‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 123 sur 362 · Voir Laborde, Les ducs de Bourgogne, t. III, p · texte numérisé non relu

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sans reproche , » et eut le glorieux privilège d'être enterré à Saint-Denis. Parent du comte de Foix et des plus notables seigneurs du royaume, ayant suivi les guerres depuis Tâge de dix-huit ans, attaché successivement à la maison du duc d'Orléans puis à celle du duc de Berry, chambellan du Roi et sénéchal d'Agenais, Arnaud Guilhem, seigneur de Barbazan, est réputé par tout le monde, amis comme epnemis, pour un des plus vaillants hommes de guerre de son temps ; à titre de premier chambellan, il a la garde du «seel de secret» de son maître, qui lui a donné en outre « toute la charge, autorité et gouvernement du fait de sa guerre. » Il est constamment près de la personne de Charles , qui ne décide rien sans son avis. Les contemporains le regardent comme « prince de la chevalerie du Dauphin, » et le « conducteur et principal gouverneur de toutes ses affaires ^ »

Au second plan , nous trouvons : le vicomte de Narbonne , un grand seigneur du Midi, neveu du connétable d'Armagnac, qui a échappé au massacre de Paris et brûle de venger la mort de son -oncle; Guillaume Bataille, encore un pala4in des vieux temps, l'un des plus anciens et des plus notables parmi les Berviteurs de la maison d'Orléans; un nouveau venu, Guillaume d'Avaugour, que le Dauphin a créé chambellan et investi du poste important de bailli de Touraine , et qui , Breton comme Tanguy du Chastel, est pour ainsi dire un de ses lieutenants. Les trois « gouverneurs, » Beauvau, Maillé et Noé, assistent constamment le Dauphin de leurs conseils. Parmi les grands officiers de la coiu'oime , il a auprès de lui l'amiral de Braquemont, qui est au moment de terminer sa glorieuse carrière; le maréchal de Rochefort , qui vient d'être destitué par le gouveinement royal, et auquel vont être adjoints les seigneurs de la Fayette et de Séverac , deux capitaines renommés ; le grandmaître des arbalétriers Torsay; le grand-maître des eaux et forêts Guillaume de Ghaumont-Quitry; l'ancien grand-veneur Guillaume de Garmaches. Enfin nommons de grands seigneurs

1. Ce sont les articles sur lesquels pourra estre interrogué Barbasan, etc. Pièce rédigée par la chancellerie après h prise de Melun (U20). La Barre , 1. 1, p. 304-308 ; — Plaidoirie de Rapioust, dans le procès de Barbazan, ms. fr. 5061 , f. 111.

comme le comte de Tonnerre, le vicomte de Thouars, le^seigneur de Mortemart, le sire d*Arpajon, le seigneur du Bouchage, le sire de Pousauges, et des hommes de guerre comme La Hire, Saintrailles , Louis de Culant, Guillaume de Montenay^ Louis d'Escoraillë^, Robert de Lairé, Ambroiâe de Loré, Charies Le Bouteiller de Senlis, Guillaume de Meulhon, Regnault de Montejean, Guillaume Taveau, seigneur de Mortemer, Olivier Leer, Jean et Hervé du Mesnil , Olivier de Fleschal , Guillaume d* Argenton, etc.

L'Angleterre, depuis la bataille d'Azincourt, retient en captivité la plupart des princes du sang : le duc d'Orléans, le comte d' Angoulême , le duc de Bourbon , le comte de Vendôme , le comte d'Eu sont prisonniers. La cause du Dauphin n'a pour défenseurs, parmi les princes, que Philippe d'Orléans, comte de Vertus, destiné à devenir un de ses plus brillants et plus intrépides champions; le jeune duc d'Anjou, que son expédition pour Ja conquête du royaume de Sicile enlèvera bientôt à la défense nationale ; trois Bourbons de la branche de Préaulx ; Pierre , seigneur de Préaulx ; Jacques , seigneur de Thury , et Charles ; enfin ^deux princes de la maison de Blois, le comte de Penthièvre et le seigneur de Laigle.

Dans l'entourage intime du Dauphin, parmi les familiers ayant charge de cour, nous remarquons : Thibaut Oudart, premier maître d'hôtel; Bertrand Gampiôn, maître d'hôtel, mêlé

aux négociations diplomatiques ; Pierre Frotier, écuyer d'écurie, destiné bientôt à une faveur toute spé.ciale; Prégent de Coëtivy, neveu de Tanguy du Ghastel , qui remplit l'office de pannetier, et a déjà un commandement militaire; Pierre Jardin, également pannetier; les deux Pluscallec, écuyer d'écurie et écuyer d'honneur, jeunes Bretons qui se distingueront dans les luttes contre les Anglais; Louis d'Avaugour, échanson; Jean Havart, écuyer tranchant, qui commence déjà sa carrière d'ambassadeur.

