‹ Histoire de Charles VChapitre 333 sur 381 · Flammermont, op. cit., p. i3i · texte numérisé non relu

Flammermont, op. cit., p. i3i

403 hll'TL'RE DL DAUPHEN AVEC LES PARISIENS

tions. OU intercepter les convois se dirigeant sur Paris, que les paysans s'attaquèrent 1. Poussés à bout par des insultes ou des exigences intolérables, ils coururent sus aux gentilshommes et en tuèrent neuf: quatre chevaliers et cinq écuyers 2. Les habitants de Cramoisy, de Nointel et de quelques autres villages voisins avaient probablement pris part au combat. En tout cas, le mouvement de révolte s'y propagea avec une rapidité extraordinaire-^. La fièvre de la lutte une fois tombée, les vainqueurs sentirent le péril où ils s'étaient mis. Leur petit nombre — ils ne montaient pas à plus d'une centaine^ — le? exposait à de terribles représailles, s'ils restaient isolés et n'associaient pas à leur cause tout le pays environnant^. D'ailleurs, trop de rancunes comprimées et de passions sauvages fermentaient en eux, pour que des conseils de modération eussent chance d'être entendus. On l'a fait remarquer déjà; il règne partout, à celte époque, une singulière brutalité de mœurs. Les lettres de rémission ne parlent que de meurtres, de rixes, dont les réjouissances populaires, les fêtes villageoises, les circonstances les plus simples, les causes les plus futiles, sont le prétexte. On ne pouvait évidemment attendre des Jacques, excités par quelques meneurs, une générosité ou une pitié, dont nul ne leur donnait l'exemple. Un mot perfide eut un effet magique sur ces âmes grossières et crédules, assoiffées de vengeance. Quelqu'un ayant dit dans un groupe que les nobles honnissaient et trahissaient le royaume de France et que ce serait grand bien de les exterminer tous : « Il dit voir, il dit voir », répète la foule ! « Honni soit celui par qui il demeurera que les gentilshommes ne soient détruits jusqu'au dernier! » ^.

Page 1