitivement établie par Jules Flammcrm mt(La Jacquerie en Beauvnisis, p. I 'io, n 3) conlre S. Luce, qui faisait cf)mmencer la Jacquerie le 21 mai. (Hist. de la Jacquerie, p. J3 et n. 2 )

!i. L'Histoire de la Jacquerie a été écrite par S. Luce (Paris, A. Durand, 1869, in-8°). Une deuxième édition a été donnée après la mort de l'auteur (Paris, H. Champion, i8g4, in-8°). Le texte en est le même que celui de la i'° édition ; mais on y a joint un très important appendice : extraits des chroniques, lettres de rémission originales analysées ou transcrites intégralement. Cet excellent travail doit être rectifié et complété sur quelques points, notamment en ce qui concerne la date initiale de la Jacquerie et les causes qui en déterminèrent l'explosion, par un article de Jules Flammermont, inséré dans la Bévue Historique (janvier-février 1879, p. i23-ii3. La Jacquerie en Beaui'aisis). Les citations seront faites ici d'après la deuxième édition.

CAUSES DE I.A .lACQl ERIE 3;>r)

désigner loules les insiirrcclions de paysans. Cependant, il convient d'élargir un peu l'idée qu'on se fait de la Jacquerie du viv siècle. Ça été une guerre de paysans, sans doute; mais c'a été surtout un épisode delà guerre des « non nobles contre les nobles », pour parler le langage des lettres de rémission, qui sont pour nous la source d'information la plus abondante et la plus sure '. La bourgeoisie n'a pas été étrangère au mouvement, ((jmmc le prouve son attitude à Paris, à Amiens, à Meaux, à Setdis et ailleurs-. Elle s'y est associée plus ou moins ouvertement. Elle ne la pas provoqué par un appel direct, mais elle a cherché à en tirer parti. Sans l'agitation f[u'cnlretenaient dans les bonnes villes des causes multiples et connues, et qui ne [louvaient manquer de se propager au dehors, le plat pays ne se fût probablement pas insurgé. Les atrocités commises effrayèrent ceux qui avaient applaudi aux premières violences. Jacques Bonhomme fut désavoué^. C'était, décidément, un instrument peu maniable et dangereux pour qui eût voulu s'en servir.

Tous ceux qui ont raconté l'iiistoire, très courte, de la Jac(iucrieont cru nécessaire, non seulement de redire la condition misérable des serfs au moyen âge, mais encore de résumer en (juehjues pages vengeresses les maux imputables aux « Compagnies »>, qui ont été la grande plaie du xiV siècle '. Hien ne manque au tableau, et il n'y a rien non plus à en retrancher, car la réalité passait toute imagination, et il est

1. Je prcnd;> deux eïcinpics entre beaucoup d'autres — S. Lucc, La Jacquerie, p. 2^0 (Lettres de décembre i373) : « Comme pourla commociou et sedicion des non nobles qui lors se esmurenl contre les noljles de noslre royaume » — ; p. 273 (septembre i358) : « ...tempore commocionis que nuper extitit intcr nobiles dictiregni, ex una parle, et innobiles ejusdem regni, ex altéra. . »

2. Ceci sera justifié, au cours même de ce chapitre, en ce qui concerne l'aria, Amiens, Meaux et Senlis. Mais la Jacquerie eut aussi son contre coup à Rouen, bien qu'il s'agisse d'une insurrection des bourgeois contre le représentant du réj;ent, le capitaine du château, Jean Souvain. (Lettres de rémission du 'a sept. i358. — Arch. nat., JJ. 87, fol. 53, n° 71. — Secousse, Recueil, p. ij5.)

3. L'origine du mot Jacquerie ne doit pas être cherchée bien loin. 11 dérive de Jacques, le prénom familier de Jacques Bonhomme, le paysan français : «... et plusieurs autres que l'en disoit adonc les Jacques Bonshommes •», lisons-nous dans des lettres du mois de janvier i36o (Arch. nat., JJ. 90, fol. 212", n° AaS. — S- Luce, La Jacquerie, p. 299). On a compliqué inutilement la question, en y mêlant des recherches étymologiques sur la Jacque, une des pièces principales de l'habillement militaire des roturiers. Le continuateur de Richard Lescot connaissait le mot Jacquerie et l'emploie comme rubrique : De Jacqueria. p. 126.

'4. S. Luce, Hist.de la Jacquerie, p. 9-39. — Perrens, Etienne Marcel, 227-232.

