LES ETATS DE NORMANDIE
auquel s'ajoutaient deux taxes accessoires : l'une sur les ouvriers agricoles étrangers au pays où ils venaient chercher du travail, la seconde sur les terres, dont les propriétaires étaient domiciliés en dehors de la paroisse où ces fonds étaient situés •.
Evidemment, cette forme d'impôt, sans être inconnue en Normandie, n'y était pas habituelle. Les commissaires chargés d'asseoir le fouage de i355 ne paraissent pas avoir disposé des moyens d'information, que leur aurait fournis une opération du même genre, déjà effectuée, à une date récente. On verra plus loin comment ils procédèrent -.
L'imposition de six ou de huit deniers par livre sur le prix de vente des denrées et marchandises était la forme ordinaire du subside octroyé au Roi. Une imposition de cette nature - G deniers par livre — courait précisément en Normandie depuis le i" janvier et avait été concédée pour une année entière •*.
I. On ne mentionne en général que le fouage de 5 sous par mois, qui était en quelque sorte le principal de l'impôt (Coville,op. cit., p. 75 et ajg). — Même omission dans des documents contemporains. Cf. P. O. 8021, d. Côgai, Villiers, n" 10. Bayeux, 16 juillet i35d : « Sachent tous que nous Robert de Villiers, chevalier, segneur de Villiers sur Port et Jehan Hamon, chevalier, seigneur de Campeguie, et Guill. de la Fiere, chagnoine de Baiex. commissuires du dolpliin de Vyennois sur le fait de chinq souh ottroic':pourmoys,f'i comme il apartparcommission sur ce faille etc.»). La réalité des deux taxes supplémentaires n'en est pas moins certaine. Je me contenterai de citer le préambule du compte du receveur des deux vicomtes du Pontaudemer et de [^ont-Authou (Bibl. nat., Fr. 209^7, n° 75()). « Le compte GielTroy Canterel, commis en ceste partie de mon chier et redoublé seigneur, Mons. le daulphin de Vienne, à recevoir es vicontés du Pontaudemer et du Ponfautou et es ressors le subside à lui ottroyé des gens de Normendie de ii« hommes d'armes pour le temps de trois moys, c'est assavoir juing, juillet et aoust l'an de grâce mil CCCLV, duquel subside avec la recolation des feuz en la dite viconté du Pontautou et ressort le dit receveur rent compte au dit seigneur pour le premier moys, c'est assavoir pour chascun fea V s., pour chascun servant JI s., et pour chascune acre de terre à ceulz dehors les paroisses VI d., jouxte l'instruction sur ce faite, en la manière qui ensieut etc. *> L'interprétation donnée au mot servant me paraît justifiée par le détail du récolement des feux dans les différentes paroisses. Ainsi, pour la seule paroisse de Saint-Martin deBrionne (Brionne; Eure), on porte en augmentation « xxiui servans venus eu dit moys |de juillet) ». Ce sont, semblet-il bien, des ouvriers venus pour la moisson.
a. Bibl. nat., Fr. 26001, n° /19G. Récolement des feux du subside de i355 dans la vicomte de Pont-Authou.
3. Peu de jours avant Noël (i35A), Jean II avait envoyé à Rouen le comte de Valentinois — présent à Paris à cause de la conclusion prochaine du traité de paix avec la Savoie — et d'autres personnages qu'on ne connaît pas, « pour requerre l'imposicion ». (Bibl. nat., Fr. 25700, n" 88. — Mandement aux gens des comptes du II janvier i3ûû). L'octroi fait au roi « parles gens du païs de Normendie «était,
lOO LE DAUPHIN LTEUTENANT DU ROI EN NORMANDIE
Le recouvrement dun fouage exigeait toute une organisation fiscale, dont les très nombreux documents, relatifs à la perception et à l'emploi du subside de i355, donnent une idée assez précise.