Le Dauphin a pour confesseur Gérard Machet , pour aumônier Etienne de Montmoret, pour physicioi Jean Cadart, pour chirurgien Regnault Thierry. Et, disons-le en passant, ce n'est pas la partie la moiiis influente dans le personnel de sa maison.

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Nous verrons plus loin quel était dès lors le goût, du prince pour les savants et les lettrés.

Si nous arrivons enfin à ceux qu'on peut, à proprement parler, appeler les ministres , à ceux qui expédient les affaires et siègent dans le Conseil, nous rencontrons d'abord des figures déjà connues et qui resteront au premier plan , comme celles du chancelier Robert le Maçon et de Jean Louvet, président de Provence. Parmi les prélat^ , nous avons nommé ^eux personnages considér^les : Regnault de Chartres, archevêque de Reims , et Martin Gouge de Charpaigpes , évêque de Clermont ;' il faut ajouter à ces deux notables conseillers Jacques Gelu , archevêque de Tours, un des prélats, les plus éminents de son temps , qui avait siégé au concile de Constance et obtenu des voix pour la papauté lors du conclave de 1417, où il représentait la France ; Jean de Norry, archevêque de Sens , ancien conseiller de Charles VI , qui avait aussi pris part au concile ; Guillaume de Boisratier, archevêque de Bourges, autrefois chancelier du duc de Berry, qui avait joué , soit dans le Conseil du Roi, soit à Constance dans le conclave, un rôle important ^ ; enfin Simon de Cramaud, appelé le cardinal de Reims, revêtu de cette dignité depuis 1413, transféré alors de Reims à Poitiers , et qui terminait sa longue carrière , signalée par de glorieux travaux.

Au nombre des conseillers laïques sont Raymond' Raguier, l'un des trois personnages exclus de l'amnistie par le traité de Saint-Maïuc, qui, de simple clerc du Roi en sa chambre aux. deniers , s'est élevé au poste de conseiller, et possède une fortune exorbitante ; Régnier de BouUigny, un ancien trésorier du Roi, « commis au fait de l'office de trésorier des guerres, » avant de devenir commissaire général des finances ; Hemon Raguier, frère aîné de Raymond , ancien conseiller et trésorier

1 . L'archevêque de Bourges avait porté la parole au nom de la grande ambassade envoyée en Angleterre en juin 1415, et eut le courage de répondre hardiment à Henri V, qui se prétendait le vrai roi de France : <f Sire , le Roy de France, nostre souverain seigneur, est vray Rdy de France, ny es choses èsquellcs dictes avoir droit n'avez aucune seigneurie; non mie encore au royaume d'Angleterre , mais compète aux vrais héritiers du feu Roy Richard, ny avec vous nostre souverain seigneur ne pourroit seurement traicter. » Jouvenel , p. '289.

fflSTOIRE DE CHARLES VII.

général de la reine Isabeau , que le Dauphin a nommé trésorier des guerres, charge qu'il avait déjà remplie de 1400 à 1414; Jean Merichon, receveur général des finances, qui cédera bientôt ce poste à Guillaume Charrier ; puis de simples secrétaires qui ont un rôle actif et une sérieuse influence, comme Jean le Picart, ancien secrétaire de la reine Isabeau; Alain Chartier, le poète destiné à devenir célèbre ; Jean Campion, Jean Villebresme, Robert Mallière, dont les noms se retrouvent au bas des lettres missives du Dauphin.

Enfin, il faut citer, parmi les conseillers au Parlement de Poitiers , choisis pour la plupart dans le sein du Parlement et du Ghâtelet, tous des plus anciens et des plus notables*, le président Jean de Vaily, autrefois chancelier du duc de Guyenne, mêlé à toutes les négociations importantes de cette époque ; le doyen de Paris Jean Tudert, son compagnon dans ces missions diplomatiques; Jean Jouvenel, un des plus graves personnages de la Cour de Charles VI ; Guillaume Toreau , Tancien chancelier de la Reine , Hugues Gomberel , bientôt appelé au siège de Tulle \

Après cette énumération, faite d'après les actes et les sources les plus authentiques, nous pouvons constater, sans crainte d'être démenti , que les véritables forces de la France se trouvaient rassemblées autour de la personne du Dauphin, et que les accusations si violentes formulées contre son entourage étaient dénuées de fondement. Tandis que le duc de Bourgogne comblait, par la nomination de ses créatures, les vides laissés dans l'administration par le meurtre , les proscriptions ou la fuite , le Dauphin avait autour de lui la plus grande et la meilleure partie des anciens conseillers et serviteurs de la Couronne. Tout n'était pas irréprochable dans ce personnel de gouvernement, mais on peut dire que le Conseil était composé d'hommes éminents ; ajoutons que le Dauphin ne faisait qu'user

i. « Or pour le fait de la justice souveraine du royaume, on ordonna un Parlement à Poitiers, composé de presidens et conseillers, c'est assavoir de ceux qui esloient sortis de Paris, des plus anciens et notables de la Cour de Parlement et du Cbastelet. s Jouvenel , p. 360.

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