Ibid., p. i38-i2f
Li:S MERCENAIRES ANGLAIS A PARIS l^Sg
garde'. Mais soilqu'il eût mis trop de vivacité dans ses reproches, soit que son prestige personnel commençât à déclinerai ne retrouva pas son succès habituel. Plusieurs crièrent qu'il fallait tuer tous les Anglais et qu'ils voulaient. (|uant à cu\, aller à Saint-Denis, pour en chasser ceux qui s'y trouvaient et pillaient le pays '2. En même temps, ils pressaient le roi de Navarre et le prévôt de les conduire contre ces pillards qui, bien payes, ne vivaient cependant que de rapines 3,
Tous les efforts tentés pour calmer les Parisiens furent inutiles Bon gré, mal gré, le Navarrais et Marcel durent se mettre à leur tête, mais quand cette sortie décidée ab irato put s'effectuer, il était déjà « près de vêpres », beaucoup trop tard pour qu'elle eût chance de réussir^. Le roi de Navarre fut accusé dans la suite — et l'imputation n'était probablement pas sans fondement — d'avoir retardé à dessein l'heure delà sortie pour la faire échouer ^. Ouoiqu'il en soit, les Parisiens n'avaient pas réuni, pour la circonstance, moins de f. 600 hommes de cheval et 8.000 fantassins, répartis en deux colonnes qu.i débouchèrent l'une parla porte Saint-Denis, l'autre par la porte Saint-Honoré 6. Le roi de Navarre elle prévôt marchaient avec la colonne du nord, qui fut à peu près immobilisée au pied de la colline de Montmartre, bien qu'elle comprît les éléments les plus solides de l'armée parisienne '.
1. Gr. Chron., VF, 119 : « .. car il les avoit fait venir en son conduit, pour servir ceulz de la dicte ville de Paris. » Le chroniqueur des quatre premiers Valois, dont les sympathies navarralses sont connues, dit de même : « Et en eurent tort ceulx de Paris de les occire, en cas qu'ilz cstoient venuz à leur mandement et pour eulx aidier » (p. 8.). ■
2. Gr. Chr., ibid : « Et taiitost pluseurs de cculs du di( peuple crièrent à une voiz que ilz vouloienl que les diz Anglois feusscnl louz tuez, et vouloient aler à Saint-Dcnys mectre horsceuis qui là estoient, qui pilloienl tout le pays. » P. Paris : « mettre à mort ceuls, etc. ».
3. Ibid. : « Et distrent aus diz roy et prevost que ils alassent avecques euls, en disant que les diz Anglois avoient este bien paiez de leurs gaiges et souldées et neantmoins ilz pilloient tout le pays «.
ti. Ibid.
5. Ibid. : a Dont pluseurs présumèrent que le dit royfeist tant aclendre le partir, afin que les diz Anglois ne feussent pris despourveuz. » P. Paris : « sourpris et despourveuz ».
6. Ibid. : " Et environ heure de vespres partirent de Paris, les uns par devers la porte Saint Honoré, et le roy de Navarre et le pre\ost des marchans et leur route issirenl par la porte Saint-Denys et alerent jusques vers le Molin à-vent. Et estimoit l'en que ilz estoient issuz, tant d'une part comme d'autre, environ xvr hommes de cheval et vhim de pié ».
7. Ibid : V Et furent le dit roy, le prevost des marchans et toute leur route bien
l^l^O FIN DE I,A UÉVOI.LTIO PARISIENNE
Celle inaction volonlaire était déjà, par elle-même, fort suspecte, mais la Irahison aurait été mise en pleine évidence par un fait 1res grave, que rapportent les Grandes Chroniques. Pendant que Charles le Mauvais tenait sa troupe au repos, trois cavaliers s'en seraient détachés et auraient gagné à toule vitesse le hois de Saint-Cloud, c'est-à-dire ce qu'on a appelé depuis le bois de Boulogne'. C'est là, en effet, sur la rive droite de la Seine, que les Anglais de Saint-Cloud s'étaient dissimules pour tendre une embuscade aux Parisiens. A la lisière du bois ils avaient laissé un simple rideau d'éclaireurs - de quarante à cinquante hommes — pour tromper et attirer leurs adversaires, peu familiarisés avec les ruses de guerre les plus simples. Les Parisiens ne s'y laissèrent prendre que trop facilement-. Dupes des apparences, ils foncèrent résolument sur ces brigands isolés, mais lorsqu'ils furent à bonne portée, les ennemis se démasquèrent de tous côtés, nombreux, aguerris, et rendus plus entreprenants par le succès de leur stratagème. En un instant, la déroute fut complète ; l'infanterie parisienne ne tint pas devant les hommes d'armes anglais et fut ramenée, l'épée ou la lance dans les reins, jusqu'à la porte Saint-llonoré. Ce fut une boucherie où les fuyards abandonnèrent sur la place plus de six cents morls 3.
