‹ Histoire de Charles VChapitre 72 sur 381 · I. Secousse, Mcinoires, p. aij-So · texte numérisé non relu

I. Secousse, Mcinoires, p. aij-So

a. II y avait un lien de parenté assez étroit entre la famille royale de France et la famille de la Cerda (Philippe \l et Alphonse d'Espagne, le père du connétable, étaient cousins issus de germains). De plus, Charles d'Espagne avait épousé, en i35i, une petite nièce de Philippe VI, la fille aînée de Charles de Blois. — La généalogie des la Cerda a généralement été rapportée d'une façon inexacte, ^'oy. siu' ce point un article rectificatif de M. II. -Fr. DelaborJe, dans les Mélanges Julien llavet, p. iii-/i37 : Un arricre-petit-fds de saint Louis, Alfonss d'Espagne.

3. Cette disgrâce aurait été l'œuvre de Charles d'Espagne et lui valut beaucoup iriiiimilics {Cliron. Normande, p. 9O-97).

!i. MaUco Villaui, lib. III, cap. xcv (Muralori, XIV, col. aiy 220) : a ...ed il Re gli moslrava singolare amore, e innanzi a gli altri baroni seguitava il consiglio di coslui, e chi voleva mal parlare, crimina\auo il Rc di disordiriato amore in qucsto giovane, e del grande stato di costui nacciue matcria di gi'ande in\idia, che gli porlavano gli altri maggiori baroni ».

5. Acte d'accusation contre Robert le Coq, loc. cit., p. 3('>,5-3()G. « Item, (juc après la mort du roy Philippe, que Diex absoille, le roy nostre sire, qui est à présent le fist (Uobert le Coq) maislre des requestes de son hostcl, et le premier des clers. Et pour la grant amour qu'il avoit à li, et la grant loyauté que le roy y cviidoit en lui il le mena en Avignon (décembre i35o), cl quant le roy s'en parti, il le laissa à Avignon pour ses besongnes.

<( Item, que le dit Robert est legiers et perillieux eu i)arolos. et a très périlleuse et très malvaise langue, etc. ».

« Item, que pour ce qu'il veoit et sa\oit ([uc M"' Charles d'Espaigne, jadiz conneslablc de France, que Diex absoille, amoil maistre Rognaut Cliauviau, et le dit Robert estoit son malveillant et hayneux de longlcmpi... le dit Robert, qui legieremcnt parle, dist pluseurs paroles injurieuses du dit connestable; et que c'esloit un bastart qui onques n"a\oit bien fait et ([ui hounissoil le royaume de France ; et que le roy n avoit autre dieu que lui, et plusciuvs a\itres injurieuses paroles du roy et du dit coiuieslabli,', (|ui ne sont à escriprc, ne à din-, pour la 1res grande horriblelé d'icclles.

« Item, que le dit Robert dist les dictes horribles choses, et qui fausses estoient et sont, aus plus notables personnes de la court de Rome et autres pluseurs ».

favori le comté d'Angoulême, que les héritiers de Philippe d'Evreux considéraient comme leur bien *. Le roi de Navarre se plaignit d'être déshérité au profit du connétable ■^. Une scène violente éclata, en présence de Jean II, entre Charles d'Espagne d'une part, Charles le Mauvais et ses frères, de l'autre. Le roi de France réussit à grand'peine à étouffer la querelle ; mais des injures irréparables avaient été proférées, et sans doute aussi des menaces de mort ^.

Peu de temps après, Charles d'Espagne, avant eu l'imprudence de se rendre à Laigle, en Normandie, sans une escorte suffisante, tomba sous les coups d'hommes d'armes, commandés et conduits par Charles et Philippe de Navarre. 11 ne s'agissait pas là d'un fait de guerre privée. Charles d'Espagne fut surpris sans défense, au lit, et la barbarie avec laquelle les assassins s'acharnèrent sur lui laisse supposer des ordres impitoyables '♦. Charles le Mauvais revendiqua, d'ailleurs, hautement la responsabilité du meurtre'', et, comme il avait tout à craindre

1. Il avait été cédé par leur mère à Philippe VI contre d'autres chatellenies ; mais les conditions de rechange ne paraissent pas avoir été accomplies. Voy. p. 8i.

