‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 12 sur 362 · Histoire de la Civilisation en Europe, XI* leçon · texte numérisé non relu

Histoire de la Civilisation en Europe, XI* leçon

XXXII INTRODUCTION

lantes, et avant la fin de son long règne, il eut occasion de montrer que ses affections et ses compassions pouvoient s'étendre des individus aux masses, en sorte qu'il répandit ses bienfaits sur les peuples, comme il les avoit répandus d'abord sur les courtisans ; mais pendant longtemps sa douceur ne ï)arut procéder que de foiblesse et de nonchalance. Cédant moins à l'amitié qu'à l'habitude, il s'abandonnoit à un favori, par qui il se laissoit gouverner, à qui il ne savoit rien refuser, et qu'il ne paroissoit cependant pas regretter un seul jour, quand il le perdoit. Exilé de sa capitale, il ne chercholt point à la remplacer par quelques autres des grandes villes de ses états; il les évitoit toutes; il fixoit son séjour dans quelque château, dans quelque site champêtre ; il s'y déroboit tant qu'il pouvoit, avec ses maîtresses, aux yeux de sa noblesse, à ceux des bourgeois, à ceux des soldats, et il y oublioit les affaires publiques et les troubles de son royaume.... Ace goût du plaisir et à celte indolence, Charles avoit joint, en avançant en âge, une grand ejalousie de son autorité, une grande impatience contre toute opposition, tout partage de son pouvoir, un grand désir de rapporter tout à lui seul. Cependant il étudioit peu les affaires par lui-môme, il se môloit peu du gouvernement, et il n'exerçoit sa volonté que dans le choix de ses ministres et de ses serviteurs. Il le faisoit avec un grand discernement, et depuis qu'il avoit triomphé de la Praguerie, il avoit réussi, avec un singulier bonheur, à ne s'entourer presque que de gens habiles ; mais s'il les laissoit faire ensuite les choses qu'ils paraissoient entendre, et s'il ne contrarioit pas leurs mesures, il ne s^en montroit pas moins accessible à leur égard à une continuelle défiance. Il croyoit aisément aux complots ou contre son autorité oa contre sa personne, et aucun de ses favoris ne garda au delà d'un petit nombre d'années le crédit dont il jouissoit auprès de lui... Le plus grand mérite de Charles VII fut peut-être d'avoir apporté dans la pratique de la guerre une douceur, une courtoisie, des égards pour les vaincus, dont la génération précédente ne lui avoit point laissé d'exemple *. »

1. Histoire des Français, par J.-C.-L. Simonde de Sismondi (Paris, Treuttel et Wurtz, 1821-1844, 31 vol. in-8°), t. Xlll (1831), p. 9-H , 462, 48^90. — Il faut comparer ce jugement avec ce que l'auteur dit au début du tome XIV (p. 2) : «c Sans avoir de talens distingués dans aucun genre , sans avoir ni force de volonté y ni caractère , Charles VII avoit reconquis la France , qui étoit presque en entier soumise au joug étranger à Tépoque de la mort de son père. Alors on ne le distinguoit que sous le nom du petit roi de Bourges ; en 1456 on le reconnaissoit universellement pour le plus grand roi de la chrétienté. Il réunissoit sous sa domination un plus grand nombre de provinces françaises que n'en avoit gouverné aucun de ses prédécesseui*s de la race capétienne. Favorisé par les circonstances, par l'incapacité ou les querelles de ses rivaux , par les talens qui s'étoient développés chez ses sujets au milieu des guerres civiles , talens qui lui firent donner à bon droit le surnom de Charles le bien servi , il avoit marché à un agrandissement progressif , à un affermisse-

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