‹ Histoire de Charles VChapitre 347 sur 381 · Gr. Chr., VI · texte numérisé non relu

Gr. Chr., VI

l\\k RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS

Au lendemain de la bataille de Mello, le roi de Navarre avait tenté de prévenir une réaction violente, par des mesures de réparation et d'apaisement. Cet essai de pacification aurait pu réussir, s'il n'eut été presque aussitôt interrompu. Le \tx mai, Charles le Mauvais quittait la région de Beauvaisis pour venir à Paris où il était appelé par Etienne Marcel Dès qu'il fut parti, les massacres, à grand'peine arrêtés une première fois, recommencèrent *. On peut tenir pour exagérées ou déclamatoires certaines assertions du prévôt des marchands, dénonçant aux échevins d'Ypres les excès des nobles, qu'il compare aux pires atrocités jadis commises par les Vandales ou les Sarrasins. 11 n'en paraît pas moins acquis qu'un nombre considérable de Jacques ou de paysans périrent victimes de ces représailles impitoyables ; avant la fête de saint Jean- Baptiste (24 juin), on aurait déjà compté plus de vingt mille morts 2. De cette guerre d'extermination, il n'y a qu'un épisode intéressant à retenir, celui que Jean de Venette a raconté avec sa verve habituelle 3 ; je veux dire la défense heureuse de Senlis contre un parti de nobles venus de Meaux. Cette échaufTourée, — car ce nefutpas une bataille— , eut lieu le mercredi 1 4 juin, le jour de l'ouverture ou, comme on le disait, de la « bénédiction » du Lendit. Les bourgeois de Senlis, ayant eu vent de l'attaque qui se préparait, avaient recouru à des moyens défensifs très simples, mais qui eurent un plein succès. .\u sommet de la grande rue, dont la pente était assez raide, ils disposèrent d'avance de lourds chariots ^ dont nous verrons bientôt l'emploi. Des hommes armés fu-

1 . Lettre de Marcel à l'échevinage d'Ypre.s : « ... Mons. de Navarre... mist le paiis tout à pais et, du consentement des nobles du paiis de Beauvoisis et de Veqcin qui avoienteslé domagc et injurié, et aussi des gens des villes du plat paiis de Beauvoisis, ordonne que, dechascune ville, quatre des plusprincipauls de ceuls qui avoient fais les excès scroient pris qui saiiroient les doniages qui avoient esté fais au s gentilz hommes, les villes et les personnes par qui ce auroit esté fait et seroit rapporté à Mons. de Navarre, et il feroit faire restitution convenable des domages aus dis gentils hommes, et parmi ce les bonnes gens du plat paiis de Beauvoisis, les villes et le paiis dévoient demeurer en seurté et en pais ; ce ne obstant les gentils hommes du paiis de Beauvoisis et de Veccin, Monseigneur de Navarre parti, et aussi li autre noble des paiis dessus dis à qui rien ne touchoit, se assemblèrent et tout le paiis de Beauvoisis et de Veccin dcstruirent et pillèrent etc. » — Flammermont, liji.

2. Gr. Chron.,\l, 118 : « ... et tant que l'en tenoit certainement que l'en en avoit bien tué dedenz le jour de la saint Jehan-Baptiste xx mil et plus. »

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