‹ Histoire de Charles VChapitre 344 sur 381 · et par devant eulx mistrent leur charroy · texte numérisé non relu

et par devant eulx mistrent leur charroy

7. Plus exactement, « ceulx qui avoient arcz et arbalesles ».

8. « Une autre bataille firent de leurs gens à cheval où il mistrent bien six cens hommes dont le plus estoient armés... » Armés comme tous les autres Jacques^ de bâtons ou d'armes de rencontre.

4lO RUPTIRE DU DAUPHO AVEC LES PARISIENS

sans tenter aucun mouvement, pendant toute la journée du 9 juin. Le lendemain, pour en finir, le roi de Navarre demanda une suspension d'armes et une entrevue à Guillaume Cale, et, quand le capitaine des Jacques se fut rendu auprès de lui, sans avoir, au préalable, exige d'otages, il le fit saisir et le retint prisonnier '. En même temps, il donnait le signal de l'attaque. Ses hommes d'armes, — les .\nglais de Robert Scot en têlc^ — , chargèrent les Jacques qui, privés de leur chef, offrirent peu de résistance. Leurs deux « batailles » furent enfoncées l'une après l'autre. Un grand nombre périrent sur place. La poursuite leur fut également très meurtrière. Quant aux fuyards qui avaient cherché un asile à Clermont, ils tombèrent aux mains de Charles le Mauvais, auquel les bourgeois ouvrirent leurs portes, et qui, étant entré dans la ville, y fit décapiter Guillaume Cale 3.

Pendant que les '( nobles » étaient immobilisés au pied du plateau de Mello, Jean Vaillant avait poursuivi sa marche sur Meaux, où il arriva dans la matinée du 9 juin ''. Chemin faisant, sa troupe, originairement forte de 3oo hommes, s'était beaucoup accrue, par sa jonction

1. « Guillaume Charles y ala siinplenwnt. car il ne demanda nulz hostages ». C'est tout ce que dit la clironiquc, mais le reste se devine. Guillaume Cale eut la tète tranchée à Clermont, après l'extermination de son armée (Ibid., p. 74-75).

Cette trahison était peut-être une vengeance. Les Jacques de l'Amiénois avaient assassiné Guillaume de Picquigny, d'une famille chère au roi de Navarre, pendant qu'il conférait avec eux, « en parlementant » (Luce, La Jacquerie, i48, 2^5). — G. de Picquigny ne fait qu'un avec Testart de Picquigny, tué par les Jacques (Chron. norin., 129, 3ia et n. 3).

2. C'est le Robert Sercot de la Chron. des quatre premiers Valois, 70, io.'i-io5. La Chronique normande l'appelle toujours Robert ou Robin Scot(p. i4i, 172, n. 5).

.H. S. Luce, La Jacquerie, p. lôa et n. 2. — Chr. des quatre premiers Valois, p. 75.

4. Gr. Chron., VI, ii3 : « Celui samedy meismes, qui estoit le i\' jour de juing l'an MCCCLVIII, pluseurs qui estoient partiz de la \ille de Paris, jusqucs au nombre de trois cens oti environ, des quelz estoit capilain un appelle Pierre Gille, espicier de Paris, et environ Y% qui se estoient assemblez à Cilli en Meucien, des quex estoit capilain un appelle Jehan Vaillant, prevost des monnoies du Roy, alercnt à Meaulx. » Ce passage n'est pas très clair, ni très exact. En somme, l'attaque fut donnée au Marché de Meaux : 1° par la troupe sortie de Paris, sous le commandement de Pierre Gilles et de Jean des Barres; c'est celle dont le passage est marqué par la destruction des hôtels ou manoirs de S. de Bucy et de Jacques la Vache, à Vaugirard, Issy, Viroflay et Choisy-le-Roy ; 2° par les 3oo hommes de Jean Vaillant, auxquels se joignirent, chemin faisant, des bandes de Jacques réunies à Silly-en-Multien (Silly- Ic-Long; Oise, arr' de Senlis, c°° de Nanteuil le Baudouin). C'est par l'une ou l'autre de ces deux forces, ou par toutes les deux agissant de concert, que furent mis à sac la maison de Pierre d'Orgemont à Gonesse, les trois manoirs de Jean de Charny a Charny, Pomponne et Thorigny.

LATTAQIE Dl MARCHi; DE MEAL \ ^11

avec le détachement parisien de Pierre Gilles et grâce à lappoint d'une bande de quelques centaines de Jacques, rencontrés à Silly-en-Mullien.

On n'a pas oublié l'altitude hostile du maire de Mcaux, Jean Soûlas, et la vivacité de ses protestations lorsque le Marché fut occupé militairement par l'ordre du régent'. 11 lit grand accueil aux Jacques. Dos tables toutes servies furent dressées dans les rues, et les nouveaux arrivants purent se restaurer en vue de l'altaque qu'ils méditaient'^.

Le Marché, auquel ils se proposaient de donner l'assaut, était une vraie forteresse. Secousse, qui l'avait visité vers le milieu du wiii' siècle, à une époque où l'état des lieux ne s'était pas beaucoup modifié, en a donné une description très fidèle et très intéressante -K

Le nom de Marché s'applique à tout le terrain, compris entre la Marne au nord et un canal au sud, le canal Cornilton, creusé par le comte de Champagne, Thibaud V L'île ainsi formée devait tenir anciennement au territoire de Mcaux, des indices sérieux permettant de supposer que le cours de la Marne a été détourné, dans le même temps que Ton creusait le canal. De solides murailles, garnies de grosses tours rondes, faisaient à ce quadrilatère, dont le périmètre est de deux kilomètres et demi environ, une enceinte continue. Cependant, la muraille ne venait pas partout jusqu'au bord de la Marne, notamment à l'ouest, où un espace assez, considérable avait été laissé en dehors de l'encoinle et était couvert par une grande prairie, encore subsistante, mais qui va se rétrécissant d'année en année.

Le Marché comprenait, en somme, et il comprend aujourd'hui, comme jadis, tout un faubourg. Il est relié à Meaux par un pont de pierre jeté sur la Marne; à l'extrémité opposée, un deuxième pont,

1. Il avait cependant jure au régent, « et pluseurs autres de la dicte ville » avec lui « que ilz li seroient bons et loiaux et ne souffreroient aucune chose cstre faite contre IL ne contre son honeur » {Gr. Chr., VI, ii3).

2. Ibid. ; « ... neantmoins ilz firent ouvrir les portes de la dicte cité aus diz de Paris et de Cilly, et firent mectre par les rues les tables et les nappes, et le pain, le vin et la viande sus; et burent et mangierent se ilz vouldrent et se rafifreschirent ». Cela s'était fait, ailleurs, et moins par sympathie pour les Jacques que par peur. Voy. Chr. des quatre premiers Valois, 73 : « Iceulx Jacques vindrent jusques à Gaillefontaines (Seine-Inférieure, arr' de jN'eufchàtel, c°° de Forges). La contesse de Valloiz qui là estoit se doubta d'eulx et leur fit beau semblant et leur fit donner des vi\re5. Car ilz avoient acoustumé par les villes [et] places où ilz passoient que les gens, femmes ou hommes, mettoient les tables es rues, et là mengeoient les Jacques et puis passoient oultre, ardans les maisons aux gentilz hommes ».

Page 1