‹ Histoire de Charles VChapitre 60 sur 381 · I.E PREMIER DAUPHIN DE LA MAISON DE FRANCE · texte numérisé non relu

I.E PREMIER DAUPHIN DE LA MAISON DE FRANCE

Par suite du décès de son aïeul, le dauphin prenait le pas sur lous les jeunes princes de la famille royale; ils formaient sa société habituelle, sa petite cour '. Ils étaient en sa (( compagnie))-. Le motdittout et a une signification précise, tant au point de vue de l'étiquette qu'au point de vue des dépenses nécessaires à l'entretien ou à 1' « étal » des « jeunes seigneurs ». Les u compagnons » ou les « compères » du dauphin, — on les appelle ainsi indifféremment-', — étaient : son oncle, le duc d'Orléans; ses trois frères, Louis, Jean et Philippe de France, le premier déjà apanage et comte d'Anjou ; Louis de Bourbon, le duc de Bourgogne, les comtes d'Alençon et d'Etampes '*.

La cassette royale pourvoit, par les soins de l'argentier, à l'habillement du dauphin et de ses compagnons, à l'ameublement de leurs chambre-''. Elle paie les achats faits chez les joailliers ou les orfèvres, sur l'ordre du Hoi et pour le compte des princes. Leur vaisselle d'or

pour iG vciis de Louvain de la pclilo moisson à faire parties de robes que la Uoyne donna à 20 chevaliers bannerets et à 100 bacheliers, pour être en la compagnie du duc de Bourgogne, son fils, à sa chevalerie. » U s'agit, dans ce texte, d'un drap vert fabriqué à Louvain. de la petite mesure.

1. (( Nos joincs seigneurs » est une expression courante dans les comptes de l'argenterie (Arch. nat , IvK. 8, fol. i3 x'-i" juillet i.S5i/4 février i332. Douct-d'Arcq, op. cit., p. 80. Compte du It lévrier au i" juillet i332). Du vivant de Philippe VI, la préséance appartient au duc d'Orléans, fils du Roy : « Mises en ce terme pour M. le duc d'Orléans, fils du Roy et pour ses compagnons, c'est assavoir le dauphin de Viennois elc. » (Bibl. nat., Vv. 20.08^, p. 208. Compted'Et. de la Fontaine du 1" janvier au 26 avril i3ûo).

2. Arcti. nat., KK. 8, fol. i v° « ... pour Mons. ledauphin et ceuls de sa compaingnie... » (Compte du i" juillet i35i au A février i352).

3. Uouët-d'Arcq, op. cit., p. 85 : « Draps de lainne pour .Monseigneur le dauphin et ses compères etc. » Ibid., p. yg : « Pennes et fourreures pour Mons le dauphin et ses compaignons. »

4. Ibid.. op. cit., p. 85 : « ... pour Monseigneur le Dauphin et ses compères : c'est assavoir le duc d'Orliens, le conte d'Anjou, messeigneurs Jehan et Philippe de France, enfens du Roy, monseigneur I.ouys de Bourbon, le duc de Bourgongne, le conte d'Alençon, et le conte d'Estampes... »

5. Voy. le registre KK. 8 des Arch. nat., et le compte d'Et. de la Fontaine publié par Douët-d'Arcq. — P. 85 : « Draps de lainne pour Monseigneur le dauphin et ses compères -. — P. 89-90 : « Façons de robes» pour les mèmts. — P. 91 : « Draps d'or, ccndaus et autre mercerie pour Mons. le dauphin » et les autres seigneurs de sa compagnie. — P. g") : « Ciianevacerie (lingerie) pour Mons. le dauphin » etsescompagnons. — P. iji) : » Pennes et fourreures pour Mons. le dauphin et ses compaignons. » — I*. 112 : « ... les parties des chambres de Monseigneur le Dauphin et de ceulz de sa compaignie... » — P. 1 19 : « Partie de la Chapelle Monseigneur le Dauphin » — P. 121 : » Draps d'or à faire offrcnde de Monseigneur le Dau()hin -, etc.

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et (l'argent, leurs bijoux personnels, les objets de prix simplement mis à leur disposition, sont entretenus ou réparés aux frais de 1' d argenterie » '. A des époques fixes et très rapprochées, — pour être complet, il faudrait énumérer toutes les grandes fêtes de l'année-, — on distribue à ces mêmes princes des robes, des fourrures, des gants, des chaperons ou chapeaux, des chaussures •''. Fréquemment aussi, on renouvelle le mobilier de leurs chambres : meubles, tentures et tapis '* . Ce sont là les (( livrées » proprement dites, dont la périodicité et la nature sont réglées par des ordonnances. Mais tout est prétexte à des distributions extraordinaires : un mariage, une fête nouvelle, un anniversaire funèbre ou des obsèques ^.