Froissart a dépeint avec beaucoup de verve, mais un peu trop d'a-
l'espaco de demie lieure largement, sanz euiz mouvoir ou cliamp qui est de l'autre partie dudit moliu à vent par devers Montmartre. »
En raison de sa situation topographitiue, le vieux Paris était entouré d'une ceinture de moulins à vent, dont ceux de Montmartre ont été les derniers à disparaître. Celui cpii est mentionné ici était évidemment très connu au xiv' et au xv' siècles. Il était situé non point sur la colline de Montmartre, mais sur la route qui menait à Saint-Denis, au-delà et non loin de l'enclos Saint-Lazare. Le Journal d'un bourgeois de Paris le désigne ainsi, à la date de i.'i'ir) : « ...emprcs le molin au vent ou chemin de Sainct Denis en France... » édit. Tuetey, .1/é;/i. de la Soc. del'hisi. de Paris, 1881, p. 3((o. — Cf. dans la collection de plans de VHist. génrr. de Paris, le plan de Quesnel (iljocj).
1. Gr. Ckr., VI, laij-iSo : <( Kt de leur route fiu'ent envolez trois glaixes qui chevauchèrent roidement par empres Montmartre. Les quelz, sans ce qu'il fussent aijres veuz retourner, chevauchèrent en alant droit vers le bois de Sainl-CIoust, ou quel bois les Anglois estoient en une embûche. »
2. Ibid. : a Et au dehors d'iceli bois par devers Paris en avoit environ xl on l. Si Guidèrent ceuls de Paris que il n'y en eust plus ; et alcrent vers les diz Anglois. »
3. Gr. C/ir.,VL i3o. Même évaluation du nombre des morls dans la lettre au conile de Savoie : d Et pluseurs du peuple de Paris moururent ans champs jnsques environ le nombre de vi' el plus ».
LES mi:rc[;>'aires angf.ais a pauis /i^i
près son imagination, le désordre dans lequel marchait la milice bourgeoise f|uand elle fut chargée par les Anglais '.II suppose à lort qu'elle rentrait à Paris, a|ircs avoir efTectué une reconnaissance inCructueuse. Harassés par la fatigue et par la chaleur, les hommes avançaient péniblement, les rangs confondus, à la débandade, leurs bassinets à la main on dans leurs besaces, traînant leurs épées derrière eux ou les portant « en écharpe » -.
Ce désastre, qui atteignait de nombreuses familles parisiennes, causa dans la ville la plus vive émotion. Le roi de Navarre, dont l'attitude avait été si louche, n'osa plus reparaître devant ceux qu'il avait trahis. II alla loger à Saint-Denis^. Lorsque Marcel revint avec sa troupe intacte, il fut hué et insulté pour avoir laissé massacrer tant de « bonnes gens », sans venir à leur secours'*. C'en était fait de sa popularité. 11 ne pouvait plus se maintenir que par la terreur, mais, pour quehpies jours encore, elle suffisait à assurer sa domination.
On n'a pas oublié les quarante-sept prisonniers anglais, enfermés au Louvre, à la suite de la rixe qui avait éclaté la veille de la Madeleine. D'après Froissart et d'autres chroniqueurs, Etienne Marcel aurait réussi à les faire évader dès la nuit suivante, grâce à la connivence du châtelain du Louvre, Cilles Caillart, qui était l'un de ses partisans les plus déterminés^. Cette version paraît plus vraisemblable que celle