Les II commissaires généraux pour le fait du subside », désignés par le Roi ou son lieutenant, ont le rôle le plus important. Ils nomment les trésoriers généraux ou particuliers, instituent les agents subalternes dont le concours est nécessaire, à moins qu'ils n'aient délégué leurs pouvoirs à cet effet. Ils tranchent les questions contentieuses soulevées parla perception de l'aide. Enfin, et c'est la partie capitale de leurs attributions, ils ordonnancent toutes les dépenses, imputées sur les fonds du subside, quel qu'en soit l'objet ; ils donnent la force exécutoire aux mandements du dauphin, lieutenant du Roi *. En i355, les commissaires généraux sont M' Martin Evrart, chanoine et officiai de Rouen, et Engermer, sire de Sainte-Beuve et de Martegny'-. Ils ont sous leurs ordres un clerc, Robert Estrigales, chargé de faire les écritures, et, à l'occasion, de stimuler le zèle des divers agents commis à la perception de l'impôt, répartiteurs ou receveurs ^. La Haute-Nor-
en réalité, de 8 deniers pour livre, mais la plupart des villes normandes, sinon toutes, avaient obtenu, comme Falaise, a deniers pour leur « enforcement, closture et deffense », de sorte qu'on ne levait que 6 deniers pour le Roi (Bibl. nat., Nouv. acquis, fr. 20026, fol. 30. — Fr. aCooo, n"' 827 et 828). Pour la comptabilité des fermiers et receveur, l'imposition avait été fractionnée en quatre termes de 3 mois chacun. Voy. deux mandements du 3o avril i355 adressés par Bernard Fremaut, trésorier de France, aux vicomtes de Neufchatel et-Arques et de Vire : « ... des deniers de vostre recepte tant de ce second quart de l'imposicion de VI deniers pour livre courant en voslre dite viconté qui prochainement en esclierra, comme autrement etc. » (Bibl. nat., Fr. 26000, n" 327 et 328). Celte imposition, qui sert à payer des dépenses de l'Hôtel du dauphin, est très nettement distinguée, dans les mandemenlsde ce prince, du subside qui, en principe, ne doit servir qu'à solder les hommes d'armes. Voy. Bibl. nat., Fr. 20701, n° ii (Deville, i" août i355). Au vicomte de Rouen : o ... des premiers deniers que vous recevrez tant de l'ordinaire, comme du tiers quart de l'imposicion courante en vostre viconté en cesie présente année... » Le tiers quart, c'est le troisième terme ou le troisième trimestre: juillet, août, septembre. — Ibid. n° 5o : (Le Vaudreuil, i!i août i355). Au vicomte du Pontde l'Arche. « ... des deniers de vostre recepte tant ordinaire comme extraordinaire, ou de l'imposicion, etc. »
1. A. Coville, Les Etats de .\ormandie, p. 202. Cf. Piècesjustific. n* xxxiv. et à titre d'exemple, les o Lettres du duc de Normandie (Rouen, 20 juillet 1862) instituant Thomas le Tourneur, archidiacre de Tournay, Mouton, sire de Blainville, chevalier, et Jacques le Lieur, maître des eaux et forêts, gouverneurs généraux du subside, de v sous par feu accordé par les Etats de Normandie ».
2. Voy. les notices consacrées à ces deux personnages dans Coville, op. cit., p. 276-
i. Bibl. nat., Fr. 20701, n° 82; Clalraialjaiilt, CLIX, n' 100. Mandement du dauphin
LES ETATS DE .NORMANDIE lOI
mandie a deux « trésoriers généraux », Gilles Daniel et Nicole le Couëte, l'un et lautre bourgeois de Rouen ' ; la Basse-Normandie, un seul « receveur général », Aymar Bourgoise, un futur trésorier de France -. Ces trois comptables n'encaissent pas seulement les recettes, ils en font emploi; ce sont, au premier chef, des officiers paveurs.