Une telle profusion de choses qui ne servent qu'une fois ou ne servent même pas du tout — j'entends parler surtout du service de l'habillement — conduit fatalement au gaspillage et facilite les indélicatesses. Il n'est pas rare qu'après une grande fête on signale des objets égarés ou volés ^. Qui profilait de ce désordre, de ces habitudes depro-

1. Op. cil., p. 132 : « Orfavcrie pour le Roy, pour Monseigneur le Dauphin et noz autres seigneurs ». — P. i3i : « Joiaus d'or et d'argent, do mercerie et d'orfaverie pour Monseigneur le Dauphin et de ses compaignons etc. »

Pour les objets mis à la disposition du dauphin par ce qu'on appellerait aujoiîrd'hui « le garde-meubles », voy. KK.. 8, fol, i(J6 (i" janvier-i" mai i353) : « Item vaisselle d'argent et autres joyaux d'argent délivrez par devers Mons. le Dauphin pour le cours et pour l'ordenance de son hostel... »

2. La Chandeleur, le Carême, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la nii août, la Toussaint, la Saint-André, Noël.

3. Douët-d'Arcq., op. cit. P. i35 : « Ganterie [)our Mons. le Dauphin et pour ses compaignons- » — P. i^o : « Chauccmenls pour Mons. le Dauphin etc. ». — Arch. nat., KR. 8, fol. 2i. Dons de chapeaux etc.

4. Arch. nat.. KK. 8, fol. 162 v,° : « Item les parties des chambres de Mons. le dauphin et ceulz de sa compaignie... qu'il orent et prennent chascun an d'ordinaire au terme de Pasques... »

5. Douët d'Arcq, op. cit. « Et de rechief pour plusieurs parties délivrées pour les noces de Madame Blanche de Bourbon, royne d'Espaigne, pour l'obseque de Monseigneur Gieffroy de Varennes, chambellanc du Roy, et aussi pour plusieurs autres parties qui encore estoient à délivrer pour les noces et espousailles de Madame Jehanne de France, fille ainsnée du Roy, royne de Navarre... »

KK. 8, fol. 88 (i" juillet i352-i" janvier i353) : « ... pour l'anniversaire du roy Philippe derrenierement trespassé que Diex absoille .. et finalment de plusieurs choses, lesquelles furent délivrées en ce terme pour cause des noces et espousailles de Madame Blanche, royne de Castelle etc »

6. KK. 8, fol. tii : « ... une escuelle d'argent vermeil dorée... laquelle fu perdue, ainsi comme mancion est faite en la dicte cedulc, en l'abbaye de Pruilly, aux noces de la Royne d'Espaingne. »

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digalité ? La domesticité royale, évidemment, mais aussi la haute bourgeoisie parisienne, — drapiers, marchands de soieries, joailliers, orfèvres ou changeurs — , enrichis par ce commerce lucratif el facile. Constamment reviennent dans les comptes de l'argenterie les noms d'Etienne Marcel *, de Pierre de la Courtneuve -, de Jean de l'isle ^, de plusieurs autres encore '\ tous fournisseurs de la Cour, et qui, dans un avenir prochain, seront les chefs ou les fauteurs d'une révolution.

Un monde de serviteurs — utiles ou parasites — gravite autour des princes. Le dauphin.adû avoirde très bonne heure, dès le bas âge, un (( llùlel » régulièrement organisé ''. En i353, j'y compte a/j personnes au moins, et ce n'est pas un état complet que j'ai sous les yeux '' : A chambellans, i physicien ou médecin, 4 secrétaires, i trésorier, 3 chapelains ou aumôniers, 8 valets de chambre, 2 sommeliers du corps et

Douël-d"Arcq, p. 85 : « Adam le Hanienc, drapier, pour une aune et demie descarlale sainguine, et aune et demie d'un marbre lonc de Broisselles, baille à Martin de ïoussy, tailleur de Mons. le Dalphin, à faire un seurcot ouvert pour Mons. le Dauphin en lieu d'un sien autre qui fu perdu à Réelle, de sa robe de Saint Andryeu darrenier passé, n8, S. p. »

1. Drapier, comme tout le monde le sait, et associé, scmble-l-il, avec Jean de Saint-Benoit (Douët-d'Arcq, p. 8S clpassimi, son oncle ou son cousin. La mère d'Et. -Marcel était Isabelle de Saint-Benoît.

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