Secousse, Recueil, p. 27-3a (8 février i
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zèle, du cardinal de Boulogne, comme des autres conseillers de Jean II, du roi de France lui-même, en qui il avait trouve « toute raison ». Le meurtre du connétable était pardonné. Tout ce qu'il avait jamais réclamé, il l'obtenait. En Normandie, particulièrement, sa situation devenait très forte, par la cession de près d'une moitié du Cotentin ^ Pouvait-il refuser d raison du Roi », puisque celui-ci u la lui offrait » ? Dès lors, tous les préparatifs faits pour lui venir en aide devaient être contremandés. Sa reconnaissance était grande envers le duc de Lancaslre, dont, à l'occasion, il servirait les intérêts de tout son pouvoir et avec un égal dévouement. Il terminait par un avertissement oi^i l'on a quelque peine à ne pas sentir une pointe d'ironie. Comme il ne voulait à aucun prix que les Anglais souffrissent de dommage à cause de lui, il faisait savoir au duc que « les ports, spécialement ceux 011 les gens de Monseigneur supposaient que les Anglais penseraient mieux descendre, étaient de nouvel bien grossement garnis et renforcés de vaisseaux et de gens » 2.
Le traité de Mantes était un échec pour l'amoup-propre du duc de Lancastre et causait une déception sensible aux Anglais. Ils avaient espéré que l'incident leur fournirait un prétexte pour reprendre les armes, sans violation apparente de la trêve. Le « pertuis » par où ils avaient pensé se glisser au cœur du royaume étant « bouché », ils étaient obligés de prendre patience et d'attendre une autre occasion.
I. Le roi de Navarre rolitiiail au roi de France Ponloise. Bcaumont-sur-Oise et Asnières-isur-Oise ; mais il acquérait le comté de Lfeaiimont-le-Roger, les châteaux et chàtellenies de Conches et de Breteuil, le Ponl-Audemer et sa vicomte, le clos du Cotentin avec Cherbour^r, les vicomtes de Valogrnes, de Cotitances et de Carentan (Secousse, Recueil. 33-3()). 11 possédait déjà, comme son propre héritage, en dehors de la terre d'Evreux, les comtés de Morlain et de Longueville (comprenant sans doute le château de Gavray). — M. S. Luce définit ainsi le clos du Cotentin (clausuin Costnnlini) : « De Porlbail cl d'Olonde, oi'i commencent les bas-fonds de la Sansurière, sur la côte occidentale de ce pays (le Cotentin), jusqu'aux relais de merde Brucheville, sur la côte orientale, s "étend le long du cours de la rivière d'Ouve une ligne non interrompue de marais recouverts d'eau pendant la mauvaise saison, qui donnait et donne encore aujourd hui en hi\er à la partie septentrionale du diocèse de Coutances l'apparence d'une presqu'île que les chroniques du xiv' siècle désignent toujours sous le nom de clos du Cotentin. » (fiisl. de Bertrand du Guesclin, p. 258). Il ne semble donc pas que le traité de Mantes eût dvi faire une mention spéciale du vicomte de Valognes. L'importante seigneurie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la clef de cette région, appartenait a Godefroi d'Ilarcourt, tout dévoué aux intérêts de Charles le Mau\ais.
3. Premières négociations de Charles le Mauvais avec les Anglais, p. 9-10.
Avec Charles le Mauvais, elle ne devait pas tarder à se présenter, et, quoiqu'ils eussent fait, dans des conditions assez mortifiantes pour eux, répreuve de sa déloyauté, le mirage d'une alliance, qui servait si bien leurs desseins, les attirait toujours avec autant de force.