Au-dessous d'eux, on trouve un receveur particulier par vicomte, sauf dans les cas où deux circonscriptions peuvent être attribuées à un même receveur, par suite d'aliénations permanentes ou temporaires du domaine royal (douaires, apanages, assignationsde rentes, etc.) ^. Dans les paroisses, le subside est perçu par trois '( collecteurs » '*. Il ne parait pas qu'à cette époque les recettes fussent centralisées au chef-lieu delà sergenterie: elles étaient versées directement entre les mains du receveur de la vicomte.
du 8 juillet i355 : « Comme nous aions esté souffisamment enfourméz par genz de noslre conseil que nostre amé Robert Estrigales a fait plusieurs et granz escriptiires a Gisors cl aillieurs ou nous estions, veillié, frayé et travaillié ou fait de cest présent subside de gens d'armes à nous otroié eu pais de Normandie, et aussi que il a esté, de nostre commandement et par commission de nouz, es vicontéz de Evreux, de Beaumont, d'Orbcc, de Conches et de Bretueil, et eu autres parties, pourexciterlcs commis et députez de par nouz à faire faire les assietes, et les receveurs du dit subside haster, et faire venir les deniers devers les trésoriers generaulz dicelli subside, et s'y porte bien et diligemment etc. » Il se qualifie lui-même dans une quittance du si janvier i358 : « clerc des généraux élus en Normandie sur le fait des aides pour la guerre ». (Clairambault, iSg, n' loi).
I. Leurs noms se retrouvent dans un nombre presque infini de quittances etd'actes de tout genre. Voy. Bibl. nal., fr. 26701, n° U. Mandement à eux adressé par les commissaires généraux du subside (Rouen, l'i juin i355).
3. Bibl. nat., P. O., io2, d. SqSS, Boncoirt, n° 2 (Caen, i5 déc. i35.5). Quittance de Jean deBoncourt, « eschançon de Mons. le dalphinde Vyennois, ainsné filz du Roy de France », à Aymar Bourgoise, receveur du subside dernièrement octroyé au dauphin en Normandie, « es bailliage de Caen et de Constantin ».
3. Brilish Muséum, Add. Charters, n" ii3'22. Mandement du daupliiii. du h juillet i355 : « Nous vous mandons que par les trezoriers généraux de ce présent subside de gens d'armez à nous ottroié, ou par le receveur d'iceli subside es vicontéz de Bretueil et de Conches et des ressorts etc. » De même il n'y a qu'un receveur « es vicontés » d'Evreux et de Pacy. d' .Arques et de Longueville, du Ponlaudemer et de Pont-Authou (Bibl. nat. ¥r. 25701, n" i5, 32 ; Clairambault, CCX^III, n" i3. — Breteuil, Conches, le Pontaudemcr étaient des châteaux cédés au roi de Navarre par le traité de Mantes.
îx. Mandement du dauptiin du 21 août i355 (Bibl. nat., Fr. 20701, n" 56) : 0 ... touz trésoriers, collecteurs, impositeurs et autres receveurs du dit subside... » Cf. Co\ille, Les Etals de Normandie, 207.
Bibl. nat., Fr. 359'i7, n" 709. Compte du subside de i355 a es vicontés du Pontaudemcr et du Pontautoii ». Paroisse de Nassandres : « ... pour les trois feus des trois colleteurs. . »
La détermination du nombre des feux de chaque paroisse est l'opération préliminaire, et la plus importante, tant au point de vue fiscal qu'au point de vue de l'équité. Des commissions de trois membres — un chevalier, un clerc et un bourgeois — sont désignées pour procéder dans chacune des vicomtes à l'assiette du fouage '. Comme il importe d'aller vite, ce premier travail est efFectué avec toute la célérité possible, et on accepte, sans les examiner de trop près, les chiffres produits par les trésoriers et les collecteurs des paroisses. Ceux-ci ont pour se guider les registres ou les rôles d'après lesquels les curés (' cueillent leurs débites », c'est-à-dire perçoivent la dîme '^. A peine un terme du subside est-il venu à échéance, que commence le u récolement des feux », qui est l'œuvre des mêmes commissaires •'. 11 consiste à réviser toutes les opérations des collecteurs. On les fait comparaître en personne ; on contrôle leurs écritures en les rapprochant des documents tirés des archives des paroisses, dont ils ont pu se servir '♦. Le récolemenl est long — en i355, dans la vicomte de Pont-Authou, il dura quarante-deux jours •> — et, en effet, il a encore. son utilité même après l'expiration du dernier terme, puisque son principal objet est d'augmenter le rendement de l'impôt, en faisant ressortir les orais-
1. Ville et vicomte de Kouen (Mandement du dauphin : 20 juin i355. — Bibl. nat.. Fr. 2.5701, n" 12).
— Vicomtes d'Evreux et de Pacy(Mandement du daupiiin du -2 1 juin. — Fr. 35701 n° i5).