2. Secousse, Recueil, p. 5i. (Déposition de Jehan ou Friquet de Fricamps) n ... car ledit connestablo l'avoit desliérilé et tenoit son héritage... »

3. Chron. des quatre premiers Valois, p. aS-aO. — Secousse, Becueil, loc. cit.

h- La Chron. des quatre premiers Valois, ji. 26-28, donne sur cet événement des détails nombreux et très précis. Le Bascon de Marenil porta le coup mortel au connétable, « car il lui lança et bouta tout oiiltre parmi le corps » ; mais les assassins s'acharnèrent contre la victime : « et tant engoisseusement villainnement et abhominablement l'apareillerent qu'ilz lui firent quatre-vingt plaies ». — Les assassins, dit Jean le Bel, « tuerrent le dit chevalier... moult sauvagement » (C/iron, II, p. 201). Ceci n'est pas dans Froissart.

5. Lettres du 10 janvier i35/| au roi d'Angleterre, à la reine et au prince de Galles : H ...savoir vous fais que j'ay fait morir le dit conestable, à Laigle en Normandie... » (British Muséum. Cott., Caligula D. III, n° 63. — Publ. par Kervyn de Leltenhove, Froissart, X\ 111, n° LXWII, 1, p. 35o-352).

Leltredu même jour au duc de Lancastre : « ...quar ce mescredi après le Thiphanie (8 janvier) je fis mettre à mort Charles d'Espaigne nadgueres connestable de France, etc. > (British Muséum, ibid., et Kervyn, op. cit. LXXXII, 11, p. 353-35V.

De nombreuses lettres furent expédiées par la chancellerie navarraise — aux souverains étrangers, aux bonnes villes du royaume de France, etc. — soit pour justifier le meurtre commis, soit pour demander du secours contre les amis du connétable. (Secousse, Mémoires, p. 33). On n'a conservé que les lettres closes adressées aux habitants de Reims, auxquelles toutes les autres devaient ressembler : « Charles, etc. Savoir vousfaisons que, pourles grans mauls, domaigcs et inconveniens que novis avons veu avenir eu royaume de France par les mauvais conseuls, traitiemens et grands convoitises de Charles d'Espaigne, nadgaires connestable de France... nous avons fait mourir le dit Charles... et se par avanture monseigneur le Boy

du courroux de Jean II, il n'hésita pas à se jeter dans les bras des Anglais *. Il écrivit à Edouard III, au prince de Galles, au duc de Lancastre, dans les termes les plus pressants et les plus explicites. A Edouard III, il demandait de se tenir prêt à entrer en campagne au premier avis qu'il lui ferait tenir. Le temps pouvant manquer au roi d'Angleterre pour intervenir personnellement, il était prié de donner à son M capitaine de Bretagne « l'ordre de répondre à l'appel du roi de Navarre avec toutes les forces dont il disposait, et, en attendant, de concerter son action avec les garnisons navarraises du Cotentin. A Lança stre, il rappelait les offres de services qu'il en avait reçues dans une circonstance récente. Le moment était venu pour le roi de Navarre d'éprouver le dévouement de ses amis. Que le duc réunît donc à Calais le plus grand nombre possible d'hommes d'armes et d'archers, pour être en mesure d'agir dès qu'il en serait requis.

Lancastre, qui se trouvait alors en Flandre, fut chargé par Edouard III de suivre les négociations 2. C'est dans les premiers jours de février qu'il reçut à Bruges les messagers du roi.de Navarre ; mais déjà celui-ci trompait les Anglais, car il avait commencé à traiter avec la cour de France, et, le aa février, il signait le traité de Mantes, qui, non seulement lui assurait le pardon, mais donnait pleine satisfaction à toutes ses revendications antérieures. Un mois auparavant, un pareil dénouement aurait paru tout à fait invraisemblable. La mort du connétable avait été, en effet, pour Jean II un coup terrible. A l'accablement des premiers jours avait succédé une violente colère, qui aurait pu porter le Roi aux pires résolutions, si, à ce moment, son gendre fût tombé entre ses mains ^. Il parvint pourtant — et plus tôt qu'on ne l'aurait cru — à maîtriser sa douleur, à envisager avec plus de calme

est un peu troublé de ce fait à ce commencement, dont moult nous pèserait, certes si croions-nous que, se il n'a mauvais conseil, il en devra avoir grant joye, quant il y aura bien pensé. » (Bulletin de la Soc. de ihist. de France, i83/i, 2° partie. Documents histor, originaux, p. 25-27).