Charles le Mauvais n'avait été pleinement rassuré, ni par le traité de Mantes, ni par la réconciliation publique qui avait suivi. Les avantages quil a\ait obtenus étaient trop grands, trop inespérés, pour ne pas lui inspirer quelque méfiance. Cependant, Jean II parait avoir exécuté loyalement ses engagements *, et si, au mois d'août de la même année, toutes les difficultés n'étaient pas aplanies, les négociateurs nommés de part et d'autre n'avaient plus à régler que des points secondaires. Mais déjà de nouvelles causes de mésintelligence avaient surgi entre les deux rois. Charles le Mauvais, par son alTectation à se tenir éloigné de la cour de France, avait avivé une blessure toujours saignante. Vers le même temps, un rapprochement s'étant opéré entre Jean II et le comte d'Harcourt, des révélations furent faites au Roi qui lui prouvèrent qu'il y avait eu dans son entourage, sinon des traîtres, au moins des hommes trop dévoués au Navarrais. Ils avaient su beaucoup de choses touchant la mort du connétable, sur lesquelles ils avaient gardé le silence quand leur devoir était de parler. Jean II en fut très courroucé. Le cardinal de Boulogne, son oncle, à qui jusquelà il avait témoigné une entière confiance, son chambellan, Robert de Lorris, durent s'exiler de la cour, et ils eurent quelque peine, le dernier surtout, à rentrer en grâce-.
Au mois de novembre, la rupture était de nouveau consommée entre le roi de France et son gendre. Charles le Mauvais, feignant de craindre pour sa vie, était sorti du royaume en entourant son départ de mystère, et, alors qu'on pouvait le croire rentré en Navarre, il avait pris le chemin d'Avignon 'K Qu'allait-il y faire ? En apparence, solliciter la
1. II. Moranvillé, Extraits de journaux du Trésor, Paris, iî<88, p. 53, n° nj- (7 mars i35'i). ^ oy. aussi les lellresde rémission octroyées à Charles de Navarre, à ses frères et à leurs complices, coupables du mcurlrc de Charles d'Espagne ; '4 mars i35i (Secousse. Becaeil, p. 38-4o.)
2. Gr. Chron. \]. p. i3. — Ces re^iremenls trahissent bien le roi « léger à informer », qui ajoute foi aux rapports les plus contradictoires.
3. Gr. Chr. \\. i3 i^. « Item, assez tost après, c'est assavoir environ le mois de novembre, lan Lllll dessus dit, le dit roy de Navarre se parti de Normandie et s'en ala latitanl en diNers lieux et jusqucs à Avignon. »
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médialion du Pape, qui, toujours aveugle, lui gardait une inexplicable sympathie. Tel n'était pourtant pas le vrai motif de sa présence à la cour pontificale : il voulait s'y rencontrer avecles envoyés d'Edouard 111. L'heure était, en effet, décisive, Innocent VI ayant résolu de tenter un suprême effort en faveur de la paix. A sa demande, deux ambassades extraordinaires étaient parties pour Avignon, chargées de reprendre, avec plus d'autorité, mais sans plus de chance de succès, l'œuvre tant de fois ébauchée aux conférences de Calais ou de Guines *. Nous verrons plus loin que l'intervention de Charles le Mauvais ne dut pas être étrangère à l'échec de cette dernière tentative pacifique.
La fuite du roi de Navarre avait levé les doutes que Jean II pouvait encore conserver. Il ordonna de mettre sous sa main toutes les terres et tous les châteaux appartenant à son gendre 2. Lui-même se rendit à Cacn pour assurer l'exécution de ses ordres ^, mais il rencontra une résistance qu'il n'avait pas prévue. Six chcàteaux : Evreux, le Ponl- Audcnier, Cherbourg, Gavray. Avranches etMortain, demeurèrent fermés aux gens du roi de France, les capitaines navarrais.qui en avaient la gai'de. ayant refusé de les rendre ^.
Sur la foi d'un seul chroniqueur, qui. à vrai dire, n'est ni aussi affirmatif, ni aussi précis, on a cru qu'à ce moment-là toute la Nor-
I. Rymcr, III, r. p. 283 (38 août i35'i^ : « De traclalii ciim ambas^iatoribus Franci.r coram Papa ocntinnando. »
Ibid. (m. d.} : De poleslatesiilMnitlcndi Rcjrcmjurisdiclioni Papa?superconcordaDdis in fractatu coram codem, cum advcrsario FraticUo ».
P. 38/1 (m. d.). Procuratoria pradalorum .'<iipcr traclalii pnediclo. — Super tractatu pnenotato procuratoria procoruin.
P. 381J (3ooct. i3."j'i) : « De potcstatibus super tractatu coram Papa ».
Cf. Gr. Chron., M, p. i^.