— Vicomte d*Arque!< et de Lonjiueville (Mandement du 'i juillet. — Fr. 25701, n" 22).
— Vicomte d'Auprc (Mandement du 3'i juin. — Fr. 23701, n" if|).
— Vicomte de Bcaumont (.Mandement du 8 juillet. — Fr. 25701, n° 3o).
— Vicomte de Monti\ illiers (Mandement du iîS juin. — Vr. ;j570i, n° 18).
— \'icomtés du Pontaudcmcr et de Pont .\utliou (Mandemcntdu 20 juin. — Clairambault, CCXIll, n" 38).
— Vicomte du t'ont-dc-r.\rclie. — Quittance du 27 août i355. — Bibl. nat., P. O. 2iii(), d. .'18828, OiiGEV.M., n" 2).
2. Bibi. nat., Fr. 2G001. n° Vj'")- — Compte <lu « rocolcment des feux » dans la ■\icomte de Pont-Aulliou (i355). Ce texte important a été signalé et publié par M. Henri Moranvillé (Bibl. de l'Ecole des Charles, LXV, if)o'i, p. 588, n. '1).
3. Ibid. : « Primer il (les commissaires) rectiurent les lettres de Mons. le dalphin contenantes qu'il recolent les feux des parroesses le ix" jour de juillet. »
4. « Ilem, pour mesap;es en vous adscrians (? à vous adressans .^) afin de fere venir par devant eulz les trésoriers des parrouesses afin qui nous aportassent tout le nombre des feus par la manière que lour curés cuellenl lour débiles, etc. »
5. Ibid. : « Ils comencherent le x'jouret y ont vaquié parlespacede XLIl jours... >■>
LES KTATS DE NOHM.VNDIE I o3
sions, les erreurs et les causes accidentelles de plus-values '. H est bien rare, sinon absolument sans exemple, que celte vérification minutieuse aboutisse à un dégrèvement -.
i^e subside de l'Sbb lui payé en trois termes : juin, juillet et août ; au total i5 sous par feu pour le trimestre, sans compter les taxes accessoires précédemment indiquées •*. Le rccouvrcmcnl de l'imposition ne se lit pas sans difficulté. Il fut entravé, non seulement parla misère ou le mauvais vouloir de ceux qui y étaient assujettis, par la négligence des com[)tables '* ; mais aussi par les agissements des Na-
1. Omissions ou crrciiis dans le di'iionihrcrnt'rit des l'ciix. aujrniciilalion du nombre des « servants » dans les dilTérenlos paroisses. — Voy. le compte déjà cite de tieoffroy Canlercl pour les vicomtes du Pontaudcmer et de l'onl-Authou. Après 1 enumération des feux cl îles « servants » imposables dans chaque paroisse, avec l'indication de la recette globale, vient un chapitre ainsi intitulé : «i Cy après s'ensieut le compte des feuz rccolés en la viconté ilc Pontaulhou et ressort {il n'est pas parle de la \icomté du l'onlaudemer où les Navarrais se sont approprié le subside), en cliascune parroisse, son nombre de feus selon ce que trouves y ont esté par les commissaires, bailliez à recevoir au dit rcceveour, et receus par lui en la manière qui ensieut... »
.le prends quelques exemples. La x)remièrc paroisse mentionnée " Fontaine la Sorel » (ronlainc-la-Sorct; Eure) a cj'i feux, lo « servants » et « i feu pour terres » ; c'est-àdire pour les terres appartenant à des forains. Lt total de la recette est donc de : 3'i livres lâ sous. Au chapitre des rccolements. on trouve cet article : « De la parroisse de Fonlainnes la Sorel pour ni feuz rccolés... xlv s. »
Augmentation portant sur le nombre des feux et des « servants », tout à la fois : « De la paroisse du Tilleul Othon pour vin feus et ii servans venus en juillet .. vni liv
<( Delà paroisse de Saint-Murliii de Hrioime pour li feus et ai venus en juilktet xxirn scr\ans >cnus eu dit moys ... xluu livres xi sols. »
2. Dans le compte précité de Geoffroy Canterel, les articles suivants ne sauraient évidemment être cités comme des exemples de dégrèvement : « Delà parroisse de Aaxandri-s pour partie, pour les trois feus des trois colleteurs : Néant, pour ce riuc cuiz ont paie par chascun moys avec les autres de la dite parroisse, si comme euls ont monstre par leur roulle de leur cucillclte. »
« De la parroisse de Morainville pour n feus pour partie et i feu que les collecteurs avoient mis pour i servant xxxix s. » Ce dernier article est mal rédigé.