3g6 RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS

difficile d'exagérer, quand on dépeint ce qu'ont soufîert les paysans français pendant toute une moitié du règne de Jean II. Cependant, il y a eu une progression dans la marche du fléau ; il ne s'est pas étendu, des le premier jour, à tout le territoire du royaume. La chronologie ne perd jamais ses droits, en particulier lorsqu'on étudie les origines de la Jacquerie. Il faut donc écarter résolument certains détails qui, tout poignants qu'ils sont, fausseraient la vérité historique, s'ils n'étaient pas mis à leur place et ne venaient pas en leur temps. Les causes de la Jacquerie étaient anciennes, profondes ; elles tenaient à un antagonisme séculaire et fatal, exaspéré par des faits récents, qui ne sont pas toujours ceux par lesquels on a voulu expliquer la poussée furieuse des paysans du Beauvaisis.

La haine, le mépris de l'homme du peuple ou du paysan pour les nobles, datent de loin'. Mais ces sentiments éclatent surtout depuis Poitiers. Comme on l'a noté ailleurs, une légende, facilement acceptée, ne voyait dans les survivants du désastre que des couards, qui avaient lâché pied et s'étaient fait prendre en fuyant. On sait le pouvoir de certains mots, une fois lancés. Aux Etats d'octobre i356, la motion faillit être faite de ne racheter aucun des prisonniers, sans l'assentiment du Conseil souverain de vingt-huit membres qui, d'ailleurs, ne fut jamais élu-. C'est le I\oi surtout qui était visé, mais il y avait bien d'autres rançons que la sienne à payer, et les vassaux astreints à « l'aide aux quatre cas », étendaient facilement à tous le reproche de lâcheté, mérité par un petit nombre. Des incidents significatifs, connus par hasard, — combien d'autres n'ont pas laissé de souvenirs! —

1. « Quar li peuple prise peu les nobles » déclare Philippe le Long, en i3iC, à propos des ligvies provinciales (Arch. nal., JJ. 55, n° i. - Cilû par Lehugeur, ^is<. de Philippe le Long, p. ay'i, n. 41-

2. Acte d'accusation contre Robert le Coq.n. 65 : a Item. Que nulz ne fust rains, ne rachetez des ennemis, se ce ne fusl par l'ordonnance des xxviii esleuz par les troiz estas. Et ainsi le Roy ne pcust estre délivrés, se ce ne fust par leur ordenancc et par leur assentement. Et ainsi li mauvais (Robert le Coq), qu'il savoit bien qu'il ne povoit faillir à estre l'un des xxvin, eust toujours empeschié la délivrance du Roy. Et prcnoit sa couleur sur ce, car pluseurs, si comme il disoit, s'en esloient fouis, et depuis se cstoient rendus aus ennemis par lettres •. N° 66 « Item. Que il appert clerement que cest article est contre le Roy et le royaume ; car il y a plusieurs vaillans hommes des Heurs de lis et autres, qui bien firent leur devoir, et qui aiment le roy très parfaitement, qui sont prisonniers; les quelz, se nous lespoionsravoir, ce seroit très grant proffit pour le royaume, et qui moult pourroient traveillier à la délivrance du Roy ; et par l'ordenance dessus dicte la délivrance eust esté empeschié ».

CAUSES DE LA JACQLERIË ,j( 'iij-J

décèlent ces prévcnlioiis injustes et liaineuses contre iesVflinciis. Peu de temps après le combat des gués de Saint-Clément, où il avait été pris par les \a\arrais', Jean, sire de la Fertc-Fresnel et de Gacé, regagnait son château pour recueillir l'argent de sa rançon. Il était à cheval, sans éperons, sans épée, suivi d'un seul écuyer et d'un valet, qui portait en croupe la « mallette » de son maître. Comme ils traversaient un village, des paysans se précipitèrent sur eux, en criant : « Voici de ces traîtres (pii par malice se sont enfuis de l'est 1 » Battus, jetés à bas de leurs montures, les trois voyageurs risquèrent d'être assommés. Le sire de Fresnel ne laissa pas l'outrage impuni. Mieux accompagné, quelques jours plus tard, mieux armé surtout, il trouva l'occasion d'une revanche et se vengea cruellement-. Bien des faits ont été relevés,

I, Sur ce combat, voy. cli. vir.