I. Je résume des faits et des négociations que j'ai déjà exposés dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. L\I [igoo], p. i-3u. Premières négociations de Charles le Mauvais avec les Anglais (i35i-i35ôj.

3. Rynier, III, 1° p., p. 271, 2IJ janvier i3j'i : « Do poteslate (data duci Lancastriaî) traclandi su[)er ligis perpctuis cuni rege >iavarrip. »

3. Matteo Villani, Mb. III, c. yâ (Muratori, XIV, col. 219-220) : « Della quale cosa il Re di Francia si turbô di encre con smisuralo dolore, e piîi di quattro di stette sanza lasciarsi parlare. •». — Froissart, IN , p. i3o-i3i ; Chron. Normande, p. iû,8.

le fait accompli ', mais jamais il n'oublia l'injure sanglante qu'il avait reçue.

Dès le 8 février, il donnait pleins pouvoirs à deux commissaires, le cardinal de Boulogne et le duc de Bourbon, pour négocier la paix avec le roi de Navarre, lui faire en terres et en rentes les •' assiettes » ou assignations réclamées depuis longtemps, et enfin pour accorder des lettres de grâce à l'instigateur du meurtre de Charles d'Espagne et à tous ceux qui y avaient participé -. Evidemment, il fallut les raisons les plus graves pour décider le roi de France à accepter un véritable renversement des rôles. S'il se résigna à des concessions aussi pénibles et aussi humiliantes, que son gendre pouvait, à certains égards, considérer comme une réparation, c'est qu'il y fut poussé par ses conseillers habituels. L'appel adressé aux Anglais parle roi de Navarre n'était resté un secret pour personne ; peut-être avait-il eu soin de divulguer lui-même celte démarche, où le calcul aurait eu la plus grande part et qu'il faudrait se garder de prendre pour un coup de désespoir. Le sentiment général, en France, était qu'une alliance entre Edouard III et le Navarrais mettrait le royaume en péril, et que rien ne devait coûter pour rompre cet accord. Jean II se laissa persuader.

Charles le Mauvais, qui, avec sa dissimulation habituelle, avait, jusqu'au dernier moment, entretenu les illusions du duc de Lancastre, lui écrivit de nouveau, le i*^' mars, pour l'informer de la conclusion de la paix. 11 se louait de tout le monde : des deux reines, — Jeanne sa tante, la veuve de Charles IV le Bel, et Blanche, sa sœur, la veuve de Philippe Yl, — qui s'étaient entremises en sa faveur avec beaucoup de

1. Le pape Innocent M. qui fut pendant longtemps la dupe du roi de Na>arre, ne trouvait pas d'autre consolation à adresser à Jean II que de lui conseiller la résignation, le malheur dont il gémissait étant irréparable : « Licet casus quondam Caroli de Ispania... displicuerit \aldc nobis, quia tamen necessc est ut scandala >eniant et non possunt preterita rcvocari, expedirc credimus, multis considerationibus persuasi. quod screnitas tua id equanimitcr ferai et quadam mansuetudine bénigne supportet, etc. » {Reij. l'at., n" 33(3, fol. 21/, ad. an. i35'i. februarii 16. - Cité par le P. H. Denifle, la Désolation des églises en France pendant la guerre de Cent Ans, t. II, 1' part. Paris, A. Picard, i8yy, in-8°, p. yy, n. 5).

Le roi d'Aragon passait très rapidement aussi sur la mort du connétable, insistant sur les raisons qvii devaient incliner le roi de France à la clémence : « ... Serenitas vestra apud ipsum Regem misericorditer pocius quam rigorose se habere dignetur. Hoc enim nostris affcctibus ad specialem et signatam graciam ascribemus. » (\alence, a'i mars i35.'i. — .\rch. real de la Corona de Aragon, Sigilli secreti, R. 11/16, loi. 38. — Texte indiqué par M. de Maupassant.)

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