En réalité, au récolement, on compta 3 feux = 45 sous, moins ce qui avait été paye pour le servant (( mis pour i feu », soit 0 sous; en tout 3(j sous.
3. Mandement du daupliin aux commissaires généraux de faire bailler et délivrer à Louis d'IIarcourt « pour son estât «, i.ooo livres « des deniers du subside. . qui se lèveront et cueudront sur le premier terme.., et semblablenicnt... mil livres des deniers du dit subside qui se lèveront et cueudront sur le sccont terme " (Bibl. nat., Fr. nouv. acquis. SOSy, n° 03).
!>. Bibl. nat., Fr. 2G000, n» /i^a (Rouen, 12 août i355). Lettre des commissaires généraux au receveur de la vicomte de Montivillicrs : « Comme vous aies receu les
variais. Dans certaines vicomtes on ils étaient les plus forts, ils levèrent eux-mêmes le subside et gardèrent tout ce qu'ils avaient reçu '.
Les Etals de Normandie ne s'étaient pas bornés à octroyer un fouage. Ils avaient inspiré ou provoqué quelques-unes des mesures prises pour la défense de la province. Ce serait abuser de l'ambiguité des termes que de leur attribuer la nomination directe du Baudrain de la Heusc, « maréchal élu pour tout le paysde Normandie » -, mais ils n'y étaient certainement pas restés étrangers. Originaire de la Haute-Normandie, ce chevalier, qui avait déjà de beaux étais de service et venait de passer plusieurs années dans les bailliages d'outre-Seine ^, se trouvait désigné pour exercer le commandement effectif, car « le gouvernement du dauphin », sans cesse rappelé dans les montres et les quittances des hommes d'armes, devait être tout nominal. Le prince avait son propre maréchal, Jean de Bray ^, et ce qui est plus digne d'attention, un « lieutenant », dans celle région delà Normandie, qui, toujours sur le qui-vive, avait des intérêts distincts de ceux du haut pays, et en quelque sorte une vie à paTt. Louis d'Ilarcourt, sirede Montgommery, avait été établi « de par le dauphin )), capitaine dans les bailliages de
deniers du suljsidc ociruic au dit seigneur cl des recolenicns des feus, si comme Ten dit apparoir par les quillanccs que vous avcs données as coliecleurs des parroisses et nous aionz entendu que vous retencs les deniers et appliquiés à yostre proufit en granl dommage dudit seigneur et du pais de Normandie, que par ce le pais porroit estre perdu pour cause des gens d'armes qui s'en vont et Icssié le seigneur et le pais par defTaut de paiement, de jour en jour, par voslre coulpc, si comme l'en dit, nous vous mandons de par le dit seigneur et de par nous que, toutes excusations cessans, vous soies à nous ce dimcnche prouchain à Roan et nous apportez tous les deniers du. lit seigneur que vous avcs ou devez avoir rcccus, tant des premières assietes que des recoicmens des feus, tost, hastivement et sans délai, etc. »
1. BUjI. nat , Fr. 25(j'47, n" 75(). Compte de Geoffroy Cautercl « commis en cesle partie •> par le dauphin i< à recevoir es vicontés du Ponlaudciner et de Pontautou et es ressors le subside a lui ottroyc des gens de ■Normendie, de 1 1 ^' liommes d'armes pour le temps de trois moys, etc
« Premièrement de la vicoiité du Pontaudcmcr néant pour les trois moys, pource que elle est eu la main du Roy de Navarre et ont levé ledit subside et fait lever le viconle du lieu et les gens de Navarre estans eu chaslel du lieu, de fait et par leur force, si comme tout le commun du pais scct. »
2. Ribl. nat , Fr. jlii'oo, a" 3^8 (iG juin i35j) : <c ...Mcns. le Haudrain delà lieuse, chevalier, eslabli niarcsclial pour le pais de Noiiuantlie .. » Ibid., n" Sô.'i (20 juin), il est dit : i. . .Mareschal esleu pour le pais de Normendie... »
3 M. Co\ille lui a consacré une notice très étendue (op cit., p. 283-287). /i. Bibl. nat . P. 0 'n.p. d iii55, Br.vy, n" 2 (3 juillet i355) « Jehan de Brai. chevalier, mareschal de Mons. le dalphin de \'ieiinois >.
LES KTVTS DE .NOftMANDIE lOD
Cacn et de Cotcntin ', déjà pourvus, comme il a élé dit, d'un trésorier particulier pour le fait du subside.
Le fds de Jean II était entouiéd'un nombreux ('-lat-major, où liguraienl ses (( compignons » habituels, mais non les conseillers ou les maîtres, qui lui eussent été encore nécessaires -. .Vvcc lui étaient venus en Normandie, ses cousins Charles et Jean dWrtois, Louis comte (iniampcs, Charles de Montmorency, Charles de Dammarlin. Auiaury de Meulan, et vingt autres dont les (( gages », et surtout le train de maison, allaient absorber de grosses sommes^. La noblesse normande, qui se pressait autour du dauphin, lui eût apporté, à l'occasion, un concours probablement [)lus utile. En attendant, elle prenait .sa part des largesses ou des prodigalités, qui ris(|uaient de rendre vains les sacrifices consentis par les Etats '•.
1. Clairainbaiill, GLXVII, n" 2'i (j.3 mai i355). Louis il'Harcoiirt, clicvaiier, seigneur « du M()iit;,n)unicril », « capitaine de Mons le dalpUin de \ iennois es i)arlies des Ijailiiajjos de (",acn et de Coslcnlin... » — N" a(j (ii juillet i355). Le même, capitaine de par le daupliin, des gens d'armes des bailliages de Cacn et de (lotenlin. — Mandement du dauphin du kj juin m. a. : «.,. ans gens d'armes qui sont es parties de Caen et de Coslcntin souz le gouvernement de nostre 1res cher et bien amé Monseigneur Loys de Ilarecourl... » (Bibl. nat., Fr. 25-01, n" 11.) — Il faut se garder de conlondre le « gou\crnement » de Louis d'Ilarcourt a^cc celui de Jean, sire de Hangest, (^ui ne fut capitaine en Basse-Normandie qu'au commencemenl de l'année suivante (i350). La confusion est rendue d'autant [)lus facile que Pâques luml)a,cn i355, le 5 avril, et le 2\ avril seulement en i35G. Beaucoup d'actes de l'année i3.ôâ (du II ou du i5 a\ril), passés à Ponlorson, ont été attribués à l'année i35(). L'erreur a été commise par S. Luce {/list. de Bertrand du Gursclin, p. i3<j|.
2. Je note ce{)endant la présence du sire de Saint- Venant, qui serait significative, s'il était démontré qu'il a été le gomcrneur ilu dauphin (Bibl. nal., Fr. 25701, n" i/i, 20 juin i355).
3. Jean comte d'Eu a Goo livres [)ar mois [)our son « étal » (Mandeuieiil du 21 juin. — Bibl nat., Fr. 25701, n' iii) ; Charles d'Artois, son frère, 3oo livies par mois, également [)our son étal (Mandement du 7 juillet, — Fr. 25701, n" 28).
Adam de Melun, chambellan du dauphin, touche au même litre 5oo lloiins à l'écu par mois (Mandement du 7 juillet. — Bibl. nat., Clairambault, clîlwui, n° 52). — Un don de i.ooo livres tournois est fait à Charles de Montmorency (5 juillet. — Bibl. nal., 25701, n° 2i).
-'i. Au seigneur de Préaux, 2.000 1. pour son étal ; i.ooo livres sur les deniers du premier terme du subside; i. 000 livras sur ceux du second (Mandement du 6 mai i355. — Bibl. nat., Fr. 25701, n' 2). — Au comte d'Ilarcourt, G. 000 livres i^our son étal pendant 2 mois, à raison de 3.000 livres par mois (Mandement du G mai. — Fr. 25701, n" /i). — Au seigneur de Graville, i.ooo livres pour son étal pendant deux mois, à raison de 5oo 1. par mois (0 mai. — Fr. 20701, n'G). — A Louis d'Harcourt, 2.000 1. dans les mêmes conditions (G mai. — Bibl. nat., Nouv. acquisit. franc., 3607, n° G3). — Au seigneur de Rouvray, 5oo livres pour le même objet et pendant le même temps |G mai. — Bibl. nal.. Fr. 2070 i, 11° i).
Le haut commandement était largement assuré, quelle que fût la valeur très inégale dos chefs imposés par la hiérarchie féodale.
Les soldats, — j'entends par là les chevaliers et les écuyers de moindre naissance, — furent plus difficiles à recruter. Une ordonnance récente de Jean II avait élevé les gages des gens de guerre, en les fixant à Ixo sous tournois par jour pour le hanneret, à 20 sous pour le chevalier baclielicr et à 10 sous pour l'écuycr *. Sous couleur d'avoir des (( hommes d'armes » de a meilleure élofTe » et de « meilleur arroy », le dauphin fut obligé, le i4 juin, de majorer ces gages d'un quart; ils furent évalues en monnaie parisis -.
Lîne descente des Anglais paraissait imminente. Dès les premiers jours de juin, les préparatifs faits par Edouard III étaient connus en Normandie ^. On savait que deux armées au moins avaient été réunies à l'embouchure de la Tamise ''. L'une, sous les ordres du prince de Galles, était destinée à opérer en Guyenne; la deuxième, commandée par le roi lui-même, et 011 se trouvait également le duc de Lancastre, devait prendre pied en Normandie, aussitôt que Charles le Mauvais serait arrivé à Cherbourg. En conséquence, le dauphin prescrivit toutes les mesures de précaution usitées quand un débarquement était à craindre : surveillance des cotes, feux allumés pour signaler l'approche des vaisseaux ennemis, etc. ^.
1. Ordonnances des rois de France de la Iroisiènic race, elc, t. 1\', p. G7 (3o avril i35i).
2. Mandement du dauphin aux commissaires généraux sur le fait du suljside (Liibl. nat., l'r. 2r)7or, n" 9). Celle mesure clait présentée comme tout à fait exceptionnelle et lie devait pas créer un précéJeiil [lour l'avenir » ou préjudice de Monseigneur ou de nous » ; « mais ainsi l'avons-nous ordené par grant deliberacion du conseil de Monseigneur et le noslre durant ce présent fait et le temps dudit subside tant seulement, pour ce cpie nous voulons avoir genz d'armes et de fait, en bonnes estoffes et bon arroy, senz point de postes lesquelles genz d'armes Cn tel arioy comme nous voulons qu'il soient, ne se pourroient nullement gouverner des petiz gages pieça acoustumez, ne ne voudroient demourer ne servir souz noslre gouvernement ou dit pais pour les petiz gages dessus diz, eu consideracion à la cliierlédu pays et à [diisicurs autres choses qui à ce nous ont meu, etc. ».
a. Mandement du daui>hin au bailli de Caux (5 juin i355. — lirilish Muséum, Add. Cdiarlers, n° lô. Publ. par M. J. Lcmoine, à la suite de la Cliron. de Richard Lescot, p. 23()) : « INous sçavons de certain que les aneniis de Mens, et de nous, à 1res grant cffors, sont entrez en mer en cnlencion et volenté de prenrc terre ou pais de Normandie et pour le courir et y porter domage à leur povoir. »
/i. fioliiU iiarliinnentonim. II, 2()4.
5. Mandement précité du daujihin au iiailil de C;u\\ (5 juin) : « Si \ous nian dons, conunettons cl enjoignons tant eslroiteuient comu»c plus povons (juc sur les