a. Arch. nat., JJ. S'i, fol. 357"-358 (Paris, février i357) : « Karolus etc. Nolum facimus... nobis ex parle Johannis, domini de Ferltate Fresnel et de Gace, miiilis, fuisse expositum, quod, cum ipsc riuper fiiissel raplus per iniinicos carissimi domini geiiitoris no>lri et noslros, versus \ada sancti Cleinentis, inquo loco diiectus et fîdelis noster Aiiuaurricns de Mculiento, miles, similiter captus extitit. et postea idem dominas de Forilate, sub iide et jurameiito suo, relaxatus fuisscl ab inimicisnostris predictis, et i)osiliis ad redcin|)cionem, ([uam apportaredebobat adcertam diem per eos assignatani, linaliter cum idem dominas de Feritale rtdiret ad [)artes suas, pro procuranda cjus redempcione predicla, et sine calcaribus et gladio aliqiio, ac omnino inhermis, una cum tjuodain sculiferoel uiio vallelo rétro se maletam portante equitaret, et per villam de Lira transirel pacilice, nidii oirensam vel injuriam faciendo, accidit quod phires ex liabilatoribus dicte ville de Lira contra ipsos clamare inccperunt, dicentes : « Isti sunt de proditoribus qui per suani inaliciam de exercitu aufugerunt .' » et hoc dicto statim irrucrunt hosliliter contra ipsos et ipsuni dominum de equo suo ad terram prostrarunt, et in lulo villissime folaverunt.et eciam tractaverunt, multas injurias et mulla opprobria diccndo et hoc iddem fecerunt de scutifero suo ac eundem dominum interfecissent sine misericordia, nisi fuisset quidam subserviens noster loci deGloz qui supervenit ibidem et cumlabore maximo enndem dominum eripuil de manibus eorum et ipsos fecit cessare. Et hiis noncontcnti unumex equis suis per suam maliciam vulneraverunt, Quibus peractis, cum, transaclo modico lempore, dictus dominas de Fcritate, Guillermus d'Escorches, Gaufridus de Fontenilis,Morellusdc Haya et Ynardus Bernerii, armigeri, per illam patriam eqailarent, ipsi casualiter invenerunt quosdam ex liabilatoribus ville de Lira predicte,ct rccor datas dictus dominas de Feritate de injuria sibi facta injuste et sine causa racionabili per homines dicte ville, ipsos homines invaseruntet miiltipliciter verberaverunt et eciam vulneraverunt etc. ». L'un des blessés meurt des suites de l'affaire : de là les lettres de rémission. — La Ferté-Fresnel ; Orne, arr' d'Argentan, ch.-l. de c". — Gacé; même dép', même arr', ch.-l. de c°". — Lyre : La Vieille-Lyre; Eure, arr* d'Evreux, c°° de Rugles. — Glos-la-Ferrière ; Orne, arr' d'Argentan, c " de la Ferté- Fresnel.

Une confusion, que j'ai déjà relevée ailleurs, est faite ici entre le gué de Rupalay et les gués de Saint-Clément. — Les mots français par malice ne rendent pas exactement le latin médiéval per inaliciam ; il faudrait traduire : par maavaistié.

SgS RUPtlRE DL DALPIIIN AVEC LES PARISIENS

dans les précédents cliapitres, qui dénotent la même animosité à l'égard des nobles. A Paris, au mois d'avril iSôy, quand l'archevêque de Sens, les comtes d'Eu et de Tancarville apportent, avec la nouvelle de la trêve de Bordeaux, le malencontreux mandement de Jean II, opposant son veto à toutes les décisions prises par les Etats de la langue d'oïl, rémolion populaire est si forte que les messagers du Roi sont contraints de s'éloigner précipitamment. Leur irritation est grande, naturellement, et des propos imprudents, qui leur échappent ou qu'on leur prête, font craindre des représailles sanglantes. Pour la première fois peut être depuis Poitiers, la ville est mise en état de siège, et c'est contre des gentilshommes que ces précautions militaires sont prises '.

A la fin de la même année, et pour des raisons multiples, le conflit entre les non-nobles et les nobles passe à l'état aigu. La délivrance du roi de Navarre fait affluer aux environs de Paris les aventuriers, précédemmentaux ordres de son frère Philippe, et déjà célèbres par leurs déprédations. Un de leurs capitaines, plus fameux et plus redouté que les autres, James de Pipe, occupe solidement Epernon, d'oili il maîtrise la Beauce, le paysGhartrain et l'Orléanais. Des pointes audacieuses le conduisent parfois jusqu'à quatre ou cinq lieues de Paris. Aucune résistance ne lui est opposée. Le paysan souffre cruellement des razzias continuelles opérées par les routiers. Cependant, elles n'ont point été la cause déterminante de la Jacquerie. Les compagnies ne cou\ raient encore qu'une faible partie du territoire où elles s'étendirent par la suite, et le soulèvement des paysans, — en somme très localisé-, — éclatera précisément dans une région oiî les brigands n'avaient pas pénétré. En outre, si les compagnies pèsent durement sur la population rurale, leur intérêt leur commande certains ménagements : elles perdraient trop à exterminer ceux sur qui elles vivent,

